A
u détour d'un clic ou hasard du surf dans le
monde du MP3 , l'internaute
en quête d'originalité finira par accoster sur le site 1'30.
ICHE
EN MUSIQUE et haut en propos, le projet des
trois amis mérite que l'on s'y attarde. Paris-Tel Aviv en 1'30 de
musique, avec un départ tous les quinze jours, voici le voyage musical
que vous proposent Christelle, Guillaume et Jean-Daniel.
Instantanés
de liste de diffusion :
Pem
> Bonjour ! J'ai quelques petites questions, pour commencer :
comment vous êtes-vous rencontrés ?
Guillaume
> Je suis à Paris. JD et Cristelle sont à Tel Aviv (les palmiers
!).
Christelle
>Alors pour commencer, nous sommes 3 et on se connait tous
très bien. A voir ça d'ici, je m'apercois que finalement j'ai plus
ou moins rencontré chacun des deux autres, qui se sont rencontrés
par moi ensuite, par un déclic musical, Guillaume (il y a 9 ans !)
parce que l'on aimait les mêmes musiques et Jean-Daniel, il y a un
peu plus de deux ans, parce que je voulais savoir comment produire
du bruit avec mon ordinateur. Disons que le projet 1'30 est né parce
que l'on se connaissait bien, mais ça n'est pas le garant de son évolution.
Je veux dire par là que nous l'avons mis en place parce que ça nous
permettait de partager quelque chose de plus, et en même temps de
produire/finaliser des créations avec, en plus, une sorte "d'obligation
affective" -s'être engagé auprès de mes amis à le faire-, donc plus
de chance d'aboutir.
Pem
> Vous diffusez un nouveau morceau
de 1'30 tous les quinze jours, pourquoi vouloir produire régulièrement
de la musique ? Peut-on forcer l'inspiration ?
Guillaume
> Le projet est une idée de JD qui tient le site. Il voulait faire
un site de musique où tout le monde enverrait, pour les partager,
ses "oeuvres", d'au moins une minute trente. Quand il m'en a parlé,
j'ai retenu l'idée d'une minute trente MAXI et en en discutant on
a trouvé l'idée bonne. Si tu pratiques la musique de manière quotidienne
tu jettes énormément de recherches, d'essais de sons qui finalement
ne te serviront pas à faire un morceau. Alors s'obliger à en uploader
tous les 15 jours t'oblige à les exploiter, tous ces " résidus ",
ou, plus dur mais aussi plus intéressant, à te mettre une contrainte
" artisitique " de travailler sur un format aussi court. Produire
régulierement de la musique ne veut pas dire, à mon sens, " forcer
l'inspiration ", mais s'obliger à s'arrêter sur une idée à un moment,
sans pinailler éternellement pour finir par ne jamais rien diffuser.
Ensuite il y a l'aspect gratuit. Il était évident pour nous, une fois
que le site est devenu public - il ne l'a pas toujours été - que nous
offririons ces oeuvres, essais, morceaux aux internautes. Juste pour
essayer de crééer une "synergie", que ceux qui aiment viennent écouter
les nouveaux, que les gens participent - ce qui n'est pas encore le
cas - aussi. [...] Mais je ne me fais pas d'illusion, les artistes
vont avoir de très nombreuses difficultés à s'adapter à une pareille
évolution, j'ai même bien peur qu'elle ne tue plus de personnes qu'elle
n'en sauve. En gros, encore une transformation du capitalisme qui
va bien sûr aider les plus gros.
Pem
> Pourquoi la gratuité ?
Christelle
> ça peut être aussi un juste retour des choses, parmi les samples
que j'utilise certains viennent d'internet, d'autres des disques que
je possède. Ca me semble complètement normal que, si ce que je fais
semble exploitable pour la création de quelqu'un d'autre, qu'il puisse
l'utiliser sans contrainte. Je vais deriver un peu du sujet. J'ai
vu sur le net certaines productions artistiques qui m'ont vraiment
touchées. Un exemple qui me vient à l'esprit est le travail d'Olga
Kisseleva referencé sur
le
site du Copyleft d'Antomoro. Un bref resumé : elle a posé la même
question "how are you" partout dans le monde à plein de gens différents,
les réponses sont présentées sur internet par des liens hypertextes
qui les connectent entre elles). C'est un art complètement humaniste,
très étendu. Il forme un réseau entre des gens, des communautés, pas
des communautés d'ordinateurs - qui est une des voies d'internet -,
mais bien des communautés de personnes avec leur subjectivité. C'est
un art qui se sert et qui crée de l'intelligence collective. C'est
un art qui lie. Mettre ses productions en copyleft sur le net, est
un petit pas dans cette direction. De la même manière, on en parlait
en interne il y a quelques jours, pouvoir accéder librement à "une
oeuvre de l'esprit", ça a le mérite de replacer le "consommateur d'oeuvre
de l'esprit", d'abord dans un rôle d'amateur plutôt que de consommateur.
Pem
> Pourquoi rendre sa musique libre
? Qu'est-ce que cela signifie pour un musicien ?
Jean-Daniel
> [...] la réutilisation du matériau est une constante de la création
artistique qui a evolué de la citation ou l'inspiration, jusqu'à l'usage
direct du matériel depuis que les oeuvres sont dupliquées en nombre
à fins de diffusion. Avec le numérique, la duplication n'a presque
plus de coûts, le collage est trivial. Pour les musiciens, il faut
puiser de la matière dans notre environnement sonore, et celui-ci
comprend aussi toutes les oeuvres diffusées. Il y a même l'exemple
de musiciens qui utilisent l'écoute radio comme matière première.
"Copylefter" nos oeuvres c'est admettre clairement cet état de fait.
C'est aussi déclarer que l'on souhaite s'opposer d'une certaine manière
à tous les défauts de la distribution massive et de la consommation
massive. C'est bel et bien, heu..., politique. Pour compléter Guillaume,
publier aujourd'hui en copyleft remet en cause la répartition des
bénéfices liés à une oeuvre. C'est facile pour nous car nous sommes
amateurs, non liés à ces gains. Je ne pense pas mettre les systèmes
de diffusion en péril par cette action, j'espère trouver des gens
avec qui réflechir à des alternatives. Pour être pragmatique : avec
le parapluie GPL (General Public Lincense) nous avons surtout trouvé
quelque chose qui permet de nous faire penser à nos droits - sur nos
oeuvres j'entends - et qui est facile d'emploi et qui mérite d'être
plébiscité, qui est confortable et prêt a l'emploi !
Christelle
> A partir de là, sans avoir d'ores et déjà défini des critères
d'acceptations, et si les "moyens techniques continuent a nous le
permettre", on est très ouverts à des participations extérieures à
nous trois. Je pense même que c'est une condition sine qua non à la
longévite du projet.
Villageoises,
villageois, musiciennes, musiciens : la portée est ouverte.. .
http://www.univ-lyon1.fr/~jd/1'30/