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jeu sur internet, qu'il soit vidéo, par email, en réseau
sur internet ou ailleurs est devenu une industrie lourde, en fonds et en
hommes, et lucrative. Son développement, ces dernières années,
fut spectaculaire. Il y a quatre ans, on pouvait encore croiser une petite
perle, développée par un programmeur solitaire, à
la sortie des cours. Aujourd'hui, un jeu est construit avec des équipes
de plus en plus lourdes, avec des structures adéquates, dont certains
échelons sont empruntés au cinéma.
Les progrès ont déjà dépassé de loin
les rêves de tous les joueurs. Et même lorsqu'il n'est pas
vidéo, le jeu en réseau est devenu incontournable. Chaque
jeu dispose de son site web, de ses forums spécialisés, de
ses déclinaisions en high-tech ou en hyper simplifié. En
bref, on peut tuer un dragon en millions de couleurs, dans une farandole
de textures en entendant Sean Connery vous féliciter, comme on peut
également le faire en envoyant un email à dragon@donjon.net
pour lui signifier qu'étant donné votre avance en points
de vie et votre toute nouvelle dextérité acquise dans la
maîtrise de la hache rouillée : il est mort - prière
de confirmer par retour de courrier.
En voyant les derniers
jeux vidéo en date, devant leurs qualités et leur finition,
on est en droit de se demander quelles sont les frontières que le
jeu vidéo n'ait pas encore franchies. A y regarder de plus près,
on se demande si, au fond, l'imagination ne serait pas le dernier défi
des créateurs de jeux vidéo. On se demande si, ces derniers
temps, le jeu vidéo n'avait pas oublié que, dans "jeu
vidéo", il y a jeu, et pas seulement vidéo. La course
à la perfection technique a peut-être fait oublier que les
jeux qui, aujourd'hui encore, hantent tous les esprits, furent ceux qui
partaient d'une idée certes simple, mais géniale. Qui n'a
jamais entendu parler de Tetris ou de Lemmings ?
Cet essouflement
de la créativité peut se diagnostiquer facilement. Non seulement
parce que nombre d'autres formes de jeu sur internet fonctionnent - et
plutôt bien, merci pour elles - et aussi parce que les développeurs
de jeu sont obligés de se tourner vers d'autres domaines de la création
pour y pêcher des idées. On pense bien évidement à
l'Amerzone, jeu somptueux, adapté d'une BD de Sokal, ou encore à
Pilgrim, au développement duquel participa Moebius. Le jeu vidéo
possède tous les moyens de sa narration. Ne reste plus qu'à
trouver la matière première, or celle-ci commence un peu
à manquer, d'originalité tout au moins.
Gageons que, sous
peu, l'industrie du jeu vidéo saura puiser dans ses racines et dans
ce formidable vivier que sont les jeux sur internet pour trouver un souffle
nouveau. Car, les formes classiques de jeu en réseau, contraintes
par leur peu de moyens techniques, sont toujours restées très
proches de ce qui fait le succès d'un jeu. Elles répondent
toujours à ce besoin de connaître, de découvrir et
d'apprendre. La règle ne souffre aucune exception. La tentation
de l'autre, l'attirance pour sa diversité, et pour le dépaysement
passeront toujours avant le support. Que ce soit avec un jeu de tarot ou
avec Ultima Online, on cherche d'abord à rencontrer une autre intelligence,
un autre "je", tout simplement. 
PeM
Pierre-Emmanuel Muller
pem@le-village.com
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