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L'avis des Villageois

Les lecteurs de l'Echo du Village s'expriment

Si la francophonie est pour beaucoup une abstraction, certains des lecteurs de l'Echo du Village l'on bel et bien rencontrée. D'autres ont des projets bien concrets pour éviter que le français ne devienne une langue morte. Voici leurs avis, leurs remarques et leurs projets.


Reconstruire Babel ?
ou la menace de la balkanisation

Jacques Chêneau

Ce soir là, à Tübingen, nous étions sept à table. La Française à côté de moi ne parlait pas Allemand et l'un des Allemands ne connaissait pas le Français. Nous avons tous parlé Anglais et passé une très bonne soirée.

Une langue est avant tout véhiculaire. Elle est destinée à unir les hommes. La langue mondiale, en ce moment, c'est l'Anglais. Je le regrette et aurais préfréré le Français. Mais il faut s'adapter aux sitations. Pour ceux qui déplorent l'invasion de mots Anglais dans notre langue, je rappelle qu'en Anglais comme en Allemand, la place des mots empruntés au Français est au moins aussi grande. Il était bien inutile de remplacer le mot "pipe line" par le néologisme pédant d'"oléoduc". Ce sont les Américains qui ont mis au point la chose. Il aurait convenu de leur laisser l'expression avec la paternité de la chose. Il est tout aussi inutile de vouloir trouver un équivalent à "joint venture" et à d'autres expressions. Il est bon que les langues convergent pour être davantage véhiculaires. Et le développement des techniques, donc du vocabulaire, devrait y contribuer. Souvenons-nous de l'énorme difficulté, et presque toujours de l'impossibilité de trouver des dictionnaires techniques à jour.

Je passe le tiers de ma vie dans des pays non francophones où je fais des cours et conférences selon les circonstances dans quatre langues, plus une cinquième éventuelle dans certains pays pour la discussion. Il est rare que j'aie eu un problème de compréhension, où que ce soit. Mais après une période d'une cinquantaine d'années où tout le monde parlait au moins une langue véhiculaire, il y a de plus en plus de particularismes locaux. Cela étouffe parfois la langue véhiculaire et bloque la communication. Je respecte beaucoup ceux qui cultivent leurs racines. Il y a des identités à respecter et tout le monde les respecte. Mais attention : ceux qui ne sont pas excellents à l'école peuvent perdre pied dans la langue dont ils ont le passeport; devenir zérolingues. Des zérolingues, j'en rencontre de plus en plus. Il y a cinquante ans, c'étaient des gens âgés qui n'avaient pas eu le privilège de l'école. A présent, ce sont des jeunes.

Attention à la division des pays en toutes petites entités à l'heure de la mondialisation. Bien sûr, il y a le malin petit plaisir de mystifier "l'étranger". Qu'on me permette de préférer l'entente, dans tous les sens du terme.

Les langues véhiculaires actuelles, Français, Allemand, Espagnol, Russe, Arabe (mais quelle version ?), Chinois (lequel ? Le mandarin ?) resteront. Elles resteront malgré l'obligation morale actuelle à toute personne instruite de connaître l'Anglais. Que ceux qui veulent cultiver leur parler local, augmenter sa richesse par l'apport de leur propre valeur le fassent. Ils le peuvent, ils ont parfaitement le droit de pratiquer ce parler à l'école, à côté du Français obligatoire. Mais qu'ils ne cherchent pas à nous l'imposer.

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