Négociations perdants-gagnants
Exemple typique de ce qui se passe en France

Tout va de plus en plus mal, avouons nous le ! L’inflation va galoper encore car les spéculateurs s’attaquent aux matières premières pour se faire du blé, encore plus de blé. Côté emploi, ça repart nous annonce t-on de toute part, ce qui n’empêche pas de grosses charrettes de licenciements pour causes de délocalisation. Depuis le passage de la flamme olympique les rapports entre Chine et France sont ouvertement tendus. Et le pétrole dans tout ça vient vider nos porte-monnaie. C’est ce moment idyllique que choisit la direction de Peugeot cycle pour transformer le ton des négociations sociales avec ses salariés.
Suivant du côté où l’on se tient l’effet ressenti est différent. Une personne comme Laurence Parisot y voit une bonne décision : "{Je trouve que l'approche qui consiste à dire 'faisons tout pour garder l'activité industrielle sur notre territoire', c'est évidemment la bonne approche"} (sur Télématin, invitée aux 4 Vérités) , les partenaires sociaux se sentent pris à la gorge et sans possibilité de réelles négociations : «A l’époque des 35 heures, on avait accepté de produire en une heure ce que l’on faisait avant en une heure et cinq minutes. On a donc fait progresser la productivité, et maintenant, on nous demande de travailler plus longtemps. Il y a quelque chose qui ne va pas», dénonce Laurent Signori sur Libération.
Xavier Bertrand donne son avis : {"Il y a un dialogue social. Visiblement, c'est dans ce cadre qu'ils ont trouvé une solution. Si on veut vraiment réconcilier les Français avec le monde du travail, il faut éviter tout ce qui ressemble à du chantage, très clairement"} (sur i-télé)
Dans ce sinistre fait divers, on s’inquiète tout de même un peu. D’abord la direction de Peugeot met dans la balance la compétitivité avec l’Asie. Le nouveau scooter serait de 10% moins cher fabriqué en Chine. Ce qui explique le fait que la direction demande à ses salariés de travailler 35h au lieu de 32 actuellement.
En soit trois heures de plus par semaine ce n’est pas dramatique. Mais alors à quoi a servit d’augmenter la cadence ? Le même Laurent Signori, toujours pour Libération, explique plus avant son point de vue : {«Non seulement on ne gagnera pas plus, mais on pourrait même y perdre. Durant l’hiver, on posait nos RTT quand les commandes baissaient. Aujourd’hui, on pourrait se retrouver au chômage partiel, soit 40 % de salaire en moins.»}
Dans l’immédiat pas de réponse de Madame Parisot.
Ce type de négociation en trompe l’œil a été menée à Amiens dans le Nord dans une autre usine. Les partenaires et les salariés ayant refusés vont subir un plan social avec licenciement. On est loin des négociations gagnant-gagnant.
C’est ainsi à tous les niveaux aujourd’hui en France, les menaces sont déguisées en bonnes œuvres. De qui se moque t-on ?
Dans les négociations de ce genre on ne voit jamais les directions mettre dans la balance de l’effort commun une baisse de capitaux pour les actionnaires.
C’est là que le bas blesse. Si d’un côté les actionnaires acceptaient d’avoir moins de revenus sans travailler en contre partie d’une baisse du temps de loisir des salariés, la négociation serait équitable.
Chacun lâcherait quelque chose et tout le monde serait content. Mais, si l’on vous dit : « Acceptez de travailler plus pour ne pas perdre votre emplois, car les actionnaires ne veulent pas voir leurs revenus diminuer et du coup préfère faire effectuer le travail en Chine. »
On peut tourner et détourner la conversation vers d’autres choses, faire jouer les bons sentiments, la réalité reste que la négociation n’en n’est pas une. On a toujours le choix de refuser, mais dans ce cas comme à Amiens, on est passé par la moulinette du plan social.
Et, pourtant, avec le prix du pétrole qui augmente et fait par ricochés tout augmenter, du moins c’est ce que l’on nous affirme. Faire fabriquer en Chine va bientôt devenir plus cher que les productions locales.
Aurait-on oublié de nous dire quelque chose ?
Le coût des droits de douane par exemple et autres joyeusetés qui font grimper les prix de fabrication ?
Croire que l’on sauve son emploi en travaillant plus et céder au chantage, dénote une certaine naïveté. A terme deux hypothèses :
- La première : La fabrication délocalisée revient moins cher et donc de toute façon l’entreprise achètera à d’autres pays pour revendre en France.
- La deuxième : Le prix des carburants (pétrole ou bio carburant) va tellement augmenter que le prix du transport des marchandises absorbera les bénéfices du moindre coût de la production délocalisée.
En revanche accepter un salaire pour 35 heures égal à celui de 30 ou 32 heures, va avoir une répercussion pour les salariés.
- Quand viendra quand même le plan social et qu’ils se retrouveront inscrits aux ASSEDIC, leurs indemnités étant calculées sur les salaires brut de l’année (ramené au temps de travail légal 35h), ils percevront moins que si leur base horaire était restée à 30 ou 32 heures.
- Pour le calcul de leur retraite même chose.
Une journée de travail salarié vous rapporte brut : 84€ pour 6h/jour, cela vous met votre salaire horaire à 14 euros. Et disons votre salaire mensuel est à 1784e (pour 21jours de travail).
Cette somme sera ramenée au temps légal de travail. Qui doit être de 157h par mois.
Mensuel : 14 x 157 = 2198€
Annuellement : 2198 x 12 = 26376 euros
C’est sur cette base que sera calculée votre indemnité journalière ASSEDIC. En ARE c’est 57% de cette somme que vous percevrez.
26376 – 43% = 15034,32
Indemnité journalière :
15034,32 : 365 jours = 41,18€
Si votre salaire de 30 heures devient celui de 35heures refaites le même calcul et vous devez arriver à une indemnité de 33€/Jour environ.
Autrement dit on fait baisser votre salaire avant de vous envoyer dans le circuit des précaires indemnisés par l’UNEDIC, branche dirigée par le Medef.
Les salariés d’Amiens qui ont refusé, on peut-être fait le bon choix.
Et puis à quoi servent les scooters si l’on n’a plus les moyens de se les payer et de mettre de l’essence dedans ? Etant entendu qu’au chômage on consomme avec parcimonie et pour cause…
A terme les cycles asiatiques resteront en Asie.
http://spip.chacun-ses-gouts.levillage.org/
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