L'Echo d 'Emmaüs
Au jour d’aujourd’hui quand on entend parler d’Emmaüs, c’est surtout dans le cadre du mal logement, de la réinsertion et de l’Abée Pierre. Nous, en temps que compagnons, nous allons vous faire partager le parcours, la vie ainsi que l’évolution de poste au sein d’une communauté d’Emmaüs.
Notre histoire se passe dans une petite ville de l’Indre qui se nomme Le Blanc.Nous sommes 16 personnes à vivre ensemble en communauté et une dizaine à avoir participer au projet de l’écriture de cet article. De ce fait nous avons décidé de le faire à la façon de plusieurs témoignages afin d’obtenir une image plus personnelle et authentique d’Emmaüs.
Ainsi Claudine et Alain nous racontent :
« Après plusieurs années de galère où nous ne vivions que du chômage, ayant de grandes difficultés à joindre les deux bouts, nous n’avions d’autres choix que de rentrer en tant que compagnons d’Emmaüs. C’est là que nous avons enfin retrouvé notre dignité. »
Cependant, ce parcours n’est pas toujours celui qui conduit quelqu’un à entrer en communauté. En voici un tout autre, celui de Patrice:
"Le fait d’être à Emmaüs en tant que compagnon ne vient pas seulement du fait que l’on s’est retrouvé dans une misère sociale. Je me suis retrouvé dans ce mouvement car j’en avais marre d’une société où les seules valeurs sont l’argent et la production à outrance de produits inutiles à notre existence.
Complètement largué dans une société où je ne trouvais pas ma place, je me suis décidé à me rendre utile pour aider les personnes défavorisées et ainsi savoir ce que je pouvais faire de ma vie dans un système qui va droit dans le mur.
Le Système Emmaüs a pour moi un but :
Sortir les gens de la misère et leur faire retrouver conscience qu’ils sont des êtres humains comme les autres, d’où qu’ils viennent.
Nous vivons dans une société codifiée où dès que vous sortez des normes «sociétales» on vous considère différents"
Mais, Emmaüs c’est aussi un groupe de bénévoles appelés «amis d’Emmaüs». Ainsi, ils nous aident dans notre travail et nous font partager leurs connaissances et leur expérience. Faisons connaissance avec Brigitte :
"Je vais depuis longtemps chiner à Emmaüs par goût pour les vieux objets échoués et l’ambiance «grenier». Dans mon enfance, je passais des après midi entières à fouiller notre grenier familial. C’est en demandant de l’aide à la communauté pour organiser une exposition de jouets anciens que, de fil en aiguille, je suis devenue une «amie».
Le responsable m’a d'emblée fait confiance me laissant fouiller dans la pièce où les jouets étaient amoncelés. Il m’a permis d’en emprunter quelques uns : âne à bascule, nain jaune d’antan, poupées anciennes ont ainsi fais briller les yeux des «Anciens» dans la maison de retraite où je travaille comme infirmière. Je me suis rendue compte de l’ampleur du travail que nécessite le tri et je suis revenue quelque fois, lorsque mon emploi du temps me le permettait, trier des jouets, des vêtements...
La main d’œuvre est toujours la bienvenue mais il ne s’agit bien sur pas que de cela. Amie à Emmaüs c’est aussi le plaisir de la rencontre avec des personnages atypiques, parfois hauts en couleurs, ou au contraire très discrets qui empruntent un chemin différent du notre. C’est souvent sur le ton de la plaisanterie que les choses se disent et j’ai compris petit à petit que l’on pouvait porter attention sans questionner."
Hélas plus ça va plus la moyenne d’âge diminue. Les jeunes sont de plus en plus présents en communauté comme Tony, 21 ans :
"C'est le 115 de Châteauroux qui m'a fait connaitre Emmaüs. Une fois arrivé, ils m'ont mit à dormir dans la chambre passager.
C'est celle qui sert à accueillir les personnes pour un accueil d'urgence. J’ai proposé un coup de main pour les trois jours où je serai là. Le responsable m’a proposé une place en tant que compagnon, ce que j'ai accepté immédiatement.
Je travaillais dans le centre de tri pour accueillir les clients qui nous amenaient des objets. Au bout de neuf mois, l'envie de connaitre d'autres facettes d'Emmaüs ainsi que d'autres personnalités. J'ai décidé partir dans une autre communauté à savoir celle de Le Blanc.
Au jour d'aujourd'hui cela fais trois semaines que je m'y trouve. Je travaille sur plusieurs postes à savoir cuistot et toujours cette grosse tare qu’est le tri. Emmaüs m'a apporté des valeurs comme la vie en communauté ".
On ne peut se rendre compte de l’univers d’Emmaüs qu’en y entrant voyons cette découverte à travers les yeux de Virginie, bénévole :
« Moi Emmaüs, de prime abord c’est en temps que cliente que je l’ai découvert. Cela m’avait plutôt l’air d’être une petite entreprise fonctionnant autour de personnes, hommes et femmes, sujet à des difficultés diverses et le tout dans un cadre de réinsertion.
A présent bénévole avec mes deux enfants, mon regard est tout autre. Bien sur, du passage, il y en a mais c’est surtout la cohésion du groupe qui m’a sauté aux yeux. On peut dire que c’est une famille constituée de personnes de tout horizon, partageant leur vécu avec le reste du groupe. Cela apporte une richesse morale et culturelle, le tout dans une ambiance bon enfant. Et le plus important est que malgré l’âge, l’expérience et l’histoire de chacun, tous les compagnons sont logés à la même enseigne, pas de différences entre les personnes. Comme quoi il ne faut pas se fonder sur ce que l’on entrevoit ou nous dit sur une chose, quoi que ce soit ! Il faut la vivre ».
Ce qui est important aussi est ce que l’on appelle la promotion du compagnon ainsi découvrons le parcours de Didier responsable adjoint de la communauté :
« Je suis compagnon d’Emmaüs depuis 10ans. Ne connaissant rien au fonctionnement ni à l’esprit Emmaüs j’ai pris le temps d’en lire l’histoire et cela m’a fait découvrir un monde nouveau. Après quelques temps de réflexions sur ma condition au sein d’Emmaüs, j’ai décidé de prendre des responsabilités. Aujourd’hui, je suis responsable adjoint, mais cependant toujours compagnon. Ce qui est super c’est lorsque, le matin, je me lève et vois le sourire chez les compagnons. Des blagues volent au moment ou tout le monde commence à se réveiller. Un sourire chez nous est très important. Mais aujourd’hui nous vivons une période noir à cause de l’actualité et de l’accident de Toulouse. A nous de faire voir aux gens qui sont les compagnons. »
Voyons aussi le parcours de Jacky :
«Je viens de la région parisienne que j'ai quitté après une dispute avec mon fils. Cherchant à oublier les problèmes familiaux je suis parti à la recherche de mon fils. Les dernières nouvelles que j’ai eu m’avaient amené à Le Blanc.
Mais la recherche de quelqu’un perdu de vu depuis un certain temps n’est pas si facile que ça surtout financièrement. La santé aussi ne suit pas le rythme. Il m’a fallut trouver un moyen de me retourner n’ayant pas trouvé mon fils.
C’est la que j’ai découvert Emmaüs. Ils m’ont accueilli et m’ont permit de me retrouver moi-même. »
Mais surtout n’oublions pas Geneviève qui à 82ans est à sa 23eme année à la communauté du Blanc :
« En 23 ans la communauté a beaucoup changé. A l’époque on ne pouvait sortir que le samedi soir entre 17h30 et 19h ainsi que le dimanche après midi alors que maintenant moi je vis à l’extérieur dans un petit appartement et les autres compagnons peuvent sortir à n’importe quelle heure en dehors des heures de travail. Je faisais dans la confection de matelas et nous étions, à l’époque où la communauté n’était encore qu’exclusivement féminine, plusieurs femmes à en faire en même temps que le tri des chiffons, la récolte des cartons et les ramassages en camion des objets donnés par les gens. Maintenant l’âge ne me permet plus de faire des matelas bien que n’ayant arrêté que l’année dernière. Aujourd’hui je m’occupe de la mise en place et la vente de vaisselle et je compte bien continuer encore bien longtemps. »
Dans la petite équipe que nous sommes vit aussi Anthony :
«Ici à la communauté, il y a des rires, des joies, des peines, pour moi Emmaüs est comme une deuxième famille. Je m’y sens bien et j’ai retrouvé le gout de vivre.
La communauté c’est des bons moments à base de délires et de conneries que l’on se raconte. De plus en ce moment, il y a eu un terrible accident de la route où il y a eu 7 morts dont des compagnons. Cet accident m’a bouleversé.
J’adore la vie en communauté, avec ses hauts, ses bas, chaque personne apportant son histoire. »
Ainsi Emmaüs démontre qu’au XXIème siècle la précarité touche n’importe qui à n’importe quel moment. Tout évolue, même la misère, mais les compagnons d’Emmaüs sont et seront toujours là pour aider les plus nécessiteux !
Merci à vous. Un forum sera à votre disposition d’ici sous peu pour toutes vos questions.
Neoflit Alias Alex, avec la participation de Didier, Claudine, Alain, Patrice, Jean Michel, Ti Tony, Anthony, Jacky, Geneviève, Virginie et Brigitte.
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