Et la Chine alors ?
Pour une société éthique et responsable

Nous pouvons nous interroger sur l’efficacité d’un éventuel boycott de la cérémonie d'ouverture des jeux olympiques de Pékin de 2008. Y aurait-il une alternative plus appropriée ?
Nous assistons depuis plusieurs mois, en France et ailleurs, à un débat généralisé et hautement médiatique, sur la possibilité de boycotter la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques d’été de Beijing en Chine.
Il est vrai que le respect des droits de l’homme dans ce grand pays au régime autoritaire pause de nombreux problèmes graves, et que le cas de la situation critique au Tibet (qui ne date pas d’hier) a ému récemment l’opinion publique internationale.
Or, nous pouvons en toute honnêteté nous interroger sur l’efficacité d’un tel boycott : est-il approprié ?
Au cœur du peuple chinois, nous constatons ces derniers jours que s’est forgé, en réaction au tapage occidental, un ressentiment patriotique bien marqué et une fierté nationale grandie d’organiser ces jeux.
Du coté des dirigeants, il y a fort à parier que boycott ou pas, la politique globale de la Chine ne changera pas d’un iota ou tellement peu qu’il ne s’agirait hélas que de poudre aux yeux.
Pourquoi ? Tout simplement parce que les stratégies économiques de l’ensemble des pays en lien avec la Chine ne changent pas, et réciproquement. L’empire du milieu, fort de 1,3 milliards êtres humains et de 13 % de croissance en 2007, est une prodigieuse manne pour le reste du monde : la montée en puissance de la Chine dans l'économie mondiale est l'un des évènements majeurs du début du XXIème siècle.
La France pour sa part, pourtant patrie des droits de l’homme, ne se risquerait pas à perdre quelques contrats mirifiques, et entend bien se battre pour gagner plus de part de marché.
Du coté de l’Etat il n’y a donc rien de substantiel à espérer pour les droits de l’homme en Chine, et nous ne pouvons qu’assister impuissant au génocide du peuple tibétain…
Mais ne pouvons nous donc rien faire ?
Nous n’imaginons pas le pouvoir que nous avons en tant que consommateurs !
Les entreprises créent de nouveaux besoins certes. Elles tentent de nous faire consommer à dessein notamment par les leviers puissants et insidieux de la publicité. Mais elles s’adaptent aussi à nos réels besoins et à notre demande. Au final, c’est nous qui décidons, soyons-en sûrs. Au terme de consommateur nous devrions désormais lui substituer celui de « consom’acteur ».
Que se passerait-il si au lieu de boycotter la cérémonie d’ouverture des jeux de Pékin, nous boycottions plus directement et à grande échelle les produits chinois ? Mais en avons nous la conscience et le courage ?
Oh ! bien sûr nous ne pouvons pas ou très difficilement agir sur les secteurs d’exportation de la France vers la Chine (industrie lourde, transports, énergie, etc.) – C’est le domaine réservé de l’Etat et des grandes entreprises – mais il nous reste tout de même la plupart des secteurs d’importation de la Chine vers la France.
Dans les secteurs traditionnels, la Chine détient de très grandes parts du marché européen : ainsi, dans les importations de jouets et d'ouvrages en cuir, sa part dépasse 55 % ; dans celles de meubles, de chaussures et de vêtements et d'outillage, elle tourne autour de 20 % ; dans celles de produits en plastiques, autour de 15 %.
Depuis l'élimination des quotas qui régissent les importations européennes d'habillement le 1er janvier 2005, la Chine a encore élargi sa part de marché dans ce secteur au détriment des autres fournisseurs extérieurs de l'Union européenne. La part de la Chine dans les importations de l'Union européenne à 15 dans l'habillement est passée de 18 % fin 2004 à 29 % après la levée des quotas. (Source : Assemblée Nationale) Nous pourrions donc agir largement et puissamment, si nous le voulions ! Mais un boycott large et global (à l’échelle de l’Europe par exemple), s’il aurait le mérite d’être percutant envers les instances chinoises, serait injuste : la Chine est un grand pays complexe, empli d’une mosaïque nuancée d’individus et d’entreprises ; à l’intérieur de cette mosaïque, certaines entreprises sont plus éthiques que d’autres. Comment ne pas pénaliser tout le monde de la même manière ? Comment consommer de façon équitable ? Comment créer une dynamique de l’excellence éthique ? Une solution pourrait être de mettre en place sur tous les produits de consommation un étiquetage obligatoire mentionnant une notation sur le caractère éthique du produit. Cette note permettrait au consommateur de manière simple et rapide de juger du capital éthique du produit dans toute la chaîne de fabrication. Il pourrait alors choisir de ne pas acheter par exemple un produit chinois mal noté. Un tel système de notation n’est bien sûr pas simple à mettre en œuvre, il devrait tenir compte de nombreux paramètres. Son déploiement pourrait être assuré conjointement par l’Europe, par les états membres, par les importateurs, les distributeurs, les revendeurs. Selon la même idée, un autre système de notation pourrait être créé pour attribuer un caractère écologique à chaque produit. Fort de ces deux notations, les consom’acteurs deviendraient enfin des citoyens pleinement conscients de leurs actes d’achat, et au delà, transformeraient ces actes en gestes politiques. Pour une excellence éthique et une excellence écologique ? Nos sociétés sont-elles prêtes pour cela ? Apparemment pas encore… Nul vent n‘est favorable à celui qui ne sait où il va.
On le voit bien, ces questions ne concernent pas que la Chine, elle ont une incidence universelle.
Bodhie
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