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n°368 - 15 mai 2008
Rubrique Edition Littérature animée par aucun responsable. Postulez !

(Re)découvrons Khalil GIBRAN


Document spécialement préparé pour permettre à un ami de s'imprégner davantage de préceptes sagement agencés par un écrivain dont j'ignorais presque l'existence. Mais grâce à ce que d'aucuns prendraient pour un heureux hasard et que moi je pense plutôt être une réelle synchronicité, au sens jungien du terme, simultanéité initiée par cet ami, j'ai pu prendre la mesure de l'ampleur d'une réflexion dont la base devait être le socle d'une vie soucieuse de se forger un sens, permettant ainsi d'assoir son cheminement sur des valeurs qui fondent l'existence de l'homme.

Le thème du mariage, auquel se confond celui encore plus pernicieux de l'attachement, est abordé avec une élévation de point de vue qui commande humilité et bon sens, eux-mêmes renvoyant à la nécessité de se défaire des lanières qui rattachent un engagement institutionnalisé au devoir du respect des liens unissant deux êtres. Ce fondement sape allègrement des pans entiers de la liberté et érige de ce fait une stèle en faveur de la morale hiératique heureusement ébréchée de façon régulière par des consciences éprises de justice :« Aimez-vous l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour une chaîne ».

Sur "l'enseignement", Gibran fait encore preuve de hauteur, invitant le maître à initier le disciple dans la stricte observation des moyens d'acquisition de la connaissance, le modèle proposé par un éducateur dogmatique n'apportant point de réel accès au savoir, sinon une pâle copie de la vérité toute relative de l'initiateur :« De même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu,chacun de vous doit demeurer seul dans sa connaissance de Dieu et dans son entendement de la terre ».

"La connaissance de soi" fait écho à ce qui est dit sur l'enseignement, pour renforcer l'idée d'une certitude qui ne devrait jamais se déployer sous une même identité, ni par conviction au service d'un quelconque devoir d'instruire, encore moins de la volonté de semer des reflets de vues au nom de la sacro-sainte survivance des idées à leur concepteur:« Ne dites pas: 'J'ai trouvé la vérité', mais plutôt: 'J'ai trouvé une vérité' ».

Ce que Gibran dit "à propos des enfants" prolonge son point de vue sur la question du mariage, hébergée par l'amour en général. Il peut paraître cruel et choquant de dire à des parents: « Vos enfants ne sont pas vos enfants ». Pourtant l'on peut aisément en saisir la portée lorsque, plus loin, il est déclaré, à juste titre, « Vous pouvez leur donner votre amour,mais pas vos pensées » ; je comprendrais bien que l'on y trouvât à redire . A cet égard, j'entends bien faire parvenir à mon ami l'article que j'ai commis sur le côté pervers du processus de l'accès au savoir, réflexion que j'ai appelée « La Morne Approche » et qui abonde dans le même sens.

"Le travail"! du latin 'trepalium', c'est-à-dire 'instrument de torture', l'homme en a gardé la dimension résolument empreinte de souffrance qui lui ôte toute référence à l'amour dont il est pourtant le pendant physique. L'on pourra facilement faire l'expérience d'un travail réalisé à son corps défendant pour se rendre compte de son résultat minable: « Le travail est l'amour rendu visible ». La raison et la passion: ce chapitre me rappelle une parenthèse au cours de multiples conversations avec cet ami à qui j'avais parlé de la nécessaire dualité chez l'homme, représentée par l'articulation tête/coeur ou raison/passion. Ces deux catégories, loin de perturber le siège des décisions et des sentiments, garantissent un équilibre certain et fait de l'homme qui en a pleine conscience, le foyer d'un réseau d'émotions couplées à des facultés intellectuelles, le tout servant la stabilité, la constance qui fonde les sociétés modernes et en assure la continuité.« Car la raison régnant seule, est une force qui brûle tout élan ; et la passion, livrée à elle-même, est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction ».

"La religion": Ce régulateur du rapport de l'homme avec le sacré devrait se vivre sans dogme aucun, mais aussi et surtout, affranchi de toute ostentation qui en fait souvent le faire-valoir des bellicistes et autres moralisateurs en mal de transmission d'idées. Les bonnes oeuvres demeurent un formidable engagement, pourvu qu'on en n'attende absolument rien, d'autant qu'elles sont réalisées à l'abri des curiosités de toutes sortes. Elles ne sauraient ainsi s'accommoder de publicité, tant leur vocation est de l'ordre de l'intime. De toutes manières, convenons au moins de la vanité des couvertures médiatiques d'événements autour d'oeuvres de charité, sauf lorsqu'il s'agit d'attirer l'attention d'éventuels donateurs sur l'urgence d'être partie prenante dans les actions menées par les associations caritatives:« Qui peut disjoindre sa foi de ses actions, ou sa conviction de ses occupations? », car « Votre vie de tous les jours est votre temple et votre religion. »Voilà donc ce qu'aurait pu être l'axe de compte rendu de lecture de cetami dont la soif d'apprendre rivalise désormais avec cette fougue rentrée d'aimer avec détachement.


cassophel@aol.com



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Juste BEMBELE
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