J'ai vu Mickey

J'ai vu aussi Donald et le train fou.
Rêv’land.Le train qui nous emporte me laisse rêveur, pas un bruit sur les fils d’acier ou roule la machine et les box’s, attachées les unes aux autres comme les perles carrées d’un collier magique. Le paysage défile, identique à lui-même depuis toutes ces années où je prends cette ligne de chemin de fer comme on disait…avant. Mêmes gares anonymes et linéaires, mêmes gens tristes attendant sur les quais. C’est pâle un voyageur ! Ou il part heureux en laissant sur le quai des gens tristes, ou il part le vague à l’âme, traînant dans son bagage le gris d’un matin froid.
Nous, nous sommes partis sans témoin dès potron minet avec dans les poches le cadeau des enfants sages de la famille :
Un voyage au Pérou à la recherche des civilisations disparues ? Trop loin avait été le verdict, ou en Crête avait t-on murmuré ! Mais Monsieur Trop chaud avait sanctionné la destination. Pourtant entre ces deux voyages, parmi quelques autres qui avaient retenu notre attention comme le Canada ou l’Île de Pâques, le dépaysement aurait été certain, seulement voilà le temps passe, les choses évoluent et pas toujours dans le sens que l’on avait prévu. Mickey ! C’est vers le pays du rêve américain que les fils d’acier nous guident.
- Marne la Vallée ! Marne la Vallée, les voyageurs sont priés de descendre à l’arrêt complet, n’oubliez pas vos bagages dans le compartiment.
Une gare comme les autres pensais-je, il va falloir trouver la bonne sortie et courir après un itinéraire incertain, cherchez les bonnes navettes et attendre comme les moutons de Panurge dans des files d’attente interminables pour en définitive regretter d’avoir quitté le doux cocon de la ferme Limousine. Une gare, c’est triste comme une gare, et c’est toujours loin de tout !
- Bonjour Madame pour aller à Disneyland quelle est la destination s’il vous plait ?
C’est avec un sourire moqueur et les yeux d’un train qui regarde passer une vache qu’elle me dit :
- Vous êtes arrivé Monsieur, il vous suffit de sortir de la station !
La station, la station ! Pourquoi pas la Wells Fargo Compagnie avec diligences, chevaux fumants et cow-boys puants la sueur et la poussière ! Et pourtant, moins de deux cent mètres plus loin, le décor se mit brusquement à changer, plus nous marchions vers notre destination plus j’avais l’impression d’ouvrir une bande dessinée et de marcher dans ses pages. Trottoirs uniformes sans traces de roues, de pipi de chien, de mégots, de gomme à mâcher. Des parterres de fleurs semblant posés au sol par des feutres fluorescents, à l’horizon des immeubles tout en couleur se transformant en village pendant notre trajet. Puis une avenue avec des boutiques, non pardon des cinémas flottant sur un étang avec des champignons de six mètres posés sur un chapeau de cow-boy grand comme une citrouille magique en guimauve multicolore. Sur trois cent mètres, tu viens d’en prendre plein la tête. Plus de sinistres visages pâles sur un quai de gare gris, les yeux se sont ouverts sur un autre univers, les yeux brillent, les lèvres s’ouvrent sur un étonnement grandissant au fil des pas. Incroyable mais pourtant réel, les « marchent-debout » sont devenus gais et optimistes en moins de 5 petites minutes. Jamais je n’aurais imaginé avant cet instant que « l’homme » pouvait être aussi puéril et influençable.
Un humain joyeux me regarde et me dit :
- Vous arrivez à l’instant je vois ! (Facile avec les valises à la main de ne pas se tromper) Vous cherchez votre hôtel ?
- Oui c’est le Newport Bay !
Et avec des yeux pleins de malice et luisants comme des pommes d’amour, il nous dit :
- Levez les yeux, cherchez la Montgolfière amarrée au quai, elle vous guidera vers le Newport Bay.
Au détour d’un carrousel de chevaux de bois, une grande et profonde allée ceinturée de lampadaires à cinq branches, en fonte s’il vous plait, longent un large canal, au loin un phare, et puis tout blanc comme un paquebot sur une mer d’huile, l’hôtel apparaît. Alors tu avances vers ce premier rêve, cet autre monde cette autre architecture et le silence, pas de voiture, pas de fond sonore, pas d’odeur d’essence, tu flottes en portant les valises devenues presque inexistantes. Va t’on oser pousser la porte blanche, avec ses ferrures laitonnées tellement brillantes qu’elles semblent avoir été posées la veille ?
- Hello, welcome to the Newport Bay, follow me please !
- Tek groot nurtnvreut!
- ? Vous êtes Norvégien ?
- Non Français de base !
- Sorry, heu pardonnez-moi ! S’excusa le groom N° 63 dans son superbe uniforme blanc
aux épaulettes bleues et or, digne d’un officier de la marine à voile.
Ce premier rêve continua à chaque mouvement de tête, une immense mappemonde, des boiseries d’un autre siècle, du laiton partout, du blanc, du bleu et ma première rencontre avec ce qui me troubla le plus pendant ce séjour, des objets d’époque partout, mélangés dans le décor et les espaces visuels. A chaque pas tu fais marche arrière, tu penses vivre au présent et tu te ramasses en pleine tronche un décor, un objet, un mouvement d’une autre époque d’un autre lieu, d’une autre mémoire. C’est peut-être ça le rêve, vivre deux choses à la fois dans le même instant donné.
Les valises sont posées presque avec regret tellement semble éloigné notre espace temps réel, nous quittons l’hôtel avec les deux sentiments qui se mélangeront jusqu’à la fin du séjour, regret de quitter l’endroit ou tu es, et envie d’aller plus loin. En passant dans le hall d’entrée une odeur de fruit de mer nous envahie…Etrange en ce lieu plein de charme, l’odeur est agréable mais…surprenante, pourtant c’est l’évidence même, Newport Bay, la mer, le port, Disney reste logique dans le rêve jusqu’au bout…du nez !
Des jardins, des jets d’eau, des cascades, puis l’entrée dans le futur intérieur, retour vers nos lectures, nos BD, nos rêves. Barber shop, se faire raser et peigner à l’ancienne, un tacot des années 20 vend du Coca Cola, une voiture de pompier de la même époque t’invite à entrer dans une boutique, et là le rêve continue. Si tu regardes les rayons tu trouves les articles souvenir made in China, mais si tu lèves les yeux, si tu regardes entre deux rayons, ou tout simplement sur la caisse, tu fais un flash en arrière, tôles émaillées, outils, accessoires, téléphones bakélite, pompes à essence te sautent aux souvenirs des anciens films. Alors tu en redemande, impossible d’avoir tout vu. Tu va laisser made in China aux autres, et là, pan ! Ton cœur s’arrête pour la première fois, elle est là posée sur un pont élévateur que tu n’avais même pas vu, en plein milieu du magasin : La Wolkswagen Coccinelle 53 « Choupette »
Il sont fous ces Ricains, mais nous n’étions qu’au tout début de l’aventure, entre le monde des poupées où tu te promènes dans une nacelle parmi des mannequins animés, de la taille d’un enfant de 8 ans représentant toutes les nations, en passant par Blanche neige et les sept nains ou l’aventure de Peter Pan, tu planes sur ton enfance mais avec une technologie et une architecture tout en trompe l’œil à couper le souffle. Alors tu te dis bon, si on faisait un saut dans l’espace sur la lune d’Endor ? Accroches-toi ! Si tu as le vertige, fermes les yeux, mais dans ces conditions tu ne seras jamais un héros de l’espace !
Beaucoup plus calme, la cabane des Robinsons. La visite commence par un escalier avec des rampes en bambous, tu grimpes les marches bizarrement sans avoir l’impression de monter. A chaque détour de branches il y a une pièce avec les objets d’époque (toujours et encore) de Robinson. Réussir à grimper un harmonium dans un arbre et l’installer dans une pièce comme si son propriétaire venait de poser une dernière note, c’est magique. C’est à ce moment là que tu t’aperçois que tu as grimpé dans un arbre en béton, que tu as visité une dizaine de pièces posées sur des branches elles aussi en béton, accompagné d’une cinquantaine de « marchent debout » invisibles, car étrangement on ne se rattrape jamais. Et quand tu redescends, en t’éloignant de l’arbre, tu ne vois rien, c’est ça la magie du décor de cinéma. Grandiose.
Un train siffle, nous guidant vers un village de mineurs. Déjà la magie avait émoustillé nos envies, mais en arrivant à l’entrée du village ce fut le choc. Imagines un fou furieux achetant l’intégralité d’une vrai mine, les chaudières, les machines d’extraction, les rails, les wagonnets, les machines à vapeur, des centaines d’outils et d’accessoires d’époque. Alors tu te dis, je vais faire la queue pour aller faire un tour au fond. Tu entends bien les gens hurler, mais bon, encore des fillettes sans doute. Au bout de trois quart d’heure de queue (Ca c’est pénible) tu embarques dans des wagonnets aux pieds des montagnes rocheuses et c’est 4 minutes de plaisir panique, avec des décors somptueux à tous les virages. Rien n’est laissé au hasard, rien, descentes vertigineuses, remontée lente pour admirer des décors époustouflants, puis tu redescends au fond de la mine avec le vent dans la figure et les explosions de minerais, tout est irréprochable dans la minutie du décor, le rêve continue avec le palpitant qui s’affole un peu plus pour cette magnifique démonstration de l’imagination des hommes.
Un endroit étrange et envoûtant c’est la visite du Nautilus, l’exactitude de la conception te fait entrer dans le livre puis dans le film, avec des objets d’époque mis en situation réelle, l’ambiance feutrée et la lumière subtile qui t’entoure est totalement troublante. Comme si tu étais dans le vrai nautilus et que le Capitaine Némo allait surgir au pied de ses orgues !
Les spectacles aussi sont nombreux à Disneyland, et un de ceux que nous avons vu m’a fait revenir à la réalité. Buffalo Bill, le héros légendaire que les Américains nous présentent, a aussi une autre facette.
Son surnom provient du fait qu'il fournissait en viande de bison (buffalo en anglais) les employés des chemins de fer Kansas Pacific et qu'il gagna un duel contre Bill Comstock en tuant 69 bisons contre 48 en une journée. Gageons que ces bisons ne furent abattus que pour le prestige des chasseurs.
De source officielle plus de 60 millions de Bisons occupaient la partie centrale du continent Nord Américain avant l'arrivée des Européens. Plus ou moins 800 Bisons furent dénombrés vers la fin du 19em siècle. Ce massacre fut orchestré dans le but d’une destruction systématique des troupeaux afin d’affaiblir les nations "Indiennes" vivant dans les plaines, en les privant de leur principale source de nourriture et de matières premières, tels vêtements, abris, ustensiles nécessaires depuis des millénaires à leurs vies. N’y a t-il pas là un génocide orchestré pour imposer la volonté du plus fort ?
Comment peut-on appeler un peuple imposant sa loi par la force sur un territoire occupé depuis des millénaires par d’autres ? Un colon peut-être ! Rien de bien glorieux à cela, et si j’ai tourné mon pouce vers le sol à la fin de ce magnifique spectacle mélangeant cavalerie et dressage de bisons (c’est un comble !), ce n’était pas pour le peuple américain mais bien pour cette façon de présenter les faits qui valorisent en occultant ceux qui dérangent.
Allez on va oublier cette divergence d’opinion, Disney c’est cher y compris les trop nombreux fast food mais le rêve n’a pas de prix. Je pense qu’il faut faire le voyage au moins une fois quitte à regretter de retrouver des trottoirs gris et l’herbe sauvage dans les allées du « monde extérieur ». La technologie, la précision des détails, la magnificence de l’environnement général fait heureusement oublier que derrière tout ça il y a malgré tout, restons lucide, le…big business. Mais ce n’est pas spécifique aux Américains, et puis si personne ne fait rien, on ne risque pas d’attirer les critiques.
Les hommes font la guerre. Les femmes pleurent des larmes noirs, et les enfants n'ont pas tous le même sourire. GG.B.
Pour en savoir plus• Un site internet où vous découvrirez plein de choses sur les bisons
http://indien.nexenservices.com/amerindiens/bisons.htm
• La page Wikipedia sur les bisons
http://fr.wikipedia.org/wiki/Bison
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