Ma vie sempiternelle
Un exemple de recyclage : un geste écologique.
Comment transformer par la fusion en aciérie, une boîte de conserve en voiture.
MA VIE SEMPITERNELLEJe suis née un jour de septembre 1999 dans une petite commune qui s'appelle Bergues, située près de Dunkerque dans le Nord de la France. Je n'ai pas de nom, par contre, je possède un matricule : C17V16.04K2. Je sais que je disparaîtrai avant le 30 août de l'an 2000 : c'est écrit sur ma parure. Mais je ne me fais pas de souci sur ma durée de vie, car comme le phénix, je renaîtrai de mes cendres une fois que j'aurai quitté cette société de consommation. Ma vie sera donc éternelle.
Je suis reconnaissant envers les écologistes et les en remercie tout particulièrement. Ils ont su faire changer les comportements, les habitudes de nos gouvernants, en les forçant à mettre en place une véritable politique de l'environnement, dont la finalité est la préservation du milieu dans lequel nous vivons. La prise de conscience a été longue, mais sans la détermination de ces défenseurs de la nature et leur acharnement à vouloir améliorer notre espace de vie, il y a bien longtemps que je serais disparue. J'ai profité des textes de loi favorisant l'élimination des déchets urbains par leur valorisation. Sans cette mesure, je serais probablement enfouie dans une décharge, sans autre forme de procès.
Contrairement aux humains, ma valeur intrinsèque souffrira de variations : tantôt, elle se dépréciera tantôt, elle se bonifiera selon mon état et les différentes phases de mon existence, car comme ceux qui croient à la métempsycose et qui espèrent se métamorphoser en éléphant ou autres animaux, je reprendrai vie, peut-être sous une autre forme, mais avec si je puis dire, les mêmes gènes, les mêmes cellules, les mêmes caractéristiques.
Mon cycle est ainsi fait : pour me donner une autre vie, il faudra payer le prix fort, puis après quelques mois, une année, je ne vaudrai plus grand chose dans ce monde qui m'aura adoptée pour une période éphémère, si je me retrouve dans le circuit de la société de consommation.
A l'instar des enfants maltraités, je risque d'être brutalisée, de recevoir des coups de pieds, d'être étranglée ou aplatie, d'être dédaignée.
Mon futur géniteur sera peut-être un chef d'entreprise américain, un industriel français ou pourquoi pas un financier européen.
Il pourrait très bien s'appeler Monsieur Bonduelle, Monsieur Loburg ou Monsieur Sprite.
Il se peut que je renaisse sous une forme plus noble et être la substance essentielle d'une Rolls Roys, le digne représentant d'un ouvrage comme le Pont de Normandie ou sublime consécration, l'élément basique d'un prestigieux monument en acier, comparable à la Tour Eiffel. Cette fraction de ma vie sera plus longue, à la condition néanmoins que l'on prenne soin de moi, que l'on me protège contre les vicissitudes du temps...
L'avantage d'être un édifice illustre, c'est de ne plus subir de transformations par le biais de fusions, pénibles à supporter.
Eh oui, il m'arrive de rêver de gloire, de notoriété, d'anoblissement… Etre un monument qui enrichirait notre patrimoine national... Quel honneur !
Ah ! J'oubliais de vous dire : je ne suis pas un humain au sens biologique du terme, mais simplement une boîte en acier. Aujourd'hui née chez Américan Can, j'ai la forme d'une cannette de boisson contenant du Coca Cola.
Je ne sais pas ce que je serai demain, mais une chose est sûre, je traverserai les âges. Ma vie sera sempiternelle.
|
|

