Sanctuaire (William FAULKNER : 1897-1962)
La littérature américaine : Nobel 1
Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.
Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette catégorie.
« Sanctuaire » est une intrigue policière sans intérêt véritable car là, n’est pas le but de l’auteur. Le personnage de Popeye n’est pas sans rappeler les deux héros de « De sang froid » de Truman CAPOTE (voir notre article sur l’écho du village n°317).
C’est un être vil et personne ne s’apitoiera sur son sort, même lorsque FAULKNER nous dévoilera son enfance au tout dernier chapitre. Il sera capturé pour être pendu, sans que cela ne le tourmente le moindre du monde.
Contrairement aux vrais auteurs de romans noirs, Faulkner noircit ses personnages. Ils sont à l’image du milieu dans lequel ils évoluent. C’est-à-dire une jungle dans lequel seul, les plus forts survivent. Nous sommes à l’époque de la prohibition que nous décrivent certaines séries télévisées, mais ici, c’est le consommateur qui parle. Le whisky est infect, c’est de l’alcool sans véritable goût.
A cette prohibition, Faulkner nous rajoutera d’autres formes de violence : viol, lynchage, prostitution, alcoolisme, etc.
Popeye est loin d’être un battant dans ce monde cruel. Temple, l’héroïne du roman, lui dira qu’il n’est pas un homme, et cette réplique ressurgira dans le texte. En fait, Popeye n’a rien d’un vrai chef de gang. C’est un lâche, plutôt petit, il est l’antithèse du héros.
Lorsqu’il devra affronter la mort, ce sera l’indifférence plutôt que le courage qui l’aidera, et ce lynchage sera pour lui, le suicide légal d’un homme raté.
Temple, la jeune fille encore mineure, est une victime tantôt ambitieuse, tantôt idiote, car chez FAULKNER, les femmes sont également victime de ce monde impitoyable. Elles ne relèvent jamais le niveau de l’homme. Pour l’auteur, l’homme est naturellement méchant, et la femme doit s’y adapter.
C’est autour de Temple que gravitera toute l’histoire. Encore collégienne, elle s’éprendra d’un prince charmant. Tempérament passionné ou aventureux, ce sera pour elle la descente vers l’enfer.
Pour elle, on se tuera, car autour d’elle que gravitera Tommy qui sera assassiné, Popeye et Horace, l’avocat plus ou moins douteux.
En grandissant Temple devient craintive, mais elle sait qu’elle a une richesse : son corps. Prostituée, elle n’attire plus la sympathie des hommes puisque sa seule qualité est d’être une femme-objet.
Elle sera libérée lorsque son « protecteur », Popeye sera interpellé. Mais que fera-t-elle de cette liberté ?
« Sanctuaire » est donc un roman qui captivera le lecteur. Avant d’être un vulgaire polar, c’est une oeuvre qui porte la signature de FAULKNER. On peut également signaler au lecteur que le personnage de Temple Drake, lui donne rendez-vous sept ans après dans « Requiem pour une nonne ».
René MORIN
Illustration : François BOUCHER
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