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n°358 - 15 juillet 2007
Rubrique Edition Télévision animée par Mireille

Entre le cinéma et la télévision une histoire d’amour / haine


Oh temps immémoriaux où parler d’une série que l’on avait vu à la télévision signifiait soit une réjouissance de l’interlocuteur ou une désapprobation totale que vous êtes loins !

C’est étonnant de voir comment les choses évoluent vite. Il y a peu parler d’une série télévisée signifiait trois choses : moindres moyens, moindre qualité et moindre intérêt. Pourtant certains programmes ne manquaient pas de charmes et de talents mais l’étiquette était là que l’on le veuille ou non.

En fait tout ça vient du fait que beaucoup de professionnels du cinéma avaient au grand maximum commencé dans une série télé. On se souvient de Johnny Deep dans 21 Jump Street par exemple ou de Clooney plus tard dans Urgences. Mais un certain repoussoir s’établissait entre ces professionnels.

Le problème venait en fait que très souvent par la répétition des épisodes et des saisons, ces professionnels avaient peur d’être enfermés dans un seul et unique programme. Ils croyaient devenir les fonctionnaires du divertissement animé.

Dans le même temps très peu d’acteurs de séries arrivaient à percer au cinéma. Peu de personnes leur faisaient confiance pour quitter le rôle qui les avait porté. Les étiquettes tiennent toujours très bien. D’autant que lorsqu’un acteur rate un film c’est un rôle entier qui est foiré. Tandis que si un épisode est moyen il existe toujours les suivants pour rattraper le coût.

Et puis, faut pas se mentir, la qualité des séries n’était pas si exceptionnelle que ça. C’était sans doute dû principalement aux budgets limités par rapport aux films malgré quelques perles : ah le Magicien de mon enfance ou la célébrissime Le Prisonnier ! Tout n’était pas si folichon.

Quand soudain survinrent deux phénomènes différents. Les films subissaient une crise continue et progressive. Le prix des places ne cessait de gonfler, les grands acteurs tombaient comme des mouches et surtout ils ne faisaient plus recette à la télévision. En France le rendez-vous du film du dimanche soir (très souvent sur TF1) était une messe comparable à celui du 20 heures. Mais à acheter ils coûtaient chers, victimes de l’explosion des budgets et n’apportaient plus les recettes estimées.

Dans le même temps les séries se modernisaient et s’amélioraient. Autant les années 80 et 70 manquaient cruellement de grands noms, autant les 90 virent leur expansion. Je suis l’un de ceux qui aiment bien les séries des années 80 mais je sais aussi que cela à un arrière goût de nostalgie de mon jeune temps. De nouveaux scénaristes plus aptes à comprendre le format des séries, formés et nourris à ce type de programmes apparurent. Les producteurs qui avaient vu grandir et se pérenniser ce type de programme leur faisait plus confiance et hésitaient moins à mettre l’argent nécessaire. Peu à peu la qualité augmentait. La qualité et la valeur aussi.

Ce n’est qu’être hypocrite de ne pas dire que ce qui fait à l’heure actuelle le succès des séries à la télé est aussi le fait qu’elle coûte moins à faire et qu’elle rapporte plus. 42 minutes avec une coupure pub contre deux heures trente avec deux en France. Aux Etats-Unis n’en parlons pas bientôt ce sera toutes les dix minutes. Et quand cela rapporte au niveau des publicitaires cela intéresse les programmateurs.

Mais la relation amour / haine entre les séries télés et le cinéma n’est pas terminée. Un reproche fait avec une pointe de jalousie par les professionnels du cinéma sur la qualité n’a plus vraiment lieu d’être. Non ce qui reste vrai c’est le fait que les programmes sur le même format pullulent. À part HBO et sa volonté d’innover on peut compter les différences. Mais au cinéma combien de fois un film ressemble à un autre et parfois avec le même acteur ? Quand on sait qu’en plus désormais deux films sur trois qui sortent est une suite. On ne peut que douter de la qualité intrinsèque.

Le reproche vient aussi de France. À juste titre on se désole que les séries télés ne reflètent que l’image américaine du monde, ne donne que le visage d’une société monolithique issue du nouveau continent. Mais alors on serait en droit de se désoler du même phénomène au cinéma. Que dire de la production hollywoodienne ? Non le véritable point d’interrogation vient des séries françaises. Car comparer Julie Lescaut et CSI relève du massacre en règle de la première. Malgré un renouveau des séries françaises avec de grandes oeuvres saluées et par les fans et par la critique et dont nous parlons dans un autre article. Les 90 minutes habituelles se résumaient bien souvent à un ramassis de beaufitude et de clichés. Et je pèse mes mots. Et puis si les programmes américains plaisent c’est qu’ils ont une certaine qualité, même s’il s’agit de flatter nos bas instincts (ce que personnellement je n’y crois guère). En quoi forcément faire de l’audience serait mal ? Enfin la France dans ce domaine s’avère aussi égocentrique que les Etats-Unis. MI-5, Messiah au Royaume-Uni, Tatort en Allemagne et certains programmes c’est vrai confidentiels en Espagne existent. La diffusion en France est restreinte mais si le cinéma italien se résume à Begnigni et l’espagnol à Almodovar ce n’est pas la faute des cinéastes eux-mêmes.

La vraie raison de la chute du cinéma et l’ascension des séries tiennent aussi à un espace de liberté retrouvé. Antoine de Froberville dans un article de l’ouvrage collectif de Martin Winckler Le Meilleur des séries disait par exemple : « La télévision offre donc aux cinéastes et scénaristes un espace de liberté qui n’existe pratiquement plus au sein d’une machine hollywoodienne toute dévouée à la fabrication de blockbusters » C’est d’autant plus vrai que comme il le rappelle les séries télés ce sont essayées à tout les styles. Action et espionnage avec 24 heures, science-fiction, Babylon 5, Battlestar Galactica, Stargate, horreur même avec Masters of Horror.

Les séries sont désormais en quête d’une reconnaissance cinématographique. Ce n’est pas pour rien si Tarantino a alors réalisé un épisode de CSI par exemple.

La frontière entre les deux univers semble n’être plus qu’une fine feuille de papier qui ne tardera pas à percer. Nul ne sait vraiment sur quoi cela aboutira. Mais une chose est sûre. Déjà depuis longtemps un large public regarde des séries télés comme auparavant un large public regardait des films. Et votre serviteur comme beaucoup d’entre ceux que l’on appelle les fans ne sacrifient pas le plaisir d’une bonne salle de ciné ou un DVD pour seulement visionner des séries. Une certaine culture du Septième Art existe déjà parmi les passionnés. L’inverse est loin d’être vrai. Mais bon on a encore le temps.


Hio-Tin-Vho
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