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n°358 - 15 juillet 2007
Rubrique Edition Télévision animée par Mireille

Le Phénomène des fanfictions


Internet est fait de ces mystères et phénomènes que l’on a du mal à saisir et surtout dont on a du mal à savoir si c’est l’oeuf ou la poule qui est arrivé en premier. Les blogs sont de cela. On se demande si c’est le fait que les médias, que l’on dit classiques qui en parle qui en fait un phénomène, ou si à l’origine même c’était un phénomène. Les fanfictions sont de cela aussi. Dire si c’est le phénomène des séries qui la provoqué ou si tout était là pour son développement est encore une énigme.

Mais une chose est sûre les fanfictions ne sont pas à l’origine liées aux séries. Elles existaient bien avant. Il s’agit donc de l’écriture d’une histoire nouvelle dans le cadre d’un univers déjà existant et dessiné par un auteur. Sherlock Holmes par son importante densité à suscité nombres de vocations d’écrivains et on ne compte plus les romans parodiques ou adaptés de l’oeuvre.

Le concept même d’adaptation de livres, de bandes dessinées ou de mythes tient à cette volonté que nous pouvons avoir de nous accaparer une oeuvre déjà existante. Très souvent il arrive que l’on s’imagine en personnage de tel ou tel roman ou en l’espèce de telle ou telle série.

La série Le Poulpe est un exemple flagrant de ne pas lier l’oeuvre à son auteur mais de permettre au plus grand nombre de l’adapter à sa sauce.

En fait ce que les séries ont permis c’est un grand développement du phénomène. Moins cher que les films, plus rentables et d’une qualité toujours meilleure par rapport aux débuts, les séries ont su s'imposer à la télévision, même carrément s’accaparer beaucoup de places, et ce dans le monde entier.

Les fanfictions liées aux séries en ont donc fait de même. De plus la série à ceci d’intéressant c’est qu’elle coure sur plusieurs épisodes (avec le maximum de chance sur plusieurs saisons). Et donc qu’elle tisse peu à peu tout un univers que l’on peut plus facilement connaître et ainsi utiliser à sa guise.

Mais comme nous l’avons dit ce phénomène n’est pas circonscrit qu’aux séries télés. Ainsi les oeuvres d’une grande densité et s’étendant sur plusieurs ouvrages ont aussi leurs fanfictions. Harry Potter est de ces livres qui par leur nombreux volumes, films, produits dérivés offrent au passionné l’occasion de bien connaître son sujet et donc l’univers d’Harry Potter. Mais c’est aussi le cas pour des bandes dessinées comme Lanfeust de Troy, des Jeux Vidéo comme Final Fantasy ou des mangas comme Dragon Ball Z ou plus récemment Pokémon, Naruto, Yu-Gi-Oh pour les plus jeunes.

Internet lui-même n’est pas étranger au développement du phénomène. Comme nous allons le voir plus loin, le facteur d’émulation et le fait de savoir que l’on peut être lu par des gens qui partagent votre passion et donc qui sont des juges spécialistes permet aux auteurs une sensation agréable de considération de son travail. Au début une certaine appréhension existe, de peur que le résultat soit moyen mais les encouragements ou les remarques des autres aident à la réalisation et à la persévérance.

Voyons tout cela dans un ordre logique. Tout d’abord intéressons nous à l’auteur d’une fanfiction en lui-même.


I)L’auteur d’une fanfiction

Comme il a été précisé plus haut l’émulation et le fait de partager la même passion aide à l’écriture. Nous le voyons dans le fait qu’à l’origine la plupart des auteurs sont des lecteurs de fanfictions. Et que l’auteur en question est un passionné exigeant sur l’oeuvre originale parfois même tatillon et critique.


A) Un auteur est avant tout un lecteur.

Sans pour autant parler de notre situation personnelle il faut noter que beaucoup des personnes que nous avons interrogé lorsque nous préparions cet article nous disent qu’ils lisent des fanfictions. A des rythmes différents et cela aussi à cause de leur emploi du temps personnel en dehors de cette passion, mais qu’elles essaient autant que faire ce peut d’en lire. Et qu’au départ surtout elles étaient des lecteurs avant de devenir auteur ou en tout cas de les mettre en ligne.

Par exemple, Ayn que nous avons rencontrer sur un forum et qui a commencé par des fanfictions sur Harry Potter nous disait : « J’ai commencé avec des fanfictions sur Harry Potter, car c’est en côtoyant un site HP et en lisant des fanfictions sur ce site que j’ai découvert l’existence de style d’écriture. »

Le rôle de l’émulation entres auteurs et donc indéniable. Et c’est là que l’on voit se tisser la question de communauté d’intérêt. Si la fic est basée sur une oeuvre déjà existante elle touche en priorité et parfois même uniquement des personnes qui la connaisse. C’est le revers de la médaille. D’ailleurs cela se traduit dans l’utilisation d’un vocabulaire spécifique pour les fanfictions. Mais elles touchent même en fait une catégorie encore plus restreinte.

En effet tout le monde n’a pas envie d’écrire aussi facilement et même sur sa série préférée. Beaucoup des personnes interrogées signalent ainsi qu’avant même d’écrire ce type de format elles avaient déjà une certaine prédisposition pour l’écriture, parfois elles ont écrit sur tout à fait autre chose. Heather webmestre d’un forum et d’un site sur FBI Portés Disparus nous disait par exemple que : « J’écrivais sur autre chose bien avant de me lancer dans les fanfictions. J’ai toujours écrit depuis la primaire, des histoires plus ou moins abracadabrantesques. »

Cette prédisposition de départ signifie aussi une certaine culture de la part des auteurs et aussi du temps pour la développer. Il n’est pas étonnant de voir que beaucoup d'entre eux sont jeunes. La trentaine au maximum. En pleine période où ils construisent leur culture et leur savoir qui sera le socle de leur vie entière. Même si c’est aussi le fait que ce soit des internautes qui joue. Les internautes étant sur-représentés par les moins de 30 ans. De plus il faut aussi avoir l’envie d’écrire. Être cultivé ou connaisseur ne suffit pas. D’autant qu’il faut tenir la distance. Même si certains aiment bien écrire ce que l’on appelle des shot (histoires courtes souvent centrées sur un ou deux personnages) les fanfictions diffusées courent souvent sur plusieurs dizaines de pages quand ce n’est pas plus. Certaines étant même des romans fleuves. Alors il n’est pas rare de voir fleurir des oeuvres mortes nées, liées soit à la perte de volonté de l’auteur ou à la fin d’une série, comme nous le verrons plus tard.

Enfin comme nous l’avons vu plus tôt c’est aussi en grande partie Internet qui provoque cette communauté d’intérêt et cette émulation. La possibilité qu’ont les auteurs d’être lus et appréciés ou non par une quantité de personnes leur est utile. D’autant que ce sont des gens dont ils apprécient le jugement. Puisque avant de publier ils ont parfois tissés des liens d’amitié avec eux et connaissent leur talent personnel ou leur connaissance de l’oeuvre.


B) Un lecteur est aussi un passionné exigeant

L’étymologie a du bon. Le terme de fanfictions n’est pas neutre. En effet le fait d’employer celui de fan, induit dans la personnalité de l’auteur une passion pour l’oeuvre, ici la série. Ainsi très souvent les rédacteurs n’écrivent que sur les oeuvres qu’ils affectionnent et connaissent. Ils sont donc animés d’un profond respect pour elle et aussi d’une profonde connaissance. Pour les simples néophytes les entendre parler d’une série qu’elle soit télévisuelle ou non d’ailleurs est comme découvrir un coffre au trésor. Il y a parfois trop de choses et l’ensemble est difficile à cerner.

C’est donc la passion pour l’oeuvre originale qui conduit en elle-même à écrire. Beaucoup des auteurs interrogés déclarent qu’ils doivent ce respect à l’oeuvre de l’auteur. C’est une sorte d’autocensure qui se traduit dans la façon d’écrire. Nous avons poser la question de la fidélité à l’oeuvre et pour la quasi totalité des réponses ce fut une certaine liberté, mais dans le même une obligation de raisonnabilité. En gros on ne dénature pas sans raison, il faut une certaine cohérence. C’est le principe même de tout écrit en définitif.

De plus une réflexion nous a été suggérée par une des réponses. Ayana sur un forum nous disait : « Après tout si quelqu’un lit une fanfiction c’est pour se retrouver dans un univers précis et familier donc en faisant n’importe quoi la déception pourrait être grande. » Et c’est tout à fait vrai et lié à la notion que nous avons vu précédemment de communauté. Briser les codes de la communauté est souvent mal vu.

Mais cette connaissance et ce respect pour l’oeuvre qu’à l’auteur le conduit aussi à avoir une certaine exigence pour sa qualité et son contenu. Les critiques ne sont pas rares sur les choix des scénaristes. Une stratégie qui déplaît aux fans et ce sont de nombreux messages de reproches, voir parfois dans les cas extrêmes (heureusement restreints) d’insultes. En télévision le principe est que l’on sait parfaitement comment faire un programme qui déplaît aux téléspectateurs mais que l’on ignore comme on peut faire quelque chose qui lui plaît forcément.

Alors, lorsque l’exigence du fan n’est pas assouvi il lui arrive parfois qu’il écrive carrément l’histoire qu’il souhaitait. C’est la soupape de sécurité qu’il peut avoir, un dérivatif pour aller mieux. Ayana toujours nous disait : « Après tout l’intérêt des fanfictions c’est aussi d’apporter tout ce que n’apporte pas la série de départ, de réaliser nos envies et celles que partagent d’autres fans. »

Pour faire une analogie avec la vie courante la fanfiction serait un peu le fantasme de la sexualité habituelle. Ce sont les choses que l’on sait qu’elles n’existeront pas, mais qui font du bien à imaginer. Pire il arrive même que lorsque ce fantasme est assouvi il se dégage une certaine frustration. Mais cela nous le verrons plus en profondeur plus loin.

Ce n’est pas forcément un défaut de la série qui conduit l’auteur à écrire, c’est plus une attente différente que ce qui est produit. Ainsi une série policière comme Les Experts ou FBI ne pourra pas forcément voir émerger des épisodes humoristiques, ce que peut faire une fanfiction. Inversement, un autre auteur nous disait que dans une série de science-fiction comme Stargate, l’amour, qu’on appelle en langage de fanfictions le ship semble parfois pas assez présent.

Maintenant entrons dans le coeur du sujet, le contenu des fanfictions.



II)Entre diversité et expérience, le contenu des fanfictions

Les fanfictions ne sont pas un domaine où l’on peut généraliser tout de suite leur contenu. Il y a en effet une très grande variété d’oeuvres, de style, de formes et de qualités différentes. De plus l’auteur est plus alors dans l’optique de construction de son oeuvre dans le cadre de la communauté, il est dans une sorte de laboratoire grandeur nature.

A) Une diversité de contenu et de supports

Sans lancer des banalités totales, la variété des fanfics vient premièrement et c’est une évidence de la densité et la variété des oeuvres originales. Un fanfiction s’appuyant sur une oeuvre originale il est normal qu’elle en suive les caractéristiques. Écrire sur Prison Break signifiera une histoire ayant pour cadre une prison ou une évasion. Faire une fanfic de Grey’s Anatomy ou d'Urgences voudra dire, parler d’hôpital, de médecins et d’interventions médicales. Chaque série ayant son domaine (qui parfois se rejoignent) il est normal que chaque fanfiction en fasse de même.

Même si parfois les fans qui peuvent l’être de plusieurs séries se permettent ce que l’on appelle un crossover, littéralement croisement par-dessus ou mélange. C’est le fait dans une même histoire de mélanger plusieurs personnages de différentes séries. Urgences et New-York 911 l’ont fait, les deux spin-offs (série dérivées) des Experts ont commencés ainsi et NCIS a vu un crossover avec JAG. Et bien malgré ce fait il n’est pas rare que ce soit deux séries ayant le même domaine et donc le même style. Les spin-offs tiennent de la même logique. La variété des fanfictions vient donc de l’enfermement dans des styles prédéfinis pour chaque.

Écrire n’est pas anodin. Que ce soit pour des fanfics ou pour autre chose. Malgré l’apparence d’objectivité que l’on peut présenté il y a une part de l’auteur dans chaque oeuvre. Ainsi une théorie énonce carrément que dans chaque personnage que l’on décrit il y a une part, même infime de nous-mêmes. Freud disait que nous sommes tout les personnages de nos rêves. Il aurait été ravi de lire les fanfics écrites. Tinky-Winky, autre auteur rencontré sur un forum nous disait : « Et puis la plupart du temps les personnages que l’ont crée sont souvent un peu notre reflet. »

Donc si une part de nous même transparaît dans la fanfiction il paraît évident que chaque fanfiction est différente selon son auteur. C’est donc un facteur supplémentaire dans la variété des écritures. Nous avons pu constater par nous mêmes que les auteurs femmes et les auteurs hommes n’étaient pas touchés par le même type d’histoires (il y a des variations évidemment), tout les comme les plus jeunes ou les plus âgés (tout est relatif). Donc il y aussi un lectorat différent selon la fic.

Et c’est là qu’un autre point est à développer. La communauté dont on parlait plus haut à son importance. Le jugement qui peut être porté sur ce qui est écrit influe sur ce que va écrire l’auteur. Il y a deux possibilités d’écrire ce genre d’histoires. Soit on la publie morceau par morceau, selon ce qu’on a écrit. Soit on diffuse après avoir tout écrit en entier ou peu à peu. Bien évidemment les jugements et les conseils des internautes qui liront la fanfic agiront plus fortement dans le premier cas. Car il est encore possible de modifier certaines choses si l’ont s’aperçoit qu’une idée proposée est vraiment intéressante.

Mais c’est aussi dans l'absence de lectorat que se dessine l’avenir de la fanfic. Nous avons vu que selon la popularité d’une série il y a profusion d’oeuvres. Les deux initiatrices Star Trek et X-Files continuent à avoir des nouvelles fanfictions malgré la fin de la diffusion. Cette profusion à aussi son effet pervers. Les lecteurs sont obligés d’opérer une sélection de ce qu’ils lisent selon leurs préférences. Ainsi des fics, peut-être de qualité, passent à la trappe, par manque de temps ou de volonté. Mais c’est bien normal le lecteur est humain aussi, il ne peut tout lire. Son emploi du temps personnel, ses envies le conduise inévitablement à ce choix. Alors cela élimine les fanfics considérées comme de moins bonne qualité mais cela nuit à la progression de l’auteur.

Nous voyons là un phénomène qui se traduit aussi dans le domaine littéraire ou des oeuvres télévisuelles. Un éditeur ne peut lire tout les livres qu’on lui fait parvenir, il doit opérer une sélection. Malice une jeune auteur signalait qu’elle était obligée de faire cette sélection à force. Un auteur nous informait que lui il ne lisait plus que celles de valeur. Une hiérarchisation des fanfictions serait-elle en marche ? C’est fort probable car c’est aussi le cas dans le domaine des séries. En côtoyant des fans vous vous sentez obliger de ne pas mettre sur le même plan les séries de qualité de ce que l’on pourrait appeler le tout-venant. Bien évidemment cela appelle à un questionnement : sur quels critères ? Car toute critique est subjective et fondée sur les propres valeurs de celui qui critique.


B) Un laboratoire d’essai grandeur nature

Malgré tout cela, une chose est admise par tout les auteurs de fanfictions interrogés. La forme employée est en réalité un excellent moyen pour s’exercer pour construire sa façon d’écrire, sa réflexion. C’est une sorte de laboratoire grandeur nature des talents ou non d’écrivain par exemple.

Mais comme tout laboratoire il a ses protocoles d’expérience. Ainsi dans l’écriture de fanfictions s’établit très rapidement des règles. C’est normal car comme nous l’avons vu les lecteurs de fanfictions sont des passionnés donc ils souhaitent la plupart retrouver un univers familier, ne pas être perdu.

Chaque fanfiction a en raison de l’histoire originale un canevas d’écriture, un modèle prédéfini. L’ambiance, les personnages et leur passé est ainsi établi au préalable. Les personnes interrogées pour cet article déclarent toutes une certaine fidélité à l’essentiel mais dans le même temps des possibilités variables de personnalisation. Si l’on peut faire une comparaison avec le domaine automobile c’est un peu le tuning ou la customisation des séries. La carrosserie et le chassis reste là mais le reste est laissé à la libre interprétation de l’auteur. Loupiote sur un forum nous répondait que elle « essaie de rester fidèle à l’essentiel mais qu’elle met un petit côté personnel à côté. » Car comme nous le rappelait Ayana déjà citée : « Après tout l’intérêt des fanfictions c’est aussi d’apporter tout ce que n’apporte par la série de départ, de réaliser nos envies et celles que partagent d’autres fans. »

Mais cette libre interprétation de l’univers reste assez restreint. Chez les personnes interrogées peu disent se permettre de tuer un personnage, sauf si évidemment cela sert l’histoire, ou de le rendre ridicule. Très souvent leur interprétation passe par la création de nouveaux personnages qui ont un peu leur propre rôle. Ils sont en dehors de l’histoire originale et donc distants par rapport aux personnages qui évolue. Ils ne sont pas dans leur univers. Le nouveau personnage est très souvent l’avatar de l’auteur. Il a un regard subjectif sur ce nouveau monde mais ne connaît et parfois ne comprend pas les liens qui existent entre ces gens.

Pourtant si la base existe les auteurs ont alors un point positif dans l’écriture de leur histoire. En effet ils peuvent alors développer immédiatement les points intéressants tout de suite, sans chercher à installer l’univers, l’ambiance. Pour beaucoup on entre immédiatement dans le vif du sujet. Ayana encore énonçait que : « Dans une histoire ce qui prends du temps à être mis en place, ce qui n’est pas forcément le plus facile à écrire et ce sur quoi le lecteur peut aussi vite se décourager c’est la construction d’un univers et surtout des personnages qui le compose. »

Enfin et ce n’est pas un moindre point l’écriture de la fanfiction est une sorte de pépinière de talents. En compagnie des autres la peur de ne pas plaire est moindre. Car il existe toujours l’univers pour rattraper les erreurs. Partageant une même passion les internautes ne cherchent pas à enfoncer l’auteur qui ne ferait pas la qualité souhaitée. Au contraire ils l’encouragent pour qu’il s’améliore. Ils restent francs et humains et cela est renforcé par le fait qu’ils connaissent l’auteur auparavant et donc qu’ils ont pu tisser des liens d’amitié au préalable. C’est le phénomène d’émulation dont on parlait auparavant. L’auteur déculpabilisé travaille plus et donc mieux sur ce qu’il écrit. C’est donc un excellent moyen pour s’exercer en vue d’écrire parfois des histoires qui n’ont carrément rien à voir avec les fanfictions.

L’idée existe chez les personnes interrogées. Mais la plupart d’entre eux considèrent qu’il faut alors un travail encore plus important et un talent aussi plus important. Pour autant ils ne se l’interdisent pas. En effet Tarantino avant d’être cinéaste était cinéphile et grand connaisseur de cinéma. Les acteurs de la comédie française ne cessent d'interpréter les classiques et cela n’a pas pour autant émoussé leur talent. Némésis par exemple nous indiquait que : « Soyons honnête cela [l’écriture d’histoires qui n’auraient rien à voir avec des personnages de séries] requiert un talent important et une meilleure imagination. Ce serait possible mais le travail n’est pas le même. »

Nous voyons ici la différence qui existe entre l'interprétation et la création pure. L’auteur de fanfictions ne fait donc qu'interpréter les éléments qui existent, en changeant la mise en scène, en rajoutant des personnages ou des décors mais le cadre premier perdure. Et c’est logique puisqu’il s’agit d’une série. Il s’imagine écrivant un nouvel épisode ou plusieurs. Dans la création pure il existe une inspiration. On ne nait pas avec une imagination débordante, tout se construit. Mais l’univers entier est formé par cette inspiration.

Rajoutons un élément annexe. Même s’ils avouent ne pas effectuer des recherches très souvent les auteurs considèrent que dès qu’il faut aller plus loin et surtout soulever certains points cela est possible. Kiriyeh disait que « si c’est pour une fiction originale qui se passerait dans un certain contexte, il est obligatoire de se tenir informé. Donc oui je fais des recherches, je ne me bases jamais sur mes simples connaissances qui seront toujours réduites. » Par le fait d’effectuer des nous voyons poindre la création dans l’idée des internautes interrogés. Car là il ne se réfère pas qu’à la série.


Conclusion : l’avenir des fanfictions

Quel est l’avenir des fanfictions ? À défaut de pouvoir lire dans une boule de cristal ou de faire un joyeux voyage dans le futur même le plus agguerri des connaisseurs n’est pas capable de le dire avec précision.

Néanmoins des signes et des signaux existent.

Tout d’abord la notion en elle-même implique une façon de la concevoir et donc de la penser pour l’avenir. Au départ il s’agissait d’un loisir, un loisir de passionné certes mais un loisir. P’tit Dem Taylor : « Ça permet de retrouver les sensations de l’écriture et d’oublier un peu ce que nous vivons. Personnellement cela me permet de me destresser. » Mais lorsque l’on commence à écrire les lecteurs demandent des suites ou d’autres histoires, ils imposent un rythme donné. C’est comme pour les blogs dont les visiteurs souhaitent de nouveaux articles le plus souvent possible pour y trouver de l’intérêt. Car comme tout sur Internet c’est très volatile. Votre humble serviteur en a fait la triste expérience. Donc nous passons là dans la dimension de travail, de création artistique d’une oeuvre. Cette professionnalisation si l’on peut dire, ne peut-elle pas nuire à l’émulation commune qui a fait le succès des fanfictions ? D’autant que regarder des séries tout comme cela pourrait être pour des films ou lire des livres est au départ une passion, un moyen de se détendre. Erika : « Les séries télévisées sont un dérivatif à la sobriété et à la dureté du quotidien. »

Autre point important. L’arrêt d’une série signifie souvent l’arrêt des fanfictions qui lui sont liées. Même s’il existe des exceptions comme X-Files et Star Trek, lorsqu’une série se cloture ses fans s’en vont aussi. Une persistance des oeuvres peut demeurer mais cela reste temporaire. Alors quoi si le phénomène des séries s'essouffle celui des fanfictions en fera de même ? Pas si sûr car une série en chasse une autre. Les fans de séries sont certes attachés à un univers mais ils peuvent par la suite en retrouver un autre. La grande majorité des téléspectateurs sont souvent liées de façon plus ou moins étroite à plusieurs voire pour les plus acharnés à des dizaines et des dizaines de séries, qui ont parfois des impacts différents. Justement si les deux exceptions cités durent encore c’est parce qu’elle ont eu cet impact très important. Urgences en son temps en fut aussi à l’origine.

La fanfiction s’inscrit ou a provoqué des phénomènes annexes tels que les webs séries, les fictions en ligne ou l’écriture de nouvelles saisons complète de séries arrêtées. Elle ne se limite donc plus à la simple écriture d’histoires nouvelles dans le simple cadre de la série. Elle va bien plus loin. Lezario : « Au depart, une histoire basée sur une serie, on peut penser que ça va s'effondrer quand retombera le phénomène des series, mais recemment, les fanfictions ont donné naissance a un nouveau type d'ecriture : les WS et meme FEL (web series et fictions en lignes). » Myvaughn-sark : « Il y a aussi une nouvelle mode qui permet de continuer d'écrire sur la série c'est d'écrire une saison supplémentaire de la série pour la faire vivre plus longtemps (ex : Alias, Veronica Mars). » Les webs séries sont des séries que l’on écrit entièrement et qu’au maximum on utilise le visuel de certains acteurs pour s’inspirer, les fictions en ligne des histoires souvent collaborative entièrement écrite et les saisons supplémentaires se signifient à elle-même. Votre serviteur à lui même réalisé une web série.

Autre question qui peut être soulevé par l’avenir des fanfictions, l’impact qu’elles peuvent avoir sur les scénaristes. C’est le rêve absolu de tout fan que son idée serve dans un épisode. Mais dans le même temps beaucoup considèrent que ce sont leurs idées et que les reprendre sans même les citer reviendrait à un plagiat. D’autant qu’à la base les scénaristes sont là pour écrire des histoires, c’est leur travail. Ayn qui répondait à nos questions résume bien cette relation ambiguë entre auteurs de fanfictions et scénaristes : « C’est leur boulot [les scénaristes] d’écrire des trucs originaux, sans aller pomper les idées sur des sites amateurs. Ou alors qu’ils payent des royalties à ceux à qui ils auront « emprunté » des idées, sans quoi j’appellerais ça du plagiat. » À force d’écrire tant d’histoires les fans voient donc en ce qu’ils ont fait comme leur bébé, et c’est bien normal.

Par contre ils sont tous unanimes sur un point. Ils voient dans la fanfiction un moyen de communication avec les scénaristes, une sorte de signal pour les attirer sur l’attente que peuvent avoir les fans sur le devenir de la série. Loupiote : « Je pense qu’une communication entre les auteurs de fics et les scénaristes ne pourrait être que bénéfique. » Erika : « Les fanfictions sont utiles car les lecteurs donnent leur avis immédiatement et peuvent ainsi faire évoluer la suite de l’intrigue. Peut-être que les scénaristes auraient parfois besoin de recul et de l’avis des fans pour progresser et rester dans un univers attrayant pour les téléspectateurs. »

Là ou le bas blesse c’est que l’écrit n’a pas la même forme que le visuel et que transposer ou s’inspirer des idées des auteurs de fanfics est délicat. Nemesis nous disait que : « La forme n’est pas la même. Je détesterais voir mes histoires à l’écran, pour la simple et bonne raison que toutes mes analyses passeraient à la trappe s’il y avait l’image [...]. Les scénaristes écrivent avant tout pour que ce soit mis en scène, nous écrivons pour être lus. La démarche est différente. » Théana d’ajouter que : « Ce qu’on écrit n’est pas toujours simple à intégrer vu les délires qu’on se tape parfois. »

De plus une question de droit nous a été soufflée par Heather la webmastrice dont nous parlions. « Mais est-ce que dans la réalité cela va se poursuivre ? Tant que les détenteurs des droits ne feront rien contre, oui. Maintenant, à terme, le web ayant tendance à devenir de plus en plus rigide après la folle première décennie, je ne sais pas. Il ne faut pas oublier qu’il y a des écrivains qui interdisent les fanfics sur leurs oeuvres et dont les avocats traquent les fanfics postées (de tête Anne Rice avait lancé une très vive polémique sur le sujet). Tandis que d’autres écrivains publient des recueils des fanfics écrites (Katherine Kurtz). Donc les deux extrêmes sont possibles, mais il ne faut pas oublier que la question des droits demeurent posée. »
En effet malgré ce que l’on appelle les disclaimer qui font que les auteurs déclarent ne pas posséder ni les personnages ni l’univers de la série en début de fanfiction, l’utilisation d’une oeuvre passe de plus en plus par les fourches caudines des droits d’auteurs. L’internet étant en plus de plus en plus réglementé, il est possible que ce soit aussi le cas bientôt pour les fanfictions. Même si pour l’instant il n’y a là aucune utilisation commerciale. Les accès sont souvent totalement libres, il suffit de se balader sur les sites ou sur les forums. L’avenir peut faire que les auteurs voient là aussi une rémunération supplémentaire. Et puis voir son oeuvre triturée même par des fans dans tout les sens peut choquer un auteur qui a mis beaucoup de lui même dans celle-ci. Ce n’est donc pas négligeable.

Pour conclure nous nous devons de nous interroger sur l’idée générale que le phénomène serait un retour en grace de l’écriture face au développement anarchique de la communication instantané et de l’écriture SMS. Ce site ainsi que de nombreux sites d’informations citoyennes en sont aussi les exemples. L’installation du Web 2.0 au travers des blogs pourrait traduire un renouveau de l’écrit. Sauf que dans le même temps tout bon internaute sait que ce phénomène reste circonscrit à une faible communauté déjà instruite et cultivée, que généralement ce sont les sites de partage de vidéo, des blogs d’adolescents qui pullulent. Alors les fanfictions l’avenir de l’écriture ? Sûrement mais l’avenir du net pas si sûr.


Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée



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