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n°358 - 15 juillet 2007
Rubrique Edition littérature animée par aucun responsable. Postulez !

Parabole (William FAULKNER : 1897-1962)

La littérature américaine : Nobel 1

Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.

Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.
De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette catégorie.

Certaines des oeuvres de FAULKNER sont violemment antimilitaristes. C’est le cas de « Monnaie de singe » qui décrit l’histoire d’un pilote anglais qui meurt auréolé de gloire, sans se rendre vraiment compte de ce qui se passe autour de lui.

Dans « Parabole », ce même sujet est effleuré tout à la fin, lorsqu’on honore le soldat inconnu, et qu’un vétéran se fraie un passage dans la foule. A l’instar de James JONES (Tant qu’il y aura des hommes) qui montre à quel point on peut psychiquement tenter de détruire l’homme, on serait donc tenté de dire que Faulkner insiste sur l’aspect physique de cette destruction par la guerre. Mais ce serait une gageure car JONES critique surtout l’armée, pas la guerre.

Dans « Parabole », le ton est donné dès les premières pages : ce ne sont pas des appelés ou des volontaires, mais des condamnés qui viennent défendre la terre de France, la Patrie de la Liberté, contre les forces allemandes.

Il est important également de situer la scène dans son contexte, c’est à dire : sur le front français durant la fin de la Grande Guerre.
L’auteur nous fait une image dont chacun appréciera la portée :
« Le côté anormal de la guerre est son hermaphroditisme : les principes de victoire et de défaite habitent le même corps, et l’adversaire, l’ennemi indispensable n’est que le lit sur lequel ils s’épuisent eux-mêmes l’un par l’autre ; un vice puisque nulle poitrine, nulle séparation ne s’interpose entre eux pour les ramener à la normale... »
L’analyse de Faulkner sur cette guerre pourrait porter également sur La Guerre de Sécession où les forces des uns annihilaient également les autres. Elle peut également rappeler celle de Hemingway qui estimait que la victoire de cette même guerre appartiendrait au dernier qui remarque qu’il est KO.
En deux mots, c’est un véritable réquisitoire que fait Faulkner contre cette guerre. Mais c’est aussi une plaidoirie pour des millions de morts inutiles, victimes de cet hermaphrodisme qu’on pourrait résumer par l’obsession de la percée des généraux allemands ou alliés.
Cette « percée » est bien symbolique de cet hermaphroditisme puisque le tenon est la pièce mâle, mais à chaque fois que les généraux ordonnent cette « percée », c’est une hécatombe gratuite. Un « jeu » de tir pour fêtes foraines. Il n’y a ni mâles pour percer, ni femelle pour être percée.

Alors Faulkner critique violemment les officiers qui forcent cette éjaculation stérile. Au sujet de son oeuvre, il parle de son général, comme de l’Antéchrist. Dans son texte, ces mêmes seigneurs de la guerre, critiquent les politiciens.

On pourrait conclure de ce roman que la vie d’un homme n’est rien parce qu’elle est très fragile... surtout mis entre les mains des stratèges et des politiciens.

Mais tous ceux qui font la guerre ne sont pas des monstres. Il reste les soldats que Faulkner présente comme des hommes : ils aiment les femmes, ils fréquentent les prostituées, baptisent « grenouillards » leurs compagnons d’infortune français. A côté de l’inhumanité de la guerre et de ses chevaliers de l’apocalypse, il y a les victimes, les condamnés, américains, français, anglais ou allemands, et c’est chez derniers qu’on trouvera l’humanisme transcendant de l’oeuvre du Prix Nobel.

René MORIN

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