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n°356 - 15 mai 2007
Rubrique Edition littérature animée par aucun responsable. Postulez !

Le docteur Martino (William FAULKNER : 1897-1962)

La littérature américaine : Nobel 1

Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.

Prix Nobel en 1949, William Faulkner impose des personnages compacts qui marqueront son public. Dans plusieurs romans, il essaie d’innover un style : « Tandis que j’agonise » fait parler les héros à tour de rôle, « Le bruit et la fureur » ne respecte pas la chronologie.
De tels procédés peuvent rebuter le lecteur de romans dits « faciles », mais il existe des livres qu’on oublie vite, et d’autres dont on se souvient toujours. Ceux de FAULKNER appartiennent à cette dernière catégorie.

Le docteur Martino
Intrigué par les réticences de Louise, sa fiancée, Hubert Jarrod apprend l’existence d’un mystérieux docteur Jules Martino qui exerce un énorme ascendant sur la jeune fille.
Si Lily Cranston accepte de lui dire ce qu’elle sait de ce personnage, madame King, la mère de Louise, est assez floue.
Un mystère romanesque qui perdurera durant tout le texte.

Chasse au renard
Une palpitante chasse au renard, bien qu’ici Faulkner montre ses limites. La personnification de la bête n’atteindra jamais celle de l’espadon du « Vieil homme et la mer » d’Hemingway, ou encore de Cujo de Stephen King.
On s’attardera donc sur la personne de Blair, un homme cruel qui tyrannise son épouse et ses domestiques, le seul être capable de comprendre un animal.
L’approche psychologique de ce personnage est très pâle comparée à d’autres personnages comme les Sartoris, ou encore Flem et Mink Snopes par exemple.

Le chien
« Le chien » est un épisode inédit de la saga des Snopes. On pourrait l’inclure dans la première partie du Hameau. Flem Snopes y apparaît pendant deux ou trois lignes, alors qu’il est encore commis dans le magasin Varner qui lui, est cité à deux reprises.
Autre similitude : les mésaventures de Mink et de sa vache reviennent sous la forme d’un cochon et d’un personnage inédit. Mais le propriétaire de cet animal est toujours Houston qui symbolise la haine du héros, comme il a incarné celle de Mink.
D’autre part, comment ne pas oublier cette scène dans la prison, lorsque le Blanc s’indigne que des Noirs reçoivent leur pitance avant lui ?
L’histoire : Cotton assassine un des notables du comté. Le chien de la victime hurle à mort au point que celui qui a tué son maître, décide de l’éliminer à son tour.
Cette nouvelle est peut-être un essai condensé d’une variante du Hameau, le premier volet de la saga des Snopes. Pour ne pas perturber cette épopée, Faulkner se serait alors contenté de remplacer Mink par Cotton dans le « Domaine ».

La course à la mort
Cette nouvelle qui met en vedette les premières acrobaties aériennes, n’est pas sans rappeler Pylône, mais ici, les héros n’ont aucune licence de vol, et ne pensent qu’à vivre de leur art.
On sait que Faulkner aimait beaucoup l’aviation. Peut-être fait-il indirectement, un réquisitoire contre ceux qui la vulgarisent de trop, toujours est-il que le texte peut nous paraître un peu démodé, à une époque où les voyages sidéraux deviennent banalités.

Il était une reine
Comme pour « Le chien », on pourrait utiliser cette nouvelle pour faire suite à la saga des Sartoris. Ici, elle se déroulerait après la mort du second Bayard qui laisse une veuve : Narcissa. Elnora, apparentée au vieux Bayard et Virginia la soeur du premier John vivent également dans la maison où s’est déroulée la saga des Sartoris.
Narcissa commence à voyager, et donne ainsi l’impression d’avoir très vite oublié son mari. Elnora semble choquée, mais à la fin du roman « Sartoris » qui concluait cette saga, les femmes n’avait-elle pas dit que personne ne regretterait un Sartoris ?
« Il était une reine » pourrait donc être une approche de cette saga. En effet, beaucoup de personnages y sont présentés. Cette nouvelle pourrait même aider à la compréhension des romans qui ont trait à cette saga. Rappelons que les prénoms de John et de Bayard ont appartenu à deux dynasties et que le lecteur pourrait y perdre son latin.
Serait-ce raisonnable cependant, de penser que Faulkner puisse présenter cette famille par la fin ? A savoir, lorsque tous les mâles se sont éteints. Certes non puisque l’histoire est apparemment terminé.
Cependant, ce serait mal connaître Faulkner. Il suffit de se souvenir que beaucoup de romans ou de nouvelles de cet auteur (Certaines présentées dans cet article suivent l’exemple), pour constater que le Prix Nobel 1949 affectionne tout particulièrement ces retours en arrière.
Suite ou début ? Au lecteur d’apprécier.

Fumée
Anselm Holland est un personnage presque biblique. A mi-chemin entre Flem Snopes et les rois d’Israël ou de Juda, il épouse une femme qui meurt mystérieusement et qui lui donne deux jumeaux : Anselm et Virginius.
Comme Abel et Caïn, la possession de la terre est le fruit des dissensions. D’abord entre le patriarche et Anselm Junior, puis entre le patriarche et Virginius.
Lorsque vieil Anselm est assassiné, il laisse un testament pour le moins controversé. Le juge Dukinfield qui a la lourde tâche de veiller à son exécution, le suit dans la tombe.
Un double meurtre à l’odeur de tabac, qui plaira aux blasés du roman policier.

Chacun son tour
Ici, l’auteur en profite pour tirer une nouvelle salve sur la guerre qu’il déteste. Des Américains découvrent la guerre avec un capitaine britannique. Entre torpilles et sous-marins, le capitaine Bogard perd la vie en même temps que son équipage et son navire. Cité à titre posthume, le conseil de guerre l’aurait exemplairement puni le héros, s’il s’en été sorti.
En deux mots, Faulkner attaque ici l’hypocrisie des médailles décernées à certains héros.

Au-delà
Un juge qui ignore presque qu’il vient de mourir, cherche à retrouver son enfant. Une vision personnelle du monde des morts vu par Faulkner.
Le trait d’union entre la mort et la vie est si discret qu’on croirait lire Henry James en personne. Evidemment, la cigarette et, surtout, la voiture trahissent la différence d’époque.
Les connaisseurs de l’oeuvre de cet auteur, se rappelleront sans doute du docteur Peabody qui apparaît dans beaucoup de romans (L’invaincu, Sartoris, etc.).
Wash
Une histoire qui met en vedette le colonel Sutpen (que les lecteurs de Faulkner connaissent déjà) et un homme qui courtise sa petite-fille. Entre le colonel jaloux de sa descendance, et Wash, cet affront ne peut se terminer que par la mort de l’un d’eux.
Encore un fois, il semble que le Prix Noble 1949 semble avoir du mal à se séparer de ses personnages, mais le résultat est garanti.

Elly
Pour parvenir à ses fins, à savoir épouser celui qu’elle aime, Elly n’hésite pas à faire chanter sa grand-mère qui sait que son fiancé a du sang noir. Mais, coup de théâtre, une fois les obstacles aplanis, Paul devient plus réticent.
Entre coucher avec une fille, et l’épouser, il y a un fossé qu’Elly devra combler par un autre mariage.
Tenace, elle parvient à ses fins. Elle est de nouveau fiancée, a un amant en la personne de Paul et porte même un enfant de dernier. Malheureusement pour elle, celui-ci refusera toujours le mariage...
Une fille qui ressemble à d’autres femmes de Faulkner : Eula, l’épouse de Flem Snopes, beaucoup d’épouses ou de soeurs des Sartoris, etc. On appréciera particulièrement le face-à-face entre Eula et sa grand-mère.

Musique noire
Wilfred Middleton a un esprit sain dans un corps sain mais un jour, sa personnalité va subir une altération, et ce sera un tout autre personnage. Un après-midi, il déshabillera en pleine nature devant une de ses clientes, la menacera d’un couteau... avec la complicité d’un taureau.
C’est donc une nouvelle tout à fait inédite dans l’oeuvre de Faulkner qui effleure ici, les changements de personnalité. Métamorphose éphémère ou folie passagère ? Nous n’entrerons pas dans la psychanalyse, mais même si cette oeuvre relève du fantastique, ne dit-on pas que la colère est une brève folie ?

La jambe
Après un naufrage, le narrateur perd une jambe. Sur un air assez badin, Faulkner essaie de nous montrer la relation entre le corps et le membre qu’on ampute.
Une nouvelle qui ne nous a pas enthousiasmés.

Victoire dans la montagne
Lorsque la débâcle sudiste arrive, la situation est difficile pour cet officier qui vient de demander asile sur une colline.
Un texte sur l’immédiat après-guerre de Sécession qui pourrait illustrer ce thème.

Honneur
L’histoire peut-être autobiographique de deux as de l’aviation qui arrivent trop tard, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas le temps d’acquérir la gloire dans les dernières batailles de la Grande Guerre. C’était le cas de Faulkner et de beaucoup d’Américains enthousiastes, en 1918.
Ici, comme dans d’autres nouvelles, le Camel, avion de combat allié, est particulièrement mis en vedette. Sans doute, l’auteur connaissait suffisamment son sujet pour le différencier des autres.

On pourrait regrouper ces nouvelles en deux groupes qui reflètent toute l’oeuvre de Faulkner : les oeuvres qui se rapportent aux sagas et à la ville de Jefferson d’une part, et d’autre part, les celles où Faulkner attaque la guerre.
On pourrait également les diviser en bonnes, moyennes et mauvaises, mais nous laisserons ce soin au lecteur.

René MORIN

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L'auteur
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