Le bruit et la fureur (William FAULKNER : 1897-1962)
La littérature américaine : Nobel 1
Ils sont trois à avoir eu le Prix Nobel. FAULKNER, HEMINGWAY, STEINBECK. Nous leur avons déjà consacré à chacun, cinq articles dans le numéro qui leur était réservé. Pour avoir un meilleur aperçu de leur oeuvre, nous vous en proposons d’autres qui concluront la série sur la littérature américaine.
« Le bruit et la fureur » est un roman composé de quatre parties. La première se déroule le 7.04.1928, la seconde le 2.06.1910, la troisième le 6.04.1928 et la quatrième, le 8.04.1928.On le voit, il faudra remettre ces chapitres dans l’ordre : second, troisième, premier, quatrième, mais la première reste pourtant essentielle pour comprendre les personnages.
Quentin la fille né des amours de Caddy Compson et de Dalton Ames. Elle porte ce nom en souvenir de son oncle qui se suicidera parce qu’il est lui-même amoureux de sa soeur.
Caddy va légitimer cette union, mais elle sera répudiée au bout d’un an de mariage.
Il ne reste à Caddy qu’à abandonner cet enfant, chez ses parents : Jason Compson et sa femme Caroline.
La rencontre avec un de ses oncles sera un des points les plus remarquables du roman. Quentin semble abrutie par sa misère. On la retrouve dans une boulangerie où elle serre deux pièces dans ses mains. La détresse de l’enfance est remarquablement décrite par Faulkner, et on imagine très bien la scène où le lecteur doit relever un énorme défi : comprendre une gamine muette, essayer de deviner ses aspirations, mais aussi, savoir d’où elle vient. Ce défi, les personnages faulknériens le partagent, et rarement un auteur n’aura plongé son lecteur dans une telle ambiance.
Sa symbolique du pain que Quentin sert de toutes ses forces et que sa grand-mère mâchonnera plus tard, avec une ferveur religieuse, est également un des points qui personnalisent le récit.
Après cet évènement, dans les troisième, première et quatrième parties, Quentin évoluera dans un monde faulknérien, un monde dur où les faibles n’ont pas leur place.
Le grand-père sombre dans l’alcoolisme, l’oncle Jason (un fils de Jason père) devient de plus en plus dur au point d’en devenir sadique. Caddy n’a plus le droit de voir son enfant et, si elle lui envoie de l’argent, celle-ci devra le mendier à Jason pour ne pas l’avoir.
Durant ces trois parties, il ne faut pas oublier que Quentin a maintenant dix-sept ans, mais elle ne relèvera pas le niveau des personnages et suivra le chemin de sa mère. Elle sera la fille facile par excellence. On imaginera les étincelles avec le même Jason.
Les noirs qui se succèdent également au rythme de trois générations semblent moins « achevés ». Il est vrai qu’ils évoluent dans unmonde impitoyable que décrit Faulkner, le blanc, et que dénonce Wright, le noir. Le dernier a assez montré que le Sud est encore plus cruel pour les gens de couleur, et Faulkner est du Sud.
On s’attachera à Luster et sa pièce de 25 cents nécessaire pour assister à une représentation théâtrale. Mais même ici, Faulkner sera un peu sadique puisque le malheureux « nègre » perdra cette pièce qu’il aura eue tellement de mal à obtenir. A titre indicatif, le pain coûtait alors 5 cents (rencontre de Quentin dans la boulangerie).
Une oeuvre apparemment ardue en raison de la chronologie, mais un livre qui ouvre les portes d’un récit cauchemardesque parce que hallucinant de réalisme.
Le lecteur pourra soit remettre de l’ordre dans ces chapitres, soit le lire dans les deux sens, mais sa patience sera toujours récompensée.
René MORIN
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