Moscou fille du Vatican ?

1989, le mur de Berlin s'effondre. Avec lui part aussi peu à peu les dernières croyances dans le second modèle de démocratie. La démocratie socialiste qui durant la guerre froide s’est confronté à baton rompu avec la démocratie libérale a été vaincue. Par là nous entrons aussi dans un nouvel état du monde. En effet après la bipolarisation nous voyons s’ouvrir l’unipolarisation autour des seuls Etats-Unis.
Ce qui est d’ailleurs étonnant de voir, c’est que c’est le refus de cette hégémonie qui a conduit nombres d’intellectuels à soutenir le camp communiste, par refus du vainqueur unique. Comme l’idée d’une Sparte se battant contre Rome (symbole d’ailleurs par la suite repris pour les Etats-Unis) légitimement. Mais aussi après la fin de ce seconde modèle à soutenir l’émergence des autres poles : tiers-monde, Europe, Japon,... Les années quatre vingt dix était en effet l’âge d’or d’une croyance en d’autres solutions autant qu’en la puissance des Etats-Unis.Mais maintenant que cet état des lieux actuels est fait revenons au commencement. Il est étonnant de voir que comme nous le dit la parole commune (qui pour une fois n’a pas tort) l’histoire se répète ou tout du moins à des similarités. En effet dans l’ancien régime la valeur commune des intellectuels (avant l’âge des lumières) et des sociétés en général était celle de la grande Église Romaine catholique. Une Église qu’une Révolution bourgeoise à balayé sous les torrents de l’histoire. Paradoxalement le prolongement de cette Église se loge dans le système que l’on considérait comme le plus athée et même anticlérical : le communisme.
Alors avant de continuer posons le problème du vocabulaire. Stalinisme, soviétisme et communisme sont synonymes. J’écarterais donc dans mon développement tout rapport avec le parti communiste français actuel (démocrate s’il en est) ou même toutes les forces de gauche qui existent, allant des alter-mondialistes aux sociaux-démocrates.
Mon propos se limitera donc à la dictature totalitaire qui a utilisé le terme éhonté de communisme pour imposer le régime d’une minorité à une majorité bien loin des idéaux de Marx.
Mais alors comment puis-je voir en ce régime la fille directe de l'Église catholique de l’ancien régime (différente de l'Église actuelle). Simple il suffit de développer.
I)Une entrée en matière par la petite porte
Il est étonnant de remarquer que les pays ayant appliqués le régime communiste ou ayant les plus grands partis communistes ont été de grands pays religieux. En Europe ce sont mêmes les plus grands pays catholiques France et Italie qui ont eu des partis communistes capables de gouverner de 1917 à 1980. Et les deux l’ont d’ailleurs fait lors de certaines périodes. La Russie était aussi un grand état orthodoxe avant l’Union soviétique et l’est redevenu après. Le passé culturel d’une personne influerait-il sur son comportement et ses opinions politiques envers le communisme ? Cela serait possible. Le fonctionnement des partis communistes étant d’ailleurs similaire à ce qu’à été l'Église jusqu’au Concile de Vatican II.
A) Le long chemin de l’initiation
Comme pour tout parti politique on est sympathisant, électeurs, ou militants communistes par choix politique, par conviction. Qu’ils soit transmis par la famille, l'entourage ou l’expérience le choix est libre, peut-être déterminé mais libre. C’est l’une des grands différences avec le catholicisme. Comme toute religion elle n’est pas tout le temps choisie. La religion juive est transmise par la mère. Sa fille elle se transmet par le père. De plus, très souvent le simple membre de la famille catholique l’est dès sa naissance. En effet le baptême le fait entrer dans la communauté sans même qu’il puisse déterminer son choix. Choix impossible puisqu’il est encore qu’un bébé.
Et c’est là que les choses se rejoignent. Un catholique de base ne détient aucune responsabilité que celle de sa propre vie tout comme le simple militant communiste. En fait afin de grimper dans l’échelle des valeurs les deux doivent passer des épreuves similaires, comme une quête de leur destin. Dans l'Église Catholique les cinq sacrements sont une voie d’initiation qui introduit de plus en plus le croyant. Ces épreuves sont obligatoires afin de prouver sa foi. Le militant communiste se doit lui d’aller manifester contre l’Etat en place ou contre les patrons s’il est dans un Etat libéral et servir le parti s’il est dans un Etat communiste. Servir l’Etat quoi. Tout bon militant doit aussi être préempté par un membre déjà présent comme un adoubement.
Mais ce n’est pas tout. L’action des deux personnes ne se limite pas à de simples faits marquants. En effet un des gros points communs vient du fait que l'Église ainsi que le parti communiste conduit toute la vie du militant ou du croyant. Ainsi ils doivent tout deux aller aux réunions (pour l'Église on appelle cela au début le catéchisme ensuite la messe), lire des ouvrages (Bible d’un côté et Capital principalement de l’autre) mais aussi et surtout écouter ceux plus en haut qui parlent.
Il est étonnant de remarquer que les deux ont un profond respect des hiérarchies. Malgré son aspect unitaire (tout comme l'Église catholique d’ailleurs) le parti communiste considère que celui au-dessus sait forcément mieux que la base car il a eu plus de possibilités pour savoir.
Le mérite est érigé en valeur suprême. On ne peut réussir qu’après un long périple fait de douleur et de désillusion. Notre culture judéo-chrétienne rejete très souvent ceux qui se hissent sans avoir subi ses passages. L’effort est une valeur suprême même s’il ne conduit à aucun résultat. C’est la même chose dans la mythologie communiste. Le stakhanovisme, cette fierté d’en faire toujours plus est indéniable. Réussir ne peut se faire qu’au pris de lourd sacrifice. D’autant que dans les deux la réussite financière est suspecte, pêché suprème même.
Le périple des deux acteurs est donc continu et ceux au coeur d’un monde très peu hostile mais lourd.
B) Le poids de l’institution
Le communisme est une Religion ou plutôt était une Religion. C’est phrase semble révolutionnaire mais ce n’est que la vérité. Nombreux ont été les leaders charismatiques considérés par tel ou tel personne comme le sauveur : Lénine, Staline, Mao, Castro, Che Guevara, Hô-Chin-Minh. Et comme Dieu que l’on appelle le seigneur ou le saint esprit chacun avait un surnom : petit père des peuples, leader Maximo,... La symbolique du surnom est grande. Il rapproche la personne du leader en le rendant plus affectueux comme un nounours mais en même temps il impose sa vue sur tous. C’est un nom commun, une entité qui peut s’étendre à tout le monde. Dans 1984 de Georges Orwell, Big Brother représente parfaitement cela. Il n’est qu’un grand frère mais un grand frère omnipotent. Le leader charismatique qui ouvre le voie se retrouve parfaitement dans la mythologie catholique au travers de Moïse, personnage au combien important qui permis au peuple élu de rejoindre Canaan et se sacrifia même pour lui. Image que les catholiques partagent d’ailleurs avec les juifs. Ceci explique sans doute la forte participation des juifs dans les partis ou organisations communistes occidentaux. Les symboles sont aussi ceux de la Religion en général. Pendant longtemps la faucille et le marteau, la couleur rouge ont ainsi permit à chaque membre de l'Église communiste de se reconnaitre. Les catholiques lisaient La Croix les communistes L’Humanité.
Et puis aussi chose importante les décisions et les choix refusent la multi-polarité. A travers le monde il n’existait ainsi qu’un seul centre de décision. Le Vatican d’un coté et Moscou de l’autre. Tout deux (dans une moindre mesure c’est vrai pour le Vatican) ne se refusait pas à l’ingérence dans les questions nationales des Etats, rejetant même toute idée de nation au nom de l’international des travailleurs. Il n’est pas étonnant que le terme International fut retenu pour unir sous la même bannière tout les communistes. Paradoxalement c’est sur les derniers charniers des morts du socialisme patriotique de la commune qu’est né le Communisme en France.
Le parti ou l'Église vous dicte donc d’un seul point ce que vous devez faire. A défaut un ensemble puissant d’appareils policiers pour les Etats staliniens se charge de vous. On oblige ainsi très souvent à l’autocritique. Pratique très répandue, mais aussi dans certains milieux gauchistes, elle permet de forcer le militant à se persuader au moins en apparence d’avoir tort. Chez les catholiques la puissance est moindre c’est la confession. Elle ne fait pas que libérer l’esprit des pêchés, elle fait se rendre compte de leur importance. Avant 1789 pour l'Église et sur toute la période pour le Communisme existeront aussi des juridictions, des forces de répression, et des lois indépendantes de toute question étatique. Ainsi le droit canonique existera longtemps et régalera nombres de conflits comme un Etat dans l’Etat. Les tribunaux révolutionnaires eux aussi jugeront leur semblable. Petit détail anecdotique c’est aussi ce terme que porteront les tribunaux de la Révolution française, l’évènement qui entamera la pose des clous du cercueil de l’hégémonie de l'Église catholique.
Car en dehors de la réalité les partis communistes de part le monde vont souvent faire référence à deux évènements majeurs de l’Histoire française. La Révolution française et la commune. Si dans l’utopie et l’esprit les idées de la première pourrait se rejoindre on a vu la totale inadéquation avec la seconde socialiste et patriotique. En fait la Révolution française était bourgeoise, une Révolution contre l’establishment noblié et canonique. Tout le contraire de ce que disait vouloir les partis communistes.
II)Une sortie en force pour l’exemple
Tout comme il est difficile d’entrer et de grimper dans la hiérarchie communiste (pire que dans la soit-distante méritocratie actuelle) c’est aussi très dur lorsqu’on en sort. L’expression « Hors du parti point de salut est vrai. Mais seulement pour l’élite militante car très souvent les sympathisants et militants étrangers forment le gros des troupes. Mais lorsque l’on a réussi à grimper en haut la chute n’en est que plus importante. Qu’importe que l’on parte seul ou a plusieurs.
A) L’ostracisme comme punition
Si les critiques, les autocritiques, les remontrances, les injures : dévoyé, social-traître, social-démocrate,... ne suffisent plus, la seule et unique solution est l’ostracisme. Dans les Etats staliniens totalitaires auxquels les partis communistes ont eut le pouvoir il en existe nombres d’autres. Mais très souvent l’ostracisme est préféré, plus simple moins repérable. C’est l’une des raisons de la création du goulag. En même temps que d’offrir une main d’oeuvre à pas cher qui va se tuer en pleine Sibérie. Lisez l’archipel du Goulag vous comprendrez.
Dans l'Église catholique il s’agit d’excommunications. Encore aujourd’hui toute personne divorcée de peut plus célébrer de cérémonie religieuse. Dans les partis communistes c’est l'éjection. Les exemples sont légion, je me limiterait au cas de Servin et Casanova, éjectés pour avoir pris trop de liberté.
Ainsi le choix qu’avait pris le Parti Communiste italien et l’Union des Étudiants Communistes en France à sa suite à conduit Moscou directement ou au travers du P.C.F. pour l’U.E.C à reprendre la main et à se débarrasser des gêneurs. Le togliattisme ayant trop pris de poids ils n’étaient tout simplement plus communistes.
On a le droit de critiquer les choix et les leaders qu’à leur mort. Le rapport de Nikita Khroutchev sur les crimes de Staline n’aurait jamais pu exister durant la vie du petit père des peuples. Mais ce rapport si véridique soit-il n’est qu’un moyen d’enlever une peau morte importante pour continuer a fait respirer le corps. D’ailleurs après avoir fait le sale boulot M. K., qui ne se gênera tout de même pas pour envoyer les chars à Budapest, sera rapidement remercié à son tour. Les papes subiront le même sort. Combien seront critiqués pour leur participation au colonialisme, leur sourde oreille aux horreurs du nazisme ? Mais combien de temps plus tard aussi ? La foi doit passer avant tout.
Car si l’on est dans ces deux mouvements c’est aussi parce que l’on a la foi. Il est par exemple étonnant de remarquer que membres du clergé comme communistes ont été longtemps juger sur leurs paroles et non sur leurs actes. On n’a jamais demandé la preuve irréfutable des miracles, et nombres de croyants n’ont jamais vu Dieu directement comme nombres de communistes les dirigeants. C’est le propre de la croyance. L’importance est et reste la foi. Tout discrédit apporté ne serait donc que pure spéculation qui doit être combattue. Mais les failles et les critiques s’avèrent parfois trop importantes.
B) L’éveil des hérétiques
Toute religion si elle veut se forger pour longtemps se doit de choisir entre trois solutions : avec les autres, sans les autres ou contre les autres. Malgré le syncrétisme qui au départ fut le ferment de la chrétienneté, le catholicisme s’est ensuite refermée sur lui-même. La religion catholique a en effet dû affronter toutes ses dissensions. Les plus importantes ont formé des hérésies qui avec l’apport des dragonnades et de l’inquisition seront pour la plupart vaincues comme celle des cathares. Mais à l’inverse l'Église ne pourra rien malgré les massacres et les luttes pour empêcher le développement des plus grandes hérésies. Le protestantisme mais surtout l’humanisme avec le mouvement des lumières installeront leur influence et leurs idées.
C’est la même chose pour les communistes. En effet ils n’auront de cesse de supprimer les courants de pensée divergents. Trosky sera assassiné par Staline, les sociaux-démocrates raillés, tout comme les anarchistes. Il ne fait pas bon varier la pensée dans des mouvements aussi structurés.
Enfin il ne faisait pas bon car comme pour tout les deux mouvements, ils ne sont plus au meilleur de leur forme. Protestants et juifs représentent une par importante dans la politique ou l’économie. Car eux deux ont compris que l’argent n’était pas forcément le mal, le pêché à faire sortir de la société à tout prix pour la rendre plus morale.
Pêché que partageait aussi les communistes. Communistes qui eux aussi ne sont pas au meilleur de leur forme. Les trotskistes représentantent désormais en France une force beaucoup plus dynamique politiquement. Mais les autres mouvements gauchistes ne sont pas non plus en reste. Ainsi ceux que l’on appelle les altermondialistes (le terme est en lui-même intéressant et reflète la différence profonde avec le nationalisme soviétique), mêmes s’ils restent dispersés et mal définis représentent une capacité d’action beaucoup plus importante que ce qu’il restent des soviétiques d’autrefois.
Même allons plus loin. Malgré toute les réinterprétions que l’on a pu faire après coup, 1968 n’était en rien un mouvement communiste. Presque au contraire il s’est aussi forgé sur une opposition au parti communiste français. Les structures adoptées étaient celles des organisations réformistes UNEF et CFDT. Les leaders étaient trotskistes (Krivine), anarchistes (Cohn-Bendit) ou membres de l’UEC jusqu’à en être éjecté par le parti. L’absence d’évolution du parti, de considération pour cette jeunesse, le fait de rester camper une stabilité à toute épreuve à sans doute jouer dans l’émergence du mouvement. Ils étaient ainsi vu comme des fauteurs de trouble, des agités étrangers (anarchiste allemand pour Cohn-Bendit).
Mais alors les deux structures seraient elles mortes du même mal, celle qui ronge de l’intérieur. l'Église Catholique apostolique et romaine et le Communisme soviétique aurait donc perdu en étant le plus fort. En 1789 ce sont les bourgeois, sans union, sans cohésion, indépendants, qui ont mis à bas ce monstre. Verrons nous un jour d’autres monstres, d’autres Goliath terrassées par de petits David instables et incontrôlables dirigés vers le même but ? Seul l’avenir nous le dira.
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
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