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n°355 - 15 Avril 2007
Rubrique Edition littérature animée par aucun responsable. Postulez !

Omar Khayyam

Ivre de vie, de femmes et de vin

Qui était cet homme ? Qui était ce poète qui en pleine Perse puritaine du 11ème siècle se permettait de chanter dans ses légendaires "Quatrains" son amour pour les plaisirs de la vie.

"Je veux boire tant et tant de vin
que l'odeur puisse en sortir de terre quand j'y serai rentré,
que les buveurs à moitié ivres de la veille qui viendront sur ma tombe
puissent, par l'effet seul de cette odeur, tomber ivre-morts."

Omar Khayyam, dont le nom signifie "vendeur de tentes", du métier de son père, est né en 1048 à Nichapour (actuellement en Iran). Il était un homme brillant, qui excellait en philosophie, en poésie, en mathématiques ou en astronomie. En outre, sa vie est indissociable des mouvements qui agitent alors le Moyen-Orient, entre instauration de la religion musulmane et domination des seldjoukes turcs.

Commençons cette biographie par une légende sur sa vie. Alors qu'il était étudiant à Nichapour, il était très lié avec deux autres camarades, du nom de Abdoul Kassem et Hasan ibn al Sabbah. Un soir, il leur proposa le pacte suivant : le premier à faire fortune soutiendrait les deux autres. Les autres acceptent le pacte, et le premier à obtenir une position enviable est Abdoul Kassem. Ce dernier devient en effet sous le nom de Nissan el Molk le grand vizir du sultan Malik Shah. Ces deux anciens compagnons viennent alors se présenter à lui. Omar demande la protection du vizir, afin de pouvoir mener ses recherches à l'abri du besoin. Hasan demande à être introduit à la cour. Les voeux des deux hommes sont exaucés. Mais Hasan complote alors à la cour dans l'espoir de prendre la place de son protecteur. Découvert, il est renvoyé et fonde l'ordre ismaélien des Assassins, à la fois secte et mouvement terroriste, qui depuis la forteresse qu'il fera construire à Alamout tuera Nissan el Molk en 1092.

Venons-en maintenant à des faits plus vraisemblables. Après des études dans sa ville natale, Khayyam passe de nombreuses années à Samarcande sous la protection de Abou Tahir, qui est alors administrateur de la ville. Il y écrit notamment un important traité d'algèbre. A l'invitation de Malik Shah, troisième sultan de la dynastie des Seldjoukes, et de son vizir Nissan El Molk, il se rend à Ispahan, qui est alors la capitale du royaume. Il y fait construire un gigantesque observatoire, à partir duquel il mesure la longueur d'une année. Khayyam trouve qu'une année fait 365,24219858156 jours. C'est une mesure d'une incroyable précision! On sait désormais que la longueur d'une année change au niveau de la sixième décimale durant une vie humaine, et à titre de comparaison, la longueur d'une année à la fin du XIXè était 365,242190 jours. A la suite de cette mesure, une réforme du calendrier fut adoptée dans le royaume seldjouke, comme ce fut le cas cinq siècles plus tard en Europe à l'instigation du pape Grégoire.

Après la mort en 1092 de ses protecteurs, Nissan el Molk d'abord, puis un mois plus tard le sultan, Khayyam tombe en disgrâce à la cour et sa vie se fait moins sereine. En 1118, il quitte Ispahan pour passer quelques mois à Merv (citée située au Turkmenistan), puis il va terminer ses jours dans sa ville natale.

Le Khayyam le plus fascinant est sans conteste le Khayyam poète.
La popularité de Khayyam en Occident est surtout due à ses Robbayat, quatrains parfois désabusés où il chante la vie, les femmes, le vin. Cela lui valut d'ailleurs quelques problèmes avec des dignitaires religieux car le vin n'est pas la boisson privilégiée par le Coran! La première traduction est due à Edward Fitzgerald en 1850. Une des difficultés de Fitzgerald fut de distinguer le vrai du faux, car plus de 1000 poèmes sont attribués à Khayyam. Fitzgerald en retint 170, et sa traduction est aussi considérée comme un des chefs d'oeuvre de la littérature anglo-saxonne.

Khayyam nous lègue des poèmes d'une extrême beauté, pleins de légèreté. Ces poèmes sont des hymnes à la vie, des hymnes aux plaisirs de la vie. Ses poèmes ne sont pas comme on pourrait le penser des appels à la dépravation. Ils sont tout simplement un peu de légèreté dans un monde de brute, un peu d'amour dans un monde sinistre.
Les poèmes de Khayyam datent du 11ème siècle mais deviennent aujourd'hui de plus en plus d'actualités. Les quatrains de Khayyam sont comme des alternatives face à un monde de plus en plus violent, un monde où l'on tue au nom de Dieu. Khayyam est ni un hérétique, ni un dépravé, c'est un homme qui voit le monde tel qu'il devrait être; un monde où "tout n'est qu'ordre est beauté, luxe, calme et volupté".
Khayyam n'est pas seulement le poète des plaisirs de la vie, c'est le poète du bonheur tout simplement.
Voici quelque quatrains de Khayyam. Appréciez!

O toi qui dans l'univers entier es l'objet choisi de mon coeur!
toi qui m'est plus chère que l'âme qui m'anime, que les yeux qui m'éclairent!
il n'y a rien, ô idole, de plus précieux que la vie:
eh bien! tu m'es cent fois plus précieuse qu'elle.
2
Lève-toi, viens, viens, et, pour la satisfaction de mon coeur,
donne-moi l'explication d'un problème:
apporte-moi vite une cruche de vin, et buvons
avant que l'on fasse des cruches de notre propre poussière.
3
Lorsque je serai mort, lavez-moi avec le fus de la treille;
au lieu de prières, chantez sur ma tombe les louanges de la coupe et du vin.
Si vous désirez me retrouver au jour dernier,
cherchez-moi sous la poussière du deuil de la taverne.
4
Puisque personne ne saurait te répondre du jour de demain, empresse-toi
de réjouir ton coeur plein de tristesse; bois, ô lune adorable!
bois dans une coupe vermeille, la lune du firmament
tournera bien longtemps, sans nous y trouver.
5
Puisse l'amoureux être toute l'année ivre fou,
absorbé par le vin, couvert de déshonneur!
lorsque nous avons la saine raison, le chagrin nous assaille de tous côtés;
à peine sommes-nous ivres, eh bien, advienne que pourra!

Comme le tournesol, suivez le soleil en souriant !



L'auteur
Mamadou Diallo

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O.khayyam et le portrait de Dorian Gray - Par Liosalz le 11 mai à 22:36

"J'ai lancé mon âme à travers l'invisible
Pour déchiffrer le mot de l'au-delà
Bientôt mon âme est revenue et elle m'a répondu:
C'est moi qui suis le Ciel et l'Enfer"

Omar Khayyam


(Oscar Wilde: "Le portrait de Dorian Gray")
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