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Tous victimes !
Tous victimes mais de qui ? Ou de quoi ? Il semble en tout cas qu'il faut que nous le soyons. Mais pourquoi ? Pour exister voyons...
I) Un monde de ratés et de victimes
Après la Chikungunya, la grippe aviaire, la vache folle ou même des maladies humaines, il semble qu'une grave maladie traverse depuis longtemps nos sociétés occidentales la victimiocrate. On se sent tous victimes de tout le monde ou l'on préfère glorifié ce que nous victimisons. Étonnant par exemple que nos champions populaires sont des Poulidor, toujours deuxième, que nous conspuons Schumacher, Amstrong, Pierce à une époque où ils collectionnaient les trophées. Étonnant aussi cette adoration pour les poètes maudits, les Verlaine, Rimbaud ou plus récemment Gainsbourg, qui ne vécurent qu'un temps ou restèrent dans la misère. Étonnant la situation dépravée de nombres de nos peintres, Van Gogh, douanier Rousseau, Gauguin qui n'ont jamais fini dans une vie modeste, bien au contraire. Comme si le talent ne pouvait naître que dans la merde. Comme si les fleurs de l'inspiration ne poussaient que là. Étonnant encore la façon de voir nombre de fois les personnes qui agissent avec violence comme victime de la violence policière, qui reste la seule violence légale comme aimait le dire Weber. Et ce sans que leur cause en elle-même soit forcément juste. Le peuple est donc toujours victime d'un Etat fasciste et dominateur et n'a pas son mot à dire. Etonnant enfin notre relation avec l'autre. Nous ne pouvons nous empêcher d'exprimer souvent un sentiment si humain, l'ingratitude. Dans la pièce Le voyage de monsieur Perrichon,Eugène Labiche auteur français du XIXème l'avait alors décrit. L'homme est donc presque incapable de reconnaissance et de gratitude, mais pire encore, en arrive à détester ceux qui lui sont venus en aide. Peut-être par crainte de leur être désormais redevable.
II) La peur nourrie la théorie de l'échec
D'où vient ce poids de la victime dans nos sociétés occidentales. Tout d'abord n'est pas victime qui veut. Le magistrat Denis Salas dans un récent entretien à Libération faisait la distinction entre la victime souvent seule, isolée face aux responsables et ceux qui sont victimisés. Ils sont victimisé par le discours populiste, longue maladie à laquelle la démocratie a vraiment du mal à se soigner. Mais le discours populiste ne vient pas forcément des politiques. Il traverse toutes les élites dirigeantes, qu'elles soient culturelles, économiques ou politiques. Il est étonnant après coup de voir l'ampleur qu'a prise l'affaire du RER D où, nous le rappelons, une jeune femme avait simulé sur elle une agression antisémite. Mais c'est parce que nous sommes tombés dans le monde de l'affect à grandes enjambées. Étonnant aussi le processus bipolaire de victimisation du procès d'Outreau. Au départ l'ensemble des classes dirigeantes s'est fait l'écho d'une gigantesque victimisation des enfants plongés dans une monstrueuse affaire de réseau pédophile. Notre Dutroux à nous. Alors que dès que la lumière a été faite sur cette affaire les mêmes personnes, ministres, journalistes, procureurs ou députés se sont empressés de jeter leur victimisation primaire sur ce que l'on appellera ensuite les acquittés d'Outreau. Démontrant s'il le fallait encore le poids de l'affect.
Le populisme ne naît pas de rien. Il vient d'une peur ou des peurs patentes qui emprisonnent les sociétés occidentales : terrorisme, islamophobie, OGM, mondialisation,... Nombreux sont les sujets de peurs. Et il faut le reconnaître ils sont souvent fondés mais le populisme ne cessent de s'en nourrir pour s'accroître et les accentuer. En cela la victime tient parfaitement son rôle. Car la plus grande des peurs est d'être dominé. Dominé par une religion, un pays, un terrorisme, une économie. Au contraire la victime à une attitude de soumission dans la plus pure tradition du sadisme. Car ce qui dérange n'est pas la réussite par exemple mais le poids qu'elle peut générer. Celui qui réussit est aussi celui qui par là va imposer sa voie, qui a la puissance sociale, économique ou médiatique. La victime est le doudou rassurant, le punching-ball des nerveux, celle qui nous rappelle qu'il y a toujours plus faible ou plus mal lotis que soit.
La victimisation a outrance se traduit aussi par l'examen qui est fait des deux grands chocs de la société occidentale au vingtième siècle , la traite des noirs et la Shoah. Pour commencer il est à noter que le processus irrépressible de comparaison des victimes de ces drames en est un autre exemple. Nous mettons en parallèle ces deux situations pour comparer l'impact que la lente découverte de la réalité des choses a eu sur le monde occidental. En effet par là nous avons vu des deux cotés une exponentielle victimisation de toute personne qui, de loin ou de près, on pût subir ce traumatisme mais ce sur des générations. Le noir ou le juif devenait la petite bête apeurée que l'on devait protéger et nous le méchant qui jusqu'à la fin devait se flageller. Le propos n'est pas de nuancer l'importance des évènements mais de se rendre compte que par la même nous entrons dans une autre phase du racisme, le racisme victimaire. Gaston Khelman ou Gilles William Golnadel dénoncent tout deux cette propension à ne pas considérer ces groupes comme ceux d'humains comme les autres, mais presque comme des sous-hommes à protéger. L'on dénigre aussi en passant les milliers d'années de civilisations grandioses, africaines, perses, ou juives, car ce sont les civilisations de peuples que nous devons aider presque assister. C'est comme un enfant qui n'aurait pas encore grandit auquel on apprendrait ses premiers pas. Nous rappelons que la colonisation a au départ en tout cas, été promotionné par un discours approchant, nous devions apporter aux sauvages la civilisation.
Les médias n'ont que faire des gens qui vivent normalement c'est-à-dire qui réussissent. En effet quoi de moins vendeur que Marcel ou même Mohamed qui a monté sa boîte s'entend très bien avec ses amis et va acheter son pain le matin ? A la rigueur pour Marcel cela pourrait passer sur le journal de TF1 de 13 heures. Le choc fait vendre le quotidien non. L'aspect économique est a souligner. Un journal pour paraître doit vivre donc gagner de l'argent, quitte à oublier les réussites pour les échecs. Bien oui les réussites semblent tellement fréquentes. Paradoxe journalistique qui doit relater la réalité et chercher l'exceptionnel... et engendre (pas seulement lui) une mentalité de défaitiste et de victime.
III) Barricadons-nous à tout prix
Tandis que l'on victimise nombre de personnes ou groupes, il est aussi important dans le même temps de se protéger de tout ces dangers. Nous passons sur les nombreuses théories xénophobes et protectionnistes qui ne sont que des symboles de premier degré de cette peur de l'autre ou l'étranger qui apporte le danger. Même si nous ne pouvons que nous rendre compte au travers de l'actualité récente que le racisme gagne du terrain. Dans une enquête effectuée en novembre par la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH), une personne interrogée sur trois se dit raciste - dont 24 % "un peu" raciste - soit une augmentation de 8 points par rapport à 2004. Mais nous allons chercher à nous intéresser à trois phénomènes principaux le principe de précaution, les institutions qui ne cessent de germer pour nous protéger et le courant victimologue qui empreigne notre droit de long en large.
Le principe de précaution. D'abord qu'est-ce que c'est ? Et c'est là que se pose un gros problème nous n'en savons rien. Il n'existe aucune définition concrète ou officielle de ce principe de précaution que l'on nous rabâche dans tout les sens. Le terme même de précaution semble d'une platitude et d'une évidence telle. En effet quoi de plus logique que de prendre ces précautions face à un danger ? Et d'ailleurs quel danger ? On est conscient que dans nombres de cas le principe de précaution aurait pu éviter des catastrophes comme l'amiante ou le désastre de Tchernobyl. Mais dans le même temps il paraît justifier tout un emballement sur tout et n'importe quoi. L'affaire de la grippe aviaire en est un exemple mais elle n'est pas le seul, le SRAS ou l'anthrax en sont d'autres. Que ce soit les citoyens eux-mêmes ou les médias l'emballement paranoïaque pousse les hommes politiques et les dirigeants à réagir dans la précipitation sur des choses qui n'en méritent pas autant. Oubliant parfois les grands dangers latents qui ne font pas de bruit : poubelle nucléaire en Russie, réchauffement climatique, sécheresse,... La puissance de l'affect imprègne le principe de précaution nous empêchant de faire quoi que ce soit. Et alors la vie n'a elle pas un danger permanent celui de mourir ?
Alors il nous faut des cellules de soutien, des psychologues à chaque coin de rue. Récemment ils ont même essayé d'aller chercher chez nos mômes la source de la délinquance ou de la dérive. Le philosophe Saül Karsz signalait l'exemple d'un article du Monde où était relaté que des personnes agressées étaient prises en charge par une cellule psychologique avant même tout soin ou prévention. Très souvent on préfère voir charger après une affaire des hordes de psychologues de façon bien plus violente que quelques policiers. Le poids du traumatisme latent reste le danger numéro un. On multiplie les consultations, on tente de s'améliorer, on devient parfait, physiquement comme psychologiquement. Loin de moi l'idée de discréditer les psychiatres qui sont forts utiles lors de véritables problèmes même sans aller jusqu'à des troubles. Mais l'usage à dose homéopathique comme les vitamines C auxquelles on se shoote quotidiennement conduit à l'excès. Les psy deviennent les produits désinfectants de nos âmes. On en oublie presque que les fêlures rendent plus fortes. Paradoxe étonnant, c'est l'une des plus grande passion de la société plongée dans le grand bain victimaire, que les fêlures de l'âme. Nietzsche encensé et détruit à la fois, il en serait heureux. La théorie victimaire a “une vocation omni compréhensive. D'où un parcours au travers de la psychanalyse, des théories comportementalistes, de la médiation pénale, du droit, de la réparation financière, du travail de deuil, du fonctionnalisme sociologique, de l'idéalisme philosophique, de la criminologie, de la systémie,...”
Il ne faut plus réprimer mais soigner. On est toujours malade jamais coupable. Malade de son univers, de son milieu de ses parents. Je le répète, on cherche même à soigner nos enfants des leurs plus jeunes âges. Alors lorsque l'on entend une étude comme quoi les français ont l'un des plus bas QI de l'Europe on s'attend au pire.
Notre droit français dans son ensemble n'est pas en reste. Le courant victimologue est à présent le seul que l'on puisse entendre au sein de notre droit civil de la responsabilité par exemple. Il existe désormais un principe général de la responsabilité du fait d'autrui issu de l'alinéa premier de l'article 1384 du Code Civil, alors que les rédacteurs n'ont jamais voulu y donner ce sens. Désormais toute personne ayant mission de contrôler, de diriger et d'organiser la vie ou l'activité d'autrui en est responsable. Les parents sont responsables de leurs enfants ce qui paraît bien normal, mais de plein droit, sans qu'il faille prouver une faute de surveillance ou une faute de l'enfant, et sans qu'ils puissent s'exonérer, autrement que par une cause de force majeure ou faute de la victime.
Autrefois on n'était pas responsable lorsque l'on n'avait pas conscience de ses actes. Ce principe aussi présent en droit civil qu'en droit pénal n'empêchait pas pour autant la poursuite de l'imprudence ou négligence. Mais la loi du 3 janvier 1968 a instauré un article 489-2 dans le Code Civil. La jurisprudence en a donc déduit que les personnes “sous l'emprise d'un trouble mental n'en était pas moins obligé à réparation.” Elle a aussi étendu ce principe aux infans, c'est-à-dire les enfants en bas âge (moins de trois ou six ans). L'arrêt du 9 mai 1984 Lemaire considéra que pour eux l'absence de discernement n'était pas un obstacle à ce que ceux qui commettent un acte engagaent leur responsabilité. Enfin la dépréciation de la faute souhaitable un temps pour éviter les irresponsabilités trop faciles, risque de créer un monde où tout le monde est responsable de tout. Geneviève Viney dans sa thèse considérait que cela découlait même d'un déclin de la faute individuelle que l'on peut voir dans ce changement du fondement de la responsabilité civile délictuelle qui exclut totalement la faute.
L'arrêt Perruche fut aussi un grand bouleversement dans le droit français. Au delà de la profusion d'avis et d'articles opposés ou partisans il est a noté qu'il fut dans la droite ligne du processus victimaire de notre droit. En effet cet arrêt (Assemblée Plénière 17 novembre 2000) indemnisa même un enfant pour être né handicapé, voir même être né, puisque la mère considérait qu'elle aurait pu avorter si elle avait connu sa maladie. Même si la loi du 4 mars 2002 prévue quasiment pour contrer l'arrêt Perruche, le mal était fait. Il traduisait l'envie de toujours vouloir indemniser comme le rappelait dans sa chronique le Professeur Denis Mazeaud.
Le droit administratif n'est pas en reste. Car par la pénalisation progressive qui est la tendance actuelle on recherche aussi à tout prix un coupable. Alors ce sont les fonctionnaires mais surtout les élus qui prennent. Pour l'instant en vertu du vieux principe « Nulla poena sine lege », qui fait qu'il faut une disposition précise pour poursuivre, cela reste restreint à certains actes consignés dans les articles L 121-2 du Code Pénal et dans le Code général des collectivités territoriales. On ne compte d'ailleurs plus les affaires de maires souvent de petite commune pris à la gorge par des affaires où leur responsabilité n'est en cause que pour des négligences mineures qui ont conduit au drame.
Enfin les avocats sont des artistes dans le jeu de l'affect au moment de la présentation aux médias. On comprend que dans les médias généralistes l'intérêt n'est pas de proposer à chaque téléspectateur, lecteur ou auditeur un cours de droit même pratique à chaque fois. Mais tout de même, il est notable que les médias servent plus de prétoire afin de lancer leur diatribe, comme si la télévision par exemple était une extension du tribunal. C'est d'autant plus vrai que les médias même dans les simples affaires non criminelles choisissent d'entendre l'opinion et le discours de la victime et quasiment jamais celle du coupable. Nous employons expressément ce mot pour signaler que pour les médias, ce qui déteint un tant soit peu sur l'ensemble de la société, toute personne poursuivie est coupable d'office. L'orientation intolérable de l'affaire Besseguir en est un des nombreux exemples.
IIV) Des raisons de croire en la réussite
Pourtant il existe nombre de raisons de lever un peu la tête et de ne pas considérer systématiquement certaines catégories de personnes comme victimes et donc à protéger de tout. Les immigrés ou fils d'immigrés par exemple. Petit aparté pour faire remarquer la chose étonnante que l'on considère toujours comme immigré des enfants né en France de parents français et on les qualifie même de la troisième voire quatrième génération. Nombre d'entre eux réussissent tout de même. Il est vrai que la médiocrité y est impossible. Mais les créations d'entreprise, les artistes, les sportifs qui réussissent existent. Ce sont sans doute des étoiles dans un ciel noir mais ils sont là et on serait en droit de se demander pourquoi nous ne focalisons pas notre attention sur eux. La France a le plus haut taux d'innovations, les meilleurs résultats scolaires, la meilleure protection sociale, les meilleurs services de santé, de nombreux grands groupes internationaux, une culture que tous nous envie, une créativité hors norme, un droit protecteur certes mais qui ne s'insinue pas dans la vie personnelle à outrance.
Alors pourquoi s'infliger ce languissant sentiment ? Parce que la France, comme nombre d'États occidentaux, est malade. Malade de la maladie qui frappe une démocratie lorsqu'elle s'est engagée dans la voie de l'immobilisme, lorsqu'elle s'est enfermée, arc-boutée sur certaines idées sans jamais chercher à les critiquer : le populisme.
Alors serions nous entrés dans un cycle vicieux de la victimisation à outrance ? Car comme le disait Robert Brasillach, qui avait pour une fois raison : L'Histoire est écrite par les vainqueurs. Nous y ajouterions que notre société actuelle est écrite par les victimes ou considérées comme telles.
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
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Hio-Tin-Vho
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