CSI: Les Experts de la télévision.
Je suis un télévore. Ma télévision fait partie de ma vie comme mes livres, mes disques ou mon ordinateur. Alors tout en me rendant compte de cet état de fait, j'ai voulu vous faire partager mes goûts au travers de nombreux articles sur la télévision et surtout ce que j'y préfère, les séries. Premier d'une longue série, les experts.
On a coutume en France, lorsque l'on écrit une série policière de s'attacher à deux cotés de la barrière. Soit les personnages sont flics: Navarro, Julie Lescaut, Commissaire Moulin,... soit ils sont avocats ou Juge, en somme dans l'appareil juridique, Avocats et Associés, Le Proc, Madame le Procureur. Ou soit carrément on a les deux réunis Cordier Juge et Flic ou encore Femmes de Lois. Aux Etats-Unis le champ d'action est beaucoup plus large. Les policiers sont de toutes sortes et on le voit avec la longue liste des Law and Order, de plus on s'intéresse à tous ceux qui sont à coté, comme les privés (même s'il faut le reconnaître en France on a aussi le mythique Nestor Burma). C'est de là qu'est venu "Les Experts", qui est aujourd'hui une réussite totale et un carton international. Mais au départ la situation n'était pas gagnée.
Car lorsqu'en 2000 Anthony Zuiker, la seule et unique chaîne CBS qui accepte du bout des lèvres, le fait afin de combler un trou dans sa grille de programme. Peu de monde n'est donc chaud à l'époque. Et il faut dire que le principe a de quoi surprendre. Les enquêteurs qui agissent dans ce programme n'usent ni de revolvers, ni de coups de bottin sur le crâne et encore moins de courses-poursuites ou de filatures effrénées. Non chez eux les armes sont des cotons tiges, des gants en latex, des balayettes ou des petites enveloppes. Ils passent leurs journées à découper des morceaux de tissus, à analyser des échantillons ou à rechercher des indices. Rien de bien reluisant sur le papier. Et pourtant. En fait la réussite du principe est à la fois didactique et pédagogique. On découvre totalement un monde méconnu, celui de la police scientifique alors en plein essor, qui réussit à partir d'une mèche de cheveux, un tissu à retrouver l'assassin ou le coupable en général. Une sorte de nouvel univers s'ouvre alors. Et puis l'idée ne se limite pas qu'à cela, les experts comme aux Etats-Unis c'est la réalité, participent aux interrogatoires, suivent les autopsies ou en tout cas leurs résultats, font des enquêtes de voisinages, en somme quasiment tout le boulot de policier et même plus, mais cela en douceur et en talent.
Et puis il faut le reconnaître le talent des auteurs c'est aussi celui de retranscrire un univers. Que ce soit dans Les Experts, ou de les suites dérivées, Les Experts : Miami ou Les Experts : Manhattan, l'intérêt est aussi ceux dans quoi évolue les personnages. C'est d'autant plus vrai que chacune à une couleur spécifique, un bleu profond pour la première qui se déroule à Las Vegas, un orangé des vacances pour la seconde et un blanc cassé pour la dernière. Dans toutes on croît parfaitement connaître les villes et leurs entourages mais très vite on se rend compte que l'on se trompe. Les villes sont presque des personnages à part entière, tellement elles prennent une importante place. Au départ la série a eu beau être sortie bonnant mallant, les acteurs sont aussi essentiels. Lorsque la première est arrivée, peu étaient connus. Le seul à avoir eu son temps de notoriété fut William L. Petersen avec quelques téléfilms qui n'ont pas pour autant fait sa gloire. Mais leur talent fut de s'introduire totalement dans les personnages, de devenir eux. On a pas à faire qu'à des rats de laboratoire ou des policiers chevronnés, la plupart ne vient pas du sérail mais plus de la vie active. Catherine Willows fut une ancienne strip-teaseuse, et Warrick Brown aurait pu basculer du mauvais coté de la barrière. D'ailleurs plus les saisons avancent, les personnages installés on en découvre plus sûr eux. Leur vie semble humaine en somme, sans pour autant être cucul comme peux l'être celle des flics français.
Mais il ne faut pas que faire l'éloge de cette série ou plutôt ce groupe de série, sans apporter un soupçon de critique. Les Experts, Las Vegas les originaux semblent se renouveler avec l'apport plus central du personnage Greg Sanders, joué par Eric Szmamda (pour moi génialissime). Même si les enquêtes tournent de plus autour des mêmes choses la redisposition des équipes change un peu les choses. Par contre Les Experts : Miami, ou les Experts Manhattan sont globalement en deçà de l'original. Personnellement je n'ai jamais accroché à la version Miami et l'inénarrable David Caruso mérite parfaitement son surnom de Superman. Il lui a été donné par les autres acteurs car il est toujours les mains sur les hanches. D'autant plus qu'il n'a que deux expressions, j'enlève mes lunettes de soleil, je mets mes lunettes de soleil. C'est plus Les Experts en vacances. Les Experts : Manhattan, semble meilleure, même si elle n'arrivera sans doute jamais à la cheville de l'original. Est-ce l'ambiance de New-York ou le coté volontairement plus blanc, gris ou noir ? En tout cas, cela semble prendre mieux. Sur moi tout du moins. Même si je dois le reconnaître les personnages se prennent un peu trop au sérieux et l'humour, tel que l'on peut voir dans Las Vegas manque un tout petit peu.
Autre gros défaut, la copie à outrance. En plus de ces trois séries on a vu aussi débarquer NCIS : Enquêtes Spéciales, une version des Experts chez les militaires. Le créateur n'est pas du tout le même mais Donald P. Bellisario qui avait aussi fait JAG, Code Quantum et Supercopter. En excluant le défaut du patriotisme américain exacerbé, elle ne fait aussi que répéter la même mécanique de son modèle non avoué. Mais ici l'intérêt n'est pas là, plus dans l'humour ici omniprésent et la façon qu'ont les personnages de se lancer tout le temps des piques. Un même modèle et des milliers de décalques.
D'ailleurs c'est ce qui va nous arriver, en France. R.I.S, la série qui débarque sur TF1 c'est la même chose, en pire. En fait, elle est adaptée d'une série italienne, elle même copie de CSI des Etats-Unis, cela laisse présager peu de chose de bon. D'autant qu'il faut à tout prix qu'au moins pour celle là TF1 diffuse dans l'ordre les épisodes, ce qu'elle n'a jamais fait de toutes ses diffusions. Et puis à l'inverse des autres, cette série n'est pas réaliste. En France le travail des policiers scientifiques est extrêmement plus cloisonné. Ils n'ont accès qu'à la scène du crime pour la recherche des indices et c'est aux enquêteurs de régler le reste de l'affaire. La série fait une grosse entorse à ce sujet en leur donnant accès aux mêmes pouvoirs que les policiers américains.
Car enfin le défaut des qualités des séries originales, les CSI est leur incroyable précision et exactitude. Certes la recherche d'indice et leur étude sont beaucoup plus rapides et simplifiées que dans la réalité, mais c'est pour s'adapter aux conditions d'une série de télévision. Car le traitement en lui-même fait appel à une sûreté incroyable. Et c'est justement ce qui fait plaisir à certains criminels. Tandis que l'on a petit à petit découvert l'intérêt des empreintes, CSI nous plonge dans le monde de l'ADN ou l'infiniment plus petit. Ainsi elle pousse les criminels à faire encore plus attention, certains vont jusqu'à copier les idées retorses des assassins de la série, ou se raser entièrement le corps pour éviter de laisser un seul poil. Mais pour une fois qu'il existe une série authentique, à coté des flics français avec leur tentative d'homicide involontaire, leur mandat de perquisition ou leur caution pour le moindre petit braqueur, on n'a pas vraiment le droit de se plaindre.
Donc pour une série qui a faillit ne jamais voir le jour le résultat est plutôt bon. Mais à force d'exploiter la poule aux oeufs d'or ne risque-t-on pas de la tuer?
Allez à la prochaine fois pour Urgences!
Hio-Tin-Vho
La plume plus forte que l'épée
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