Les confessions de Nat Turner (William STYRON : né en 1925)
La littérature américaine : 36/39
Isaac ASIMOV, Edgar R. BURROUGHS, William S. BURROUGHS, James M. CAIN, Truman CAPOTE, CHANDLER, Philip K. DICK, DOS PASSOS, FANTE, FAULKNER, FITZGERALD, HAMMETT, HEMINGWAY, HIGGINGS CLARK, William HJORSTBERG, Henry JAMES, Jack KEROUAC, Stephen KING, Norman MAILER, MATHESON, Horace McCOY, Henry MILLER, Philip ROTH, Gertrude STEIN, STEINBECK, Tom WOLFE, Richard WRIGHT, etc. Ils sont tous les dignes successeurs d’Edgar POE et contribuent au rayonnement et à la diversité de la culture américaine.
On a voulu voir chez STYRON, l’influence de FAULKNER. N’est-ce pas là un aveu, comme si le style « STYRON » n’existait pas. On lui doit : « Les Confessions de Nat Turner ».
« Les confessions de Nat Turner » sont celles d’un esclave noir qui avait pris la tête d’une révolte en août 1831. Ces confessions sont faites à un « avocat » que l’on retiendra sous le nom de Gray.
La première partie n’est d’ailleurs qu’un dialogue entre les deux hommes. On pourrait reprocher à Gray de n’être pas assez psychologue pour décrire un cerveau assez complexe, car Nat Turner est un être intelligent. Il est l’un des rares noirs à savoir lire et à connaître la bible. Il la connaît si bien qu’on l’appelle « Révérend ».
Nat Turner est également, un des rares esclaves noirs à avoir laissé des traces dans l’histoire. Le livre est donc un élément capital pour avoir un point de vue, d’une des victimes de cette ségrégation qui légitimait l’esclavage. Que le lecteur ne s’attende pas à voir de sombres histoires de coton, car il semble que la Virginie était un « paradis » pour les noirs, si on la compare à l’Alabama ou la Louisiane.
Personnalité complexe, son amour de la bible le transformera en boucher. C’est Dieu qui lui dit de massacrer des blancs. Ses victimes seront indifféremment des hommes, des femmes et des enfants. S’il interdira les viols, son charisme ne suffira pas à faire appliquer ses volontés.
Parce qu’ils sont indisciplinés, parce qu’ils sont inégaux devant l’esclavage, la cause noire ne connaîtra que 75 volontaires au lieu des centaines espérées.
Pour ces mêmes raisons, l’entreprise mûrement réfléchie (la prise d’une armurerie) avortera.
Il nous reste donc à tenter de percer la personnalité de Nat Turner. Gray lui a promis une bible, mais le tribunal s’y oppose. Le blanc essaie alors de démystifier Dieu. Il explique que le soleil n’est qu’une étoile perdue dans une galaxie. Cela ne suffit pas pour ébranler la foi de l’esclave.
L’anecdote est intéressante si on pense à l’Eglise qui condamnait la science au Moyen Age. Elle prouve, au besoin, que la science n’est pas l’ennemie de la foi.
Complexité de Nat Turner. Des plans mûrement réfléchis, une intelligence supérieure à la moyenne, mais il ne réalise les conséquences de son insurrection. Elle est un échec aux abolitionnistes, elle donnera des motifs de répression, d’une plus grande sévérité vis-à-vis des noirs, le transfert des enfants et des suspects vers les états cotonniers.
Ici, le paradoxe entre l’intelligence de Nat Turner, et les réflexions de Gray à ce sujet, vient peut-être du fait qu’aidée par Dieu, la révolution ne pouvait pas avorter. Il n’y avait donc pas lieu de penser aux conséquences d’un échec.
Dans la seconde partie, on découvre la réalité de cet esclavage. Souvent les propriétaires sont « corrects », et selon le terme de Nat Turner, on pourrait plutôt parler de négritude. L’un de ses amis s’est évadé plusieurs fois et il ne semble pas inquiété. Une de ces escapades est d’ailleurs assez cocasse puisqu’il ne connaît pas les distances.
La négritude, c’est aussi un jour où on est libre après la prière du dimanche et ce, jusqu’au crépuscule. Noël est également fêté un peu plus dignement que les autres jours puisqu’il y a une notion de cadeau.
Mais la négritude c’est aussi, lorsque le « maître » est d’une cruauté raffinée, l’obligation faite à deux amis de se combattre comme des gladiateurs. Pire encore ? L’accouplement avec un animal.
La négritude, c’est aussi la notion d’infériorité. On apprendra qu’un noir qui savait lire, aura eu le cerveau disséqué. Comme il ressemble à celui d’un blanc, on en déduira qu’il s’agit d’un cas de cannibalisme, où la race inférieure mange le cerveau pour devenir intelligent.
Ici, il faut avertir le lecteur que ces affirmations sont formulées par des noirs rencontrés au hasard de la route.
Si la mentalité est pro esclavagiste, il nous paraît bon de signaler la pensée d’un religieux. Si on abolissait l’esclavage, privé d’un minimum de culture, l’esclave ne pourrait jouir de sa liberté. La réalité est encore pire. Les affranchis vivent de mendicité ou de petits travaux. Disons-le, ils sont encore plus misérables !
Mais ce révérant était un visionnaire. L’abolition de l’esclavage n’a pas vraiment émancipé les noirs qui sont resté liés à leurs anciens maîtres, si celui-ci avait les moyens de les garder.
Combien d’autres ont-ils péri ? Près de cent cinquante ans après, en Amérique ou ailleurs, l’égalité entre les deux communautés est loin d’être parfaite.
Revenons-en à Nat Turner par le biais de la troisième partie. Sa définition de la haine couvre deux sens. Celui qui hait, doit passer à l’acte. C’est en quelque sorte, une bombe à retardement qui n’attend qu’un détonateur.
Quant à Gray, il semble déçu par cet être hors du commun. Il lui montre toutes les failles de son insurrection, et trop souvent, Nat Turner n’y avait pas pensé. Qu’attendre, par exemple, d’ivrognes incapables d’obéir ? Pour cette raison, l’esclavage durera encore un bon millier d’année. C’est le blanc qui le pense, mais Nat a-t-il les moyens de penser le contraire ?
Il nous reste encore un petit détail à préciser : la quatrième page de couverture de l’édition FOLIO. L’auteur de cette page nous décrit Nat Turner comme un obsédé sexuel.
Nat n’a pas de pudeur parce qu’on ne l’a pas élevé pour évoluer dans la société des blancs. De quoi est-il accusé ? D’érections lorsqu’il désire une femme (fût-elle blanche). De fuir le religieux pédophile ?
Platoniquement, Nat devient pudique. Il a honte de ses réactions.
N’oublions pas également que Nat fait des confessions. Il est jeune, et il a des désirs. Autre détail qui a son importance, il les réprime parce que Dieu le lui interdit.
Plaignons celui qui, comme l’auteur de cette quatrième page, n’est pas un obsédé sexuel !
René MORIN
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