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L'Echo du Village - Accueil n°342 - Jeudi 12 mai 2005
Rubrique société animée par Gerard Georges BRETON assistée par Hio-Tin-Vho


Etreinte sous contrainte
que de bonheurs avortés au nom du pudiquement correct

Longtemps j’ai laissé vagabonder une question dans ma tête que je n’osais poser autour de moi de crainte de recevoir une parabole plutôt qu'une réponse intelligible.

Nourrie par l’amertume de l’impuissance que ressent chaque citoyen du monde à l’égard de l’horreur qu’est devenu l’Irak et imputant une part de responsabilité à son ancien régime qui de part son existence a légitimé l’intolérable action américaine, la vagabonde avait pris de l’ampleur écrasant ainsi toutes les questions orphelines qui me remplissaient.

Je me devais de la libérer afin que je puisse m'aérer l'esprit. Pour cela j'avais bien entendu besoin d'un interlocuteur.

Mon choix s’était porté sur un ami avec lequel j’entretiens une relation privilégiée par les mots.

- Que faut t-il faire pour en finir avec les Républiques monarchiques?

La vagabonde avait emprunté un circuit aussi invisible que mon ami dont la réponse fut :

- Je ne sais pas! Peut être donner le pouvoir à une femme du peuple!



J’avais ses mots sous les yeux et l’écho de ma lecture résonnait en moi. Pouvoir, femme, peuple et puis il y avait le verbe donner, qui est le sujet de ce verbe ?

Après tout, pourquoi pas ?

Mais qui pourrait donner le pouvoir à une femme du peuple ? A priori le peuple lui-même.

Je fus vite rappelé à la réalité par le fait que les Etats dont la constitution est inspirée des textes célestes ont la conviction que « tout peuple gouverné par une femme est damné par dieu »

Dieu du ciel ! Damner toute un peuple pour qu'une femme règne est-ce possible ? Donner le pouvoir à cette demie cervelle, à cette côte tordue, à cette foi insuffisante ?

Le chemin de la démocratisation des esprits me paraissait alors long et parsemé de virulentes réticences.

Même aux Etats-Unis, ce pays qui a aujourd’hui le souci vital de vouloir démocratiser les pays arabo-musulmans, jamais une femme n’a pu accéder au siège de la première dame dans le vrai sens du mot.

J’errais dans l’univers de la femme du peuple et de son éventuelle gloire, quand la sonorité d’une phrase que j’ai toujours détestée bifurquât mon esprit vers une société qui ne souffre ni du totalitarisme d’un partis unique ni du despotisme d’un président roi.

« Elle a chuté avec lui » c’est ainsi que la société marocaine a convenu pour parler de la femme séduite. Cette phrase est l’une des principales contraintes qui empêche bon nombre de femmes de parler de leurs amours ne serait-ce que dans un journal intime, cet espace où l’on se dévoile à soi tout en pensant s’adresser à une foule invisible. C’est totalement exclu dans une société qui considère l’écrit comme un bien commun où le père exerce son droit, le frère sa virilité naissante, la mère son devoir de gardienne de chasteté.

Ceci ne veut en aucun cas dire que les femmes s’interdisent à l’amour, au contraire, mais elles le vivent en combinant prudence et discrétion.

Voilà une lutte que les femmes vivant sous le poids de la tutelle livrent depuis des lustres, pour pouvoir vivre le plus élémentaire et le plus biologique des droits n’ayant pour arme que la maîtrise du mensonge et le débordement de l’imagination.

Une femme du peuple élue par ce dernier, pourra t-elle défendre une telle cause dans tout autre société qui décrète que l’amour est une exclusivité masculine ? On est fière de son fils quand il débute l’amour et on crie au scandale et la honte quand c’est la fille qui tente le délice !

Alors la femme du peuple ne sera t-elle pas taxée de ruineuse de mœurs ?





Je me rappelle comme si c’était hier de Sarah, cette merveilleuse jeune fille de dix-sept ans que l’on surnommait "Natacha". Elle était délurée, enjouée, vêtue souvent d’un Jeans qui collait à ses pulpeuses fesses, un chemisier d’où bondaient des seins fermes et audacieux. C’était les années 70, l’époque de la libération des mœurs et elle y avait crût.

Elle avait eût le courage où la témérité de ne point cacher son amour pour Yassine dont les bouclettes de cheveux étaient à ravir, le regard rêveur, n’ayant d'yeux que pour sa dulcinée.

Les braises de leur amour réchauffaient l’austérité du quartier, et par la même occasion faisaient déferler le flot de rumeurs sur la nubile qui a humé la puanteur de ses aisselles, la côte tordue qu’il faut s’empresser de redresser.

Sarah avait perdu son père, de ce fait son sort dépendait des bonnes grâces de son beau frère et de ses oncles paternels.

Ils n’ont pu jouir de leur amour estudiantin que quelques semaines, qu’ils garderont certainement comme étant les plus beaux jours de leurs vie.

Le beau frère, un jeune marié qui était censé être un défenseur de l’amour, avait proclamé le couvre feu et Sarah s’était retrouvée retranchée chez elle loin des regards tentant de son éphèbe.

C’est alors que les négociations ont commencé afin d’avorter l’amour par un mariage arrangé au nom du pudiquement correct.

Personne ne demandait à Sarah ce qu’elle ressentait, elle n’avait droit qu’à des injures humiliantes écorchant son honneur ainsi que toutes les belles proses qu’elle avait composé avec un Yassine décomposé, errant dans les rue de Meknès, n’ayant aucun soutien vu que l’amour au masculin est une affaire légère, le jeu des futés qui confondaient amour et faire succomber une fille.

Se satisfaire le plus longtemps possible et à la fin de ce parcours de plaisirs ludiques, demander à sa mère d’arranger un mariage convenable avec une vierge qualifiée de progéniture de bonnes gens.

La gardienne de la chasteté, la mère de Sarah, avait jugé bon de cibler un cousin qui vivait en France. Il était ce qu’on appelait un vacancier, systématiquement considéré comme un bougre aux atours prosaïques.

Ni Sarah, ni Yassine n’avaient pu lutter pour défaire la manigance qui se tissait sous leurs yeux. Sarah est aller jusqu’à menacer de mettre fin à ses jours, elle n’a eût comme réponse qu’un "sale petite éhonté, c’est la meilleure chose que tu puisses faire de ta vie". Mais elle craignait dieu et une petite voix lui disait qu’elle perdrait et sa vie et son au-delà.

La date du mariage avait été fixé pour l’été, le rendez vous annuel des vacanciers qui déferlaient à la période estivale, histoire de se ressourcer.

Le choix de la gardienne de chasteté était judicieux. L’heureux promu ignorait tout au sujet de sa future épouse, excepté sa beauté qu’il avait pu admirer à travers une photo qu’on avait soigneusement découpée puisque Yassine y figurait.

Sur cette photo, Sarah avait atteint le summum de sa beauté, c’était une femme amoureuse, épanouie au regard éclatant de vie et de sensualité.

Moha n’avait point demandé d’explication quant à l’histoire de la photo puisqu’il ne croyait guère qu’un jour il jouirait d’une telle beauté. Il avait tort, au Maroc et surtout à cette époque, le seul et unique défaut qu’on peut reprocher à un homme c’était sa poche. Un apollon à la poche trouée n’avait qu’à se résigner et accepter de sceller son destin à celui d’un boudin qui ne se gênera point de lui rappeler qu’il ne valait que du vent.

La transaction avait eût lieu comme prévu, Sarah trônait sur la Mratba, le visage inondé de larmes à ses côtés Moha, vibrant de bonheur. Les convives croyaient que c’étaient des larmes de pudeur et que la nubile avait du mal à quitter les siens.

Quant à Yassine il avait versé ses premières larmes d’adulte abusé, dépassé par les codes d’une société damnant tout sentiment qui ne s’inscrit pas dans la sphère des liens reconnus comme sacrés.

A la naissance de son premier bébé, Sarah était toujours éprise de Yassine, elle avait profité du fait qu’elle se trouvait loin du "qu’on dira t-on" pour donner au nouveau né le prénom de l’amour de sa vie.

C’est ainsi que Natacha s’est retrouvé avec un cœur refroidi, n’ayant d’indulgence que pour les mâles qu’elle avait engendrés.

C’était le prix de sa chute.





oumray@yahoo.fr


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