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L'Echo du Village - Accueil n°319 - Jeudi 2 décembre 2004
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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode 29.

Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. L’expédition d’Irlande (1796 – 1797) deuxième partie. Pourquoi l’Irlande ?

Depuis la conquête définitive de l’île par Cromwell au XVII° siècle, l’Irlande était devenue une colonie anglaise. Les Britanniques exploitaient sans vergogne les ressources de l’île tout en maintenant la population dans un statut de quasi esclavage. L’idée de libérer ce peuple colonisé pour s’en faire ensuite un allié était séduisante à tous points de vue pour les dirigeants révolutionnaires. Depuis le début de la révolution, la jeune république française avait toujours cherché à exporter son idéal de liberté vers d’autres peuples en proie à des régimes tutélaires traditionalistes.

Le général Hoche, le promoteur de ce projet, ne ménageait pas ses efforts pour convaincre le directoire : « Maintenant que nous avons repoussé une guerre civile des côtes de France, il faut rapporter ce fléau sur les côtes d’Angleterre et lui rendre en soulevant les catholiques d’Irlande les maux qu’elle nous a fais en soulevant les Bretons et les Poitevins. »

Il allait trouver en la personne de Théobald Wolfe Tone, un brillant second pour plaider la cause de l’indépendance irlandaise.

1) Qui était Théobald Wolfe Tone ?

Originaire de Kildare, Wolfe Tone était devenu avocat à Dublin. Il s’était rapidement passionné pour la défense de son pays et des intérêts de ses concitoyens catholiques très malmenés par les colons anglais qui avaient accaparé toutes leurs terres. Il avait constitué à Belfast le premier parti nationaliste du pays, la société des Irlandais unis, en associant les protestants du nord avec les catholiques du sud. Ce mouvement recruta auprès d’une fraction d’Irlandais progressistes et des classes sociales les plus diverses de la société Irlandaise. Les Irlandais Unis qui haïssaient la couronne britannique et l’Anglais, furent rapidement séduits par les idées de la révolution française. Il formèrent un directoire secret dés 1794 et sollicitèrent l’appui de la France dans leur lutte contre l’Anglais par l’intermédiaire du pasteur protestant William Jackson. Malheureusement pour eux, le projet fut éventé. Emprisonné pour trahison, Jackson se suicida dans sa cellule le 30 Avril 1795. Dénoncé, Wolfe Tone dut s’enfuir aux Etats Unis, où il trouva une oreille attentive à ses revendications, ainsi que du soutien. Cependant, son mouvement décida rapidement de l’envoyer en France demander l’aide du directoire. Beaucoup d’Irlandais, des régiments entiers, se battaient en France aux frontières et certains d’entre eux, tels les généraux Clark et O’Shee, occupaient des grades élevés dans l’armée.

Le 2 février 1796, Wolfe Tone avait débarqué au Havre en provenance des Etats-Unis. Dès le 18 février, il commençait à demander des rendez-vous avec les membres du directoire et toutes les personnalités influentes de la capitale. Dés son arrivée, il avait bénéficié du soutien et du carnet d’adresses de ses nombreux compatriotes déjà installés dans la capitale. Idéaliste, sociable et plein d’humour, il devint rapidement la coqueluche des salons parisiens. Inondant les responsables de notes et de mémoires, parcourant au pas de course les salons et les ministères, plaidant sa cause avec acharnement, il faisait gagner chaque jour du terrain à ses idées, malgré les fortes réticences du directoire.

Sur son journal, il commentait ses rencontres et les résultants obtenus :

Le 22 février (3 ventôse an IV) : J’ai remis mon mémoire au ministres de relations extérieures. Nous avons eu une discussion de deux heures et nous obtiendrons bien moins de secours que nous ne l’espérions. La marine est dans un tel état que le gouvernement ne veut pas risquer une grande escadre ; il faudra passer à la dérobée. On nous donnera 2000 soldats d’élite, mais ni Pichegru, ni Jourdan. Nous aurons des artilleurs et autant d’argent qu’il en faudra…. »

Le 26 février (7 ventôse an IV). Conversation avec le ministre Delacroix : « Il me montra une carte de l’Irlande et j’en profitais pour développer une de mes idées personnelles, c'est-à-dire que si nous opérions en grande force, il faudrait débuter aussi près que possible de la capitale, dont la possession déciderait de toute l’affaire. Au contraire, avec peu de monde, il faudrait débuter tout près de Belfast, et pousser de l’avant pour occuper les montagnes de Mourne et les Fews, au moyen de quoi, avec l’appui de Lough Eyrne, nous couvririons toute la province d’Ulster et nous nous maintiendrions jusqu’à ce que nous ayons reçu assez de secours de la part de nos alliés pour marcher sur Dublin. »

Le 19 Mars : « Madgett est venu m’annoncer ce matin que le directoire a résolu de nous donner une brigade entière, c'est-à-dire 8 000 hommes. »

Le 20 Avril : « Le ministre me lit ses instructions : On nous promet 10 000 hommes et 20 000 fusils ; avec cela, je ne doute pas du succès. Nous aurons pour escorte 9 vaisseaux et 3 frégates. »

Dans les sphères gouvernementales, le principe de l’expédition était donc acquis dés la fin du mois d’Avril 1796. Wolfe Tone avait réussi sa mission.

Au mois de Juin 1796, le 24 prairial 1796, le général Hoche et Wolfe Tone se retrouvèrent dans le bureau de Carnot pour clarifier les préparatifs et les objectifs de l’expédition.

Le 19 Juin 1796, 1° Messidor an IV, le directoire exécutif envoya à Hoche sa lettre de mission.

« Le moment est venu, citoyen général, où le directoire exécutif doit vous communiquer sans réserves quelques projets qu’il a conçus et dont l’exécution doit être principalement surveillée par vous. Il s’agit, citoyen général, de rendre un peuple généreux et mûr pour une révolution à l’indépendance et à la liberté qu’il appelle. L’Irlande gémit depuis plusieurs siècles sous le joug odieux de l’Angleterre. Les defenders nombreux qu’elle contient sont déjà secrètement armés pour l’en affranchir, et l’espoir seul des secours que peut lui donner la république française a pu les engager à différer le moment d’une insurrection générale, dont l’arrivée de ces secours doit être le signal. Déjà, pour préparer cet événement intéressant, le Directoire a envoyé un agent secret et fidèle pour s’aboucher avec les principaux defenders, les instruire du lieu du débarquement des troupes françaises et prendre des mesures pour assurer le succès de l’entreprise. Détacher l’Irlande de l’Angleterre, c'est-à-dire réduire celle-ci à ne plus être qu’une puissance de second ordre, c’est lui enlever une grande partie de sa supériorité sur les mers. Il serait superflu de s’étendre sur tous les avantages que procurera à la France l’indépendance de l’Irlande ; vous saurez les apprécier ; c’est à vous de préparer ce grand événement avec sagesse et le secret qui seuls peuvent en assurer le succès. »

A suivre.

Condottiere01@yahoo.fr

Illustration : Théobald Wolfe Tone.


Condottiere


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