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La guerre sur mer pendant la révolution et l'empire.
Episode XXVI.
Série d’articles sur la marine de guerre à voile et les guerres de la révolution et de l’empire. La Constitution de l’an III. Le 13 vendémiaire, 5 octobre 1795.
1) La Constitution de l’an III.
Une fois Robespierre renversé, il fallut rapidement travailler à une nouvelle constitution. Dans un premier temps, on avait songé à demander à l’ex abbé Sieyès de s’occuper de sa rédaction. A l’époque, ce digne homme était considéré comme étant « le premier architecte politique » de France. Il avait également la particularité, selon un bon mot de Bonaparte, d’avoir épousé en légitime mariage une très belle jeune femme en plus d’être séculier.
Cependant, « l’oracle » n’aimait pas travailler en groupe et les onze membres de la commission chargée de la rédaction de la nouvelle constitution durent se passer de ses services. Le trait principal de cette constitution était le retour au « régime électoral restreint et censitaire ». Pour avoir le droit de voter, il fallait payer un impôt, le cens. Le corps législatif était divisé en deux chambres indistinctement élues au scrutin de liste départemental et renouvelables par tiers tous les ans. La première chambre, les cinq cents, avait seule le droit de proposer les lois. Elle ne pouvait convertir ses propositions qu’en « résolutions » dont le conseil des anciens, la seconde chambre, ferait les lois. Le citoyen Galiani, un des auteurs de ce texte, avait dit à Barras : « Plus le peuple auquel vous avez affaire a de pétulance naturelle, plus, si vous voulez lui donner une représentation nationale, vous devez diviser les chambres. » Il avait également ajouté « qu’en en donnant une douzaine à un peuple de singes, il en fallait au moins quatre aux français ». Le gouvernement serait donc élu par les chambres et composé de cinq membres, les directeurs. La trésorerie nationale, en clair les finances, lui avait été retirée pour être confiée à des « commissaires » élus par les députés. Le directoire ne disposait pas non plus du droit de veto et n’avait pas le droit de nommer les fonctionnaires. Cependant, dans la pratique, il fut dans l’obligation d’usurper ce droit pour obtenir l’obéissance de l’administration. En fait, cette constitution garrottait le pouvoir exécutif, et les directeurs allaient s’en plaindre amèrement à plusieurs reprises.
La nouvelle constitution fut adoptée le 5 fructidor, 22 août 1795, par la Convention. Il était également prévu de la soumettre à un plébiscite, mais comme on se méfiait des citoyens qui étaient devenus très hostiles aux conventionnels, on décida que les militaires seraient également admis à voter.
En effet, la convention était devenue très impopulaire. Partout en France, plus personne ne voulait « réélire ces coquins ». En fait tous, sauf une cinquantaine, étaient assurés d’être balayés à la prochaine élection. Pour certains d’autres eux, à l’instar des régicides comme Tallien, il fallait régner ou mourir. Alors les conventionnels eurent recours à un coup de force. Le 5 fructidor, Tallien fit voter un décret annexé à la Constitution qui stipula que les deux tiers des députés élus au Corps Législatif, cinq cents, devraient être choisis parmi les membres sortants de la Convention. Pensant avec raison, compte tenu de leur impopularité, que deux précautions valaient mieux qu’une, les députés allèrent encore plus loin, le 13 Fructidor, en décrétant que si les électeurs ne réélisaient pas les cinq cents, « ce nombre serait complété par ceux qui seraient élus en son sein». En fait, les conventionnels se donnaient le droit de choisir eux-mêmes les futurs représentants du peuple.
2) Le 13 Vendémiaire, 5 octobre 1795.
Les royalistes étaient les premiers alliés des Jacobins depuis le début de la révolution. En refusant toute réforme, ils avaient précipité la fin de la monarchie et poussé la France dans les mains de la « clique » de Robespierre. Beaucoup avaient profité des lois d’amnistie votées après la chute de « la montagne » pour rentrer en France. Paris se remplissait de Chouans et d’émigrés pressés d’en découdre avec la convention qui était en bute à l’hostilité croissante du peuple. Pensant le moment venu, ils débutèrent leur insurrection le 12 vendémiaire, 4 octobre 1795. Malgré l’impréparation des royalistes, la convention se montra incapable de maîtriser la révolte et la situation dégénéra rapidement.
Devant l’urgence de la situation, Barras fut appelé au commandement suprême le 13 vendémiaire. N’étant pas un stratège, il se tourna vers les anciens officiers Jacobins présents à Paris qui étaient depuis quelques mois en disgrâce. Devant le danger, les ex-officiers Robespierristes n’hésitèrent pas à se porter au secours d’un des responsables du 9 Thermidor. Ils avaient compris où était leur intérêt et espéraient ainsi regagner leur place. Au premier rang de ces hommes figurait Napoléon Bonaparte. Le petit officier Corse qui s’était distingué à Toulon en 1793 était alors en fâcheuse posture. Non seulement il avait été destitué après avoir refusé le commandement d’une brigade dans l’Ouest, mais en plus, il passait pour être un robespierriste impénitent, ce qui n’était pas un péché véniel dans la France de l’après Thermidor. Tout de même, il ne laissa pas passer sa chance et se rallia « aux pourris » en se présentant aux Tuileries vêtu de son uniforme râpé, la tignasse emmêlée et la figure pâle.
Il fallait un artilleur à Barras, et il prit le « petit Bonaparte » avec lui. Quarante pièces d’artillerie étaient stockées aux Sablons, près de Chaillot, en grand danger d’être enlevées et utilisées par les royalistes. Aussitôt Bonaparte envoya Joachim Murat, un risque tout, officier du 21° chasseur, s’en emparer. Murat courut bride abattue jusqu’au sablons, sabra les royalistes présents sur place, et ramena les canons aux Tuileries en un tour de main. Avec une batterie de 40 pièces d’artillerie, renforcées par des troupes venues de la banlieue, Bonaparte avait transformé les Tuileries en forteresse imprenable.
Rassemblés sur le pont neuf, les royalistes tentèrent alors de s’emparer du château des Tuileries à partir du quartier de l’église Saint Roche. Cependant, ils tombèrent nez à nez sur les canons de Bonaparte. A la première canonnade, les insurgés s’enfuirent en courant. Ils firent un second essai en essayant d’attaquer le palais royal par le quai Voltaire, mais ils furent également repoussés par l’artillerie. Une charge de cavalerie menée personnellement par Barras en compagnie de Murat nettoya ensuite la rue de Richelieu et le centre de Paris. A dix heures du soir, tout était terminé. Les derniers royalistes furent chassés de Paris le lendemain. Le 14 vendémiaire à midi, la sédition était étouffée.
A l’exception de quelques meneurs rapidement condamnés à mort, la répression fut très modérée, et la plupart des royalistes auteurs d’émeutes parvinrent à s’enfuir sans être inquiétés.
Soudain, un seul homme émergeait : Barras. Il était le grand vainqueur de ces journées. Il témoigna aussitôt sa gratitude envers Bonaparte en lui confiant le commandement de l’armée de l’intérieur. Celui-ci prit aussitôt de grandes mesures militaires pour protéger la convention expirante et le directoire naissant. « Bonaparte, que diable est-ce cela ? » disaient les français. Ils allaient rapidement apprendre à mieux le connaître.
A suivre...
Illustration : La canonnade de l'église Saint Roche.
Condottiere01@yahoo.fr
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