Radins et Écolos, même combat ! ?
"Le syndrome du Titanic" et "Vivez plus riche, vive les radins"
Associer radins et écolos, cela peut a priori sembler bizarre. Et pourtant ! Il n’en est rien. C’est du moins ce que l’on peut conclure après avoir lu deux livres fort différents en apparence, celui de Nicolas Hulot, "Le syndrome du Titanic", d’une part, celui de Jacques Dutertre, "Vivez plus riche, vive les radins" d’autre part.
A priori, les deux ouvrages ne « boxent pas dans la même catégorie ». Le premier est l’œuvre d’une personnalité fortement médiatique et médiatisée, le second d’un auteur qui a peut-être une bonne douzaine de livres pratiques ou de romans à son actif mais qui est – qu’il ne se vexe pas de cette affirmation – un illustre inconnu. Le premier est paru chez un éditeur de belle taille (Calmann-Levy), le deuxième chez un petit éditeur (Bonneton). Enfin, les sujets traités pourraient sembler, à première vue du moins, n’avoir rien en commun. Mais regardons-y de plus près.
De quoi parle Nicolas Hulot ? D’un désastre annoncé pour notre planète… et pour l’humanité. Nous sommes tous les passagers inconscients de la planète Terre qui se déplace à la manière d’un Titanic confiant dans ses cloisons étanches en cas de collision avec un iceberg. Ainsi, dans un style d’écriture qui ne va pas sans rappeler le léger et sympathique zézaiement avec lequel il s’exprime oralement dans ses émissions de télévision, il se lamente de voir les dirigeants politiques de tous bords ne rien faire ou ne pas en faire assez pour prendre les choses en main de manière sérieuse et efficace. Qu’il s’agisse de dérèglements climatiques, de pollution, d’usage immodéré et incontrôlé des ressources naturelles, animales, végétales ou minérales, Nicolas Hulot ne cesse de prendre son bâton de pèlerin et de rappeler et décrire les multiples actions qu’il a entreprises personnellement. Il évoque notamment les contacts qu’il a pu avoir avec des hommes d’état et des politiciens de tous bords. Il accorde des bons points (Chirac, Fabius,…) et des mauvais (le président Bush ne trouve pas grâce à ses yeux et il attaque violemment certains lobbies industriels). Il dénonce le fait que quand, enfin, on commence à légiférer, les textes finaux sont édulcorés, pour ne pas dire dénaturés et n’auront ainsi pas l’efficacité nécessaire. Bref, son livre entier est un cri de désespoir et un pamphlet contre les inconsciences et les inactions coupables, volontaires et involontaires. Au global, son ouvrage se lit avec intérêt mais, au bout du compte, le lecteur risque de trouver qu’il est un peu trop répétitif. Il est aussi amené à se demander en quoi cela fait avancer réellement le "schmilblick".
Et Jacques Dutertre, dans son "Vivez plus riche, vive les radins", de quoi parle-t-il ? De l’art de faire des économies. Là, il ne s’agit pas d'un pamphlet mais de propositions concrètes présentées avec le sourire et de manière plaisante. Que propose-t-il ? Des pistes d’action qui, même si on n’en applique que quelques-unes, permettraient des économies annuelles se chiffrant en centaines et même en milliers d’euros. Le tout, généralement sans efforts extraordinaires et sans changements fondamentaux de son mode d’existence. C’est là qu’on peut faire le lien avec le livre de Hulot. En effet, nombre des suggestions de "Vivez plus riche, vive les radins" sont d'excellents exemples d’écologie appliquée. Foin de grands discours, on est dans le concret. Parmi les multiples suggestions, citons celle de limiter l’usage de sa voiture personnelle pour les petits déplacements urbains : que de fois on recourt à son véhicule par paresse ou habitude alors qu’on pourrait s’en passer ! Cette recommandation toute simple, non seulement économise du carburant et réduit l’usure de la voiture mais contribue aussi au bien-être de tous en diminuant la pollution (les courts déplacements sont les plus polluants) et en ménageant les ressources naturelles. Dans ce même esprit, il y a aussi nombre de suggestions pour économiser l’eau. Et l’électricité ? Jacques Dutertre rappelle que certains « trucs » simples, s’ils étaient appliqués par la moitié seulement des Français, permettraient d’économiser un ou deux réacteurs nucléaires ! Bref, on voit comment chacun d’entre nous peut faire avancer le "schmilblick" de l’écologie tout en faisant des économies. Qui dit mieux ?
La conclusion ? L'écologie se cache parfois là où on ne l'attend pas.
D'un côté, "Le syndrome du Titanic" est une lecture intéressante et agréable, même si l'ouvrage est un peu une redite d'un livre précédent ("Combien de catastrophes avant d'agir ?" ). Son auteur « surfe » sur son incontestable notoriété et insiste beaucoup sur l'indispensable action macro-politique mais on aimerait qu'il s'intéresse aussi aux actions directes et pratiques envisageables à petite échelle qui ne relèvent pas des seules autorités morales ou politiques.
En comparaison, "Vivez plus riche, vive les radins" est un livre beaucoup plus terre à terre et sans prétentions planétaires, ce qui ne l'empêche pas d'être au moins aussi convivial et, surtout, plus directement concret. Les lecteurs qui en appliqueront les recommandations "au raz des pâquerettes" feront des économies mais, en prime, ce faisant, ils seront amenés à agir, effectivement, immédiatement et concrètement, de manière écologique. C’est une belle satisfaction !
In fine, de manière inattendue, ces deux livres sont complémentaires. Directement ou indirectement, ils oeuvrent, chacun à leur façon, en faveur d'un meilleur respect de l'écologie.
dumarest
|