Baise-moi (Virginie DESPENTES)
Un raté
Edité une première fois chez FLORENT-MASSOT (1994), puis chez GRASSET (1999), ce livre recueille un succès incontestable puisqu’il est réédité chez J’AI LU (2001). Il est vrai que le titre a tout pour accrocher et que le film qui sera censuré, fera de la publicité pour l’ouvrage.
On pourrait attendre de GRASSET qu’il nous offre de la littérature et BAISE-MOI semble être une anomalie, car BAISE-MOI n’est même pas une œuvre grand public, mais elle sombre dans un style familier, une littérature érotique vulgarisée pour éditeur spécialisé.
On peut donc en déduire que la direction littéraire de GRASSET a cru flairé un filon comparable à EMMANUELLE, mais des choses manquent à BAISE-MOI.
Voyons d’abord celles qui auraient pu faire une véritable révolution :
Nadine et Manu sont deux amies. La première adore les films pornos et la seconde se fera violer dans les premiers chapitres. Elles se rencontreront ensuite et fuiront vers la mer.
Ici, on a un peu l’impression de relire « 37°2, le matin », mais en plus violent. Elles forcent leurs victimes à leur donner leur numéro de carte bancaire, avant de les tuer.
Mais, les deux filles se comportent comme des mantes religieuses. Elles tuent leurs amants, elles tuent pour le plaisir, elles tuent avec sadisme.
Ce n’est que vers la fin que la police viendra mettre fin à leurs agissements.
Certaines femmes pourront se réjouir de voir que deux filles dominent par la force.
Ce qui manque au livre :
Manu est indifférente au viol, c’est plausible, mais on ne la cerne pas. Sans faire une analyse poussée, l’auteur aurait dû insister sur l’aspect psychologique de ses personnages, sur leurs réactions face aux meurtres, sur leur manière de vivre le sadisme.
Malheureusement Virginie DESPENTES donne l’impression d’avoir écrit un brouillon, et il est inconcevable que GRASSET ne s’en soit pas aperçu.
Un écrit brut sur deux sujets aussi délicats que le sexe et la violence ne pouvait qu’indisposer un jury. Evidemment le film, c’est du cinéma, mais là aussi, le film n’est pas un porno au sens rigide du terme. BAISE-MOI est le miroir d’une société en ébullition.
Virginie DESPENTES est passée à côté du sujet. Une ou un autre reprendront les mêmes ingrédients, et ils réussiront la révolution avortée de l’auteur.
René MORIN
Illustration : Peinture de François BOUCHER
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Pour en savoir plus
• Le site du film (Interdit aux moins de 18 ans)
Pour avoir une idée plus objective
http://www.baise-moilesite.com
• Emmanuelle
L'auteur d'Emmanuelle, contrairement à Virginie DESPENTES, a provoqué une révolution malgré elle. Révolution qu'elle n'a pas compris !
http://echo.levillage.org/248/4698.cbb
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