Ménage en grand
Coup de sang d'une ménagère
« De l’eau de toilette ! Ah, ah, ah ! De l’eau de toilette ! C’est idiot : l’histoire de ce belge qui, voulant faire comme son chef, se parfume à l’eau de toilettes et s’assomme avec la lunette. Ridicule ! Mais cela me revient maintenant, comme ça, sans que je ne puisse l’empêcher. Ce doit être les nerfs. »
« Les nerfs, oui ! C’est vrai que je me suis un peu énervée, mais j’en pouvais plus. Où était-il mon bel amant des premières heures ? Ce svelte chevalier qui m’avait courtisé avec tact et élégance. Quelle sadique sorcière avait bien pu lui jeter un tel sort et le métamorphoser ain-si ? »
« Quand je pense que, des décennies durant, j’ai supporté les sar-casmes irrévérencieux de cette bouée mal rasée, gonflée à la bière, à l’alcoolisme sportif ! Se moquer de mon physique déclinant, quand même ! C’est l’hôpital qui s’fout de la charité, non ? »
« Cette masse gélatineuse qui, à peine rentrée, faisait grincer les ressorts du canapé, zappette dégainée, s’inquiétant simplement de son repas du soir ! »
« Et les jours de pluie ! Quand il rentrait les pieds tout crottés, que je venais de passer la serpillière et qu’il ne trouvait rien de mieux que de traverser le salon pour allumer Sa télé, avec Sa zappette, pour regarder Son match, de Son équipe, en sirotant Sa bière. »
« Et puis, combien de fois me suis-je éveillée au cœur de la nuit tenaillée par une envie pressante ? Incapable de résister mais désireuse de rester au plus près de Morphée, je me rendais aux toilettes tous feux éteints, yeux fermés, pour m’asseoir dans l’humidité glacée d’un malpropre incapable d’uriner sans imiter les chutes du Niagara ou d’éclabousser les bords de la lunette. Parce qu’en plus il ne la levait pas la lunette, pensez, c’était bien trop fatigant ! Et ça, au mieux de sa forme, car des fois, c’était sur le Lino même qu’il pissait ce cochon-là ! Vraiment répugnant, non ? »
« Alors faut me comprendre aussi, hein ? Mais quand je suis rentrée de courses tout à l’heure et que je l’ai trouvé à quatre pattes dans les toilettes, en train de vomir ses bières sur les wc que j’avais récurés le matin même, commissaire, hé ben j’ai craqué ! Oui, là, j’avoue, j’ai explosé ! Je sais que j’aurai pas dû, mais j’ai pas pu résister. Je lui ai claqué le couvercle des toilettes sur la tête du plus fort que je pouvais. Et puis je me suis assise dessus. Comprenez, mais quelques gouttes de sang de plus ou de moins au milieu de ce foutoir, vous savez, commissaire… »
« Vous la connaissiez l’histoire ? Celle du belge je veux dire. Ha, ha, ha ! De l’eau de toilettes… »
emmanuel.grison@wanadoo.fr
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