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L'Echo du Village - Accueil n°262 - Jeudi 25 septembre 2003
Rubrique société animée par aucun responsable. Postulez !


Une journée sans voiture
Une mauvaise bonne idée.

La France est à l’instigation des manifestations appelées « Journées sans voiture ». Le 22 septembre 1998 a été une première mondiale. Mais quand une bonne idée est assénée au lieu d’être enseignée, elle devient une mauvaise idée, ou pire encore une idéologie.

Une diffusion mondiale décevante
La France est à l’instigation des manifestations appelées
"Journées sans voiture". Le 22 septembre 1998 a été une première mondiale.
Qu’en est-il cinq ans après ?
Des crises de rage et « ras-le-bol » en tout genre dans les interviews de rue du 22/09/2003. Une rapide visite aux journaux en ligne donne : "Une immense pagaille" ( Figaro du 23 septembre), un vide intégral dans Le Monde (même date).
Une recherche sur le net s’avère tout aussi décevante. Soit on n’en parle pas, soit on rencontre une flopée d’organismes et d’initiatives locales sans relation les unes avec les autres.

On a encore une fois, l’impression que ce genre de manifestation ne plaît qu’à ceux qui ne conduisent pas ou n’ont pas besoin de leur propre moyen de transport. Diviser pour régner voilà le sentiment qui se dégage d’une opération dont les résultats devraient au contraire réjouir le cœur de tout le monde.


Une application maladroite
L’action de fermer autoritairement une ville à la circulation ne semble pas donner les résultats escomptés. Si c’était une opération médiatique, on aurait pu trouver mieux.
Des barrages qui sont soit forcés, soit renvoient en sens inverse des automobilistes écumants de rage.
Des embouteillages dantesques, des autos dont le moteur a tourné plus de trois fois plus longtemps que d’habitude, les professionnels du transport (taxis, camions, etc..) Exaspérés et vitupérateurs. Chacun rejetant la faute sur les autres.
Seule, Montpellier a eu le bon réflexe d’annuler l’opération en raison des inondations qui auraient décuplé les embouteillages.

Au moins, Londres a appliqué une autre méthode. Quitte à laisser les gens rouler au cœur de la ville, on a fait appel à leur finances et à leur civisme, sans pour autant interdire par la force. A croire qu’on regrette ici le "Verboten" tant haï.

L’impression générale d’un ratage complet, le sentiment des automobilistes d’être une fois de plus pris en otage et montrés du doigt.
Il semble qu’en France, la seule façon de faire changer les habitudes, soit de mettre les usagers de l’automobile à l’index et les traiter comme du bétail. Cloués au pilori et désignés comme les fauteurs de trouble, les automobilistes sont rendus responsables te toute la pollution. Cela évite de parler des industries polluantes qui fonctionnent 24h sur 24, si l’on en croit les cheminées qui environnent Paris.
Cette offrande à la vindicte publique n’est pas vraie pour tout le monde.. Je serais personnellement plus content et plus convaincu si les supporters des attentats et des bouteurs de feu en Corse et dans le Midi faisaient l’objet d’un tel ostracisme.


Des résultats mitigés ou décevants
En échange d’une interdiction forcenée, sans plan d’aide aux conducteurs bloqués, génératrice d’embouteillages monstrueux à la périphérie des zones interdites, « le trafic a été réduit de 27% à 15 h sur l'ensemble de Paris et de 61% dans le centre, (info mairie de Paris). Pour ce qui est autour de ces zones, on oublie de mentionner, les congestions, les stationnements sauvages et ce que tout cela entraîne de circulation de vélos et de rollers, voire même de motos sur les trottoirs, au grand mépris et aux risques accrus pour les piétons.


Une goutte d’eau dans la mer
Un millier de villes en Europe, au Brésil, au Canada, à Taïwan ou en Argentine auraient "participé". Sont-ce les plus polluantes ? Et les autres ?
N'avez vous jamais observé un carrefour de rues à Bangkok ? Point n’est besoin d’appareils de mesure de la pollution : On la voit et on la respire !
Avez vous "roulé" à New York le long de Manhattan, vers le Brooklyn Bridge, et sur les autoroutes de Long Island surnommées "les plus longs parkings du monde" ou à Miami ou à Los Angeles ?
Nos petits embouteillages ne sont que pets de rossignols a coté des émissions de résidus de carburations et de climatisations.
Et je ne mentionne que les lieux que j’ai visités.

Qui n'a jamais entendu parler de journée sans voitures dans ces villes? Ils sont pourtant légion. Que représente une journée de coercition exercée sans ménagement sur les automobilistes français, alors que le monde entier pollue largement plus sans se poser la moindre question.


Un accompagnement négligé
Au lieu d’interdire et de verbaliser, il eut été mieux d’organiser, et de sécuriser, les transports pour amener les personnes au plus près de leurs lieux de travail et de leur permettre d’y stationner leur véhicule avant de prendre les transports en commun. D’aménager les horaires de ces transports pour couvrir les besoins de flexibilité, de réduire les coûts.
Alors, pourquoi a-t-on laissé les conducteurs accéder aux zones d’interdiction totale ?
A quoi rime d’interdire quand les gens sont obligés d’aller travailler?
Coincés entre les diktats aveugles et l’incompréhension totale de leurs patrons pour tout type d’excuses concernant la ponctualité et l’assiduité, que peuvent-ils faire?.
"Garez-vous n'importe où. C'est aussi une journée sans PV", (un gardien de la paix dans Libération)
Des motos qui forcent les barrages (le plus souvent sur les trottoirs…)
Sont-ce là les symboles d’une opération pensée ?


Des passe-droits (encore et toujours)
Les passe-droits s’en donnent aussi à cœur joie.
Si l’on en croit Libération :
-Paris "devant la Banque de France, une voiture seule a mobilisé l'attention. Avec l'aval des autorités, une marque japonaise a profité de l'absence de circulation pour tourner une publicité pour son nouveau modèle devant des riverains éberlués".
-Marseille n’a pas participé à cause le la foire Internationale,
-Bordeaux à cause des travaux,
-Amiens pour cause de ras-le-bol ou d’indifférence…


La résistance
Les conducteurs ont très certainement résisté ou tenté d’ignorer cette mesure.
Comment leur reprocher leur incivisme ? Outre les interdictions totales, ils doivent subir sans mesures compensatoires,
-les couloirs de bus et taxis,
-les couloirs réservés aux cyclistes (qui deviennent un piège à vélos aux croisements ),
-le stationnement interdit (qui cesse de devenir gênant quand il devient payant)


La vie est une galère
Et pour finir, une société où l’industrie automobile sert de baromètre économique, où on encourage l’achat de voitures, où l’on fustige le manque de personnel pour l’obtention du permis où l’on surtaxe les carburants, les assurances, les contrôles techniques obligatoires, où la moindre manifestation pédestre, cycliste ou festive monopolise l’espace qu’ils croyaient leur être attribué.
Si l’on veut transformer Paris en Venise, que l’on prenne alors les mesures qui permettront à cette conurbation de fonctionner, et que l’on arrête de culpabiliser des gens qui ne font que s’adapter aux moyens qui leur sont offerts.


Je crains que ces journées n’aient bien plus sensibilisé les gens à la faiblesse de l’organisation de leur cadre de vie, qu’à la pollution qu'ils provoquent.

Mybeau
mybeau@myb.levillage.org


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Mybeau
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