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Le coupable idéal
Si le froid était un assassin, un meurtrier au sang chaud, alors la banquise du pôle nord, les terres gelées du Canada, du Groënland et de Charleville Mézières ne seraient qu’un vaste cimetière, blanc comme un linceul, silencieux comme un poisson. Les tombes glacées des Inuits, des Lapons, des bûcherons canadiens aux grosses chemises cotonneuses à carreaux s'y entasseraient, pêle-mêle, confusément.
Si le froid était une épidémie, une peste noire, un choléra, une syphilis, les stations des ski de Chamonix, de Courchevel et de Megève ne seraient plus que de sinistres charniers où les corps de skieurs au bronzage idiot, bleuis par le froid, emmaillotés dans des suaires aux couleurs éclatantes et fluorescentes, parsèmeraient tristement les pistes rouges, noires, bleues et vertes.
Si le froid tuait, alors les halls de gare seraient des morgues bondées et Hagen Däs serait poursuivi pour crime contre l’humanité.
Si le froid était un accident d’avion, un Titanic, un attentat aveugle, un 11 septembre, un bombardement, alors ni la femme, ni l’enfant, ni le vieux, ni le pauvre, ni le riche, ni les chiens, ni les sportifs, ni le député ne lui échapperaient. La loi du froid est rude mais c’est la loi et elle est la même pour tous.
Si le froid était un sérial killer, un Jack l’éventreur insatiable, un boucher assoiffé de tripes et d’entrailles, un vampire des Carpates, alors les sans domicile, les sans voix, les sans sous, les sans couleurs, les sans chaleur, ne casseraient leur pipe qu’en hiver. Pourtant curieusement ils meurent aussi en automne. Et puis au printemps. En été. Tout au long de l’année.
Si le froid était un mangeur de Kurdes, un rempailleur de chaise électrique, un butagaz d'otages, un casseur de kosovars et de papillons, un animateur mortel de radio mille collines, alors peut-être que le froid serait un jour jugé au tribunal de La Haye. Peut être.
Le froid ne tue pas. Il est innocent comme l’agneau qui vient de naître. Il plaide non coupable (d’ailleurs maître Collaert n’est pas son avocat). Il est victime d’un complot, d’une erreur judiciaire et sémantique, d'un crime parfait. Le froid lui le sait bien. Le vrai coupable ce n'est pas lui, c’est la misère, la sale pauvreté.
torpedo@gmx.fr
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Torpedo
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