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L'Echo du Village - Accueil n°215 - Jeudi 7 novembre
Rubrique société animée par Floriet


Des racines et des ailes de la violence
Les secrets de fabrication d'un citoyen moderne

L'article suivant essaie d'aborder un des tabous de la société moderne. Il tente d' analyser un procédé fondamental, qui alimente les racines capitales de la violence ainsi que ses champs d'expression principaux. L'auteur résume ce procédé avec le terme de " ségrégation sociale ". On peut considérer l'article comme une variation libre sur le thème abordé déjà par Charles de Gaulle : " La démocratie (le système de multi-partisme), c'est la pagaille. "

L'analyse et la critique marxiste du capitalisme, malgré lucide sur certains détails de sa nature politique et économique, paraissent erronées dans leur ensemble car elles excluent l'analyse d'un phénomène psychologique essentiel, qui est antérieur au développement des classes économiques et de l'opposition supposée antagoniste entre " travail " et le " capital ".
Un bref rappel de certaines particularités des sociétés dites primitives, antérieures au capitalisme moderne et aux sociétés de type féodal, peut aider à mieux comprendre la portée de cette négligeance.
Une des différences les plus marquantes réside dans les rapports quasiment opposés qu'entretiennent leurs membres avec la nature et avec leur environnement de vie immédiat. Dans le cadre des réflexions proposées c'est moins l'aspect écologique de cette différence que l'aspect social et psychologique qui nous intéresse, car il semble produire des conséquences bien plus importantes pour l'ensemble de la société, la mentalité dominante de ses membres et le niveau réel de leur cohésion sociale.
On peut facilement constater que le rapport de l'individu à l'espace naturel de son environnement est fondamentalement opposé dans les deux formes de société et que cette différence se manifeste dès le plus jeune âge pour ses membres. Le désir naturel de l'enfant à explorer son environnement naturel avec la plus grande liberté de mouvement et d'action possible se trouve encouragé et satisfait - en tout cas pas handicapé - dans un cas tandis qu'il se voit freiné, réprimandé et pour la plupart du temps refoulé dans l'autre cas. Les conséquences de ce rapport individuel très différent à l'espace et à la liberté de mouvement semblent pourtant rarement abordées par les études sociologiques traditionnelles. La thèse centrale de cet article est que la séparation imposée de l'espace naturel de vie génère une frustration vitale dans un premier temps et de la violence dans un deuxième temps. Une autre observation du comportement dit naturel des enfants qui grandissent dans ces formes de sociétés différentes n'est pas moins intéressante. L'intégration d'un enfant dans un groupe se fait naturellement ici, car le système social de référence est unique (l'union et l'unité de la tribu) et la même intégration se fait difficilement dans l'autre cas, car les systèmes de références sociales sont multiples et diffèrents selon les signes et privilèges d'appartenances sociales variées. Un enfant qui ne rencontrerait aucune difficulté d'intégration ici et qui sera spontanément admis et accepté par l'ensemble du groupe, se verra traité, admis ou exclu, en fonction d'exigences d'appartenance social particulières dans l'autre environnement qu'on peut qualifier comme étant dominé par les critères d'une ségrégation sociale. L'ensemble du système d'éducation nationale ne fait ensuite que renforcer ce phènomène d'intégration sélective et d'exclusion méthodique sur lequel il repose en utilisant les différents critères et moyens de sélection, d'intégration et d'exclusion, qui lui sont propres. Il instaure ainsi durablement un " esprit de classe " avant que celui-ci se manifeste économiquement et politiquement pour créer les fractures sociales, culturelles et politiques qui apparaissent aujourd'hui de plus en plus clairement dans toute leur ampleur. Il suffit de voir certains pays africains ou le modèle scolaire de type occidental a été imposé, pour se rendre compte des effets durables qu'il entraîne sur les mentalités et les habitudes de vie de ceux qui l'ont parcouru. Les jeunes, qui se reconnaissaient et se parlaient naturellement, se retrouvent, après l'expérience du système éducatif adopté, repoussés dans les tranchées de l'individualisme et contraints à subir des crises identitaires artificielles. L'angoisse, la peur de l'échec, l'esprit de concurrence s'installent durablement comme sous-produits de " l'éducation moderne ", qui génèrent à leur tour de nouveaux conflits sociaux au nom du progrès et de la réussite économique. Il apparait même plausible que l'instauration violente, car imposée, de la ségrégation sociale soit une des raisons principales du renouveau des idéologies racistes et de la hausse constante de la criminalité, que nous sommes forcés de constater dans toutes les sociétés industrialisées, qui s'estiment aujourd'hui, à tort où à raison, porteurs et représentants privilégiés des hautes valeurs de la civilisation humaine.
En quoi nous aide cette théorie sur la ségrégation sociale à mieux comprendre la réalité des sociétés d'aujourd'hui ? A quel niveau se manifeste la violence refoulée et générée au cours de ce que les " spécialistes " de la question appellent un peu trop vite le procédé de " socialisation ". Juste deux mots pour aborder cette question des effets de la violence, qui sera plus amplement traitée dans un autre article : Le sentiment (l'identité tribale) spontanée, qui se trouve à la base des soi-disants sociétés primitives, nourrit celui du partage et de la solidarité. Le sentiment (et l'identité tribale) aliéné produisent l'effet contraire, celui de la division sociale organisée ainsi que les attitudes de compétition négative (la victoire de l'un sur l'échec de l'autre) et de l'individualisme (" chacun pour soi et Dieu pour tous "). C'est ainsi, que les valeurs, que l'on pourrait qualifier de " naturelles " de l'existence humaine se trouvent méthodiquement remplacées par des valeurs artificielles d'un système de gestion particulier de l'existence humaine, c'est-à-dire par les valeurs du pouvoir et de l'argent en tant que moyen principal d'y accéder. Un exemple significatif devrait suffir pour illustrer ce processus ainsi que sa portée, la dégradation du tissu social au milieu rural due à l'industrialisation et la recherche exclusive de la productivité et de la rentabilité. Ceux qui ont vécu les deux milieux de vie, avant et après l'industrialisation de l'agriculture, savent de par leur propre expérience, que l'entraide, le partage et la solidarité spontanée qui existaient auparavant ont pratiquement disparu aujourd'hui de ce même milieu de vie. Une remarque paraphrasée de Bob Marley éclaire le même contexte. " Un jeune qui grandit à la campagne - non industrialisée - apprend naturellement qu'une récolte nécessite l'investissement de patience et de travail personnel. Un jeune qui grandit exclusivement dans un milieu urbain a une vision toute différente de la réalité. Le seul obstacle qui le sépare apparemment de la satisfaction de tout ou de la plupart de ses désirs est l'argent."
L'effet le plus remarquable de la ségrégation sociale organisée est donc la soumission individuelle et collective au pouvoir matériel et au moyen principal qui symbolise l'accès ainsi que la possession de ce pouvoir, l'argent. Les fondements du capitalisme sont donc en premier lieu de nature psychologique et sociale et non politique, ni économique. Les structures politiques et économiques des sociétés matérialistes ne sont que les expressions des réalités intérieures qui les génèrent et en tant que telles, marquées par une recherche, obsédée et pour la plupart illusoire et vaine, du sentiment et de la cohésion tribale perdue. Le prix à payer pour l'ascension " sociale " promise et promulguée dans nos sociétés soi-disantes modernes et civilisées se manifeste au niveau national aussi bien qu'au niveau international à travers une déchirure systèmatique du tissu social et une insensibilité, collective et individuelle, croissante face au phénomène de la misère. Pour trouver des solutions réalistes aux problèmes croissants de la modernité qui menacent de plus en plus, non seulement l'ordre intérieur des pays industrialisés mais également l'ordre et la stabilité politique mondial il suffit pas de confirmer aveuglement les idéologies dominantes, qui ont nourrit, et qui continuent à nourrir, la reproduction des inégalités sociales et qui forment, justifient et reproduisent les principales causes et effets dévastateurs de la violence organisée au nom du progrès et des valeurs universelles de l'humanité.

AnarchoTroll


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