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Les beaux champs d'Isabella
La cigarette
La beauté du soir dont le soleil couchant rosissait en rougeoyant le ciel
gris de gros nuages contenus, effaçait celle de l'instant où, amoureux, il
s'était penché vers elle en lui murmurant grave et inquiet qu'il l'aimait.
Cécilie regardait le soleil, son ami de toujours, se coucher à travers les
vitres du troquet Parisien où les étudiants se réunissaient après leurs
cours.
Cécilie n'était pas sensible au charme d'Albin, mais ses rêves nourrissaient
son imaginaire, et sa vie affective s'alimentait de cette rêverie où son
héros, jamais ne la contrariait, ni ne la bafouait et lui disait en tous
points les mots d'azur qu'elle souhaitait entendre.
Albin se prit " une veste "!
C'était un garçon de vingt deux ans, blond et subtil, avec un sens de
l'humour un peu noir, mais pour qui l'amour était une grande affaire.
Il était encore vierge à vingt deux ans.
Lorsqu'il parlait à Cécilie, sa voix baissait insensiblement jusqu'à en
devenir un murmure, et la jeune fille avait dû tendre l'oreille pour saisir
ce " je t'aime ", mais frivole coquette de vingt ans qui n'aimait que danser
et flirter sans conséquences, comment aurait-elle pu s'apitoyer sur Albin,
ce copain
qui lui paraissait sombre, trop sérieux, inquiétant, elle qui jeune papillon
voletait de coeur en coeur sans que jamais aucun ne la stabilise, ni ne la
blesse!
Elle était moqueuse et se riant de lui, dans une pirouette de son esprit
léger, elle lui demanda:
- Je ne t'ai pas bien entendu Albin, peux tu répéter ta phrase?
Mais Albin blessé au coeur, et tâchant de le cacher s'était levé de la
banquette du bistrot, où depuis deux heures ils parlaient en vieux amis, et
se dirigeait, prompt et meurtri vers la sortie.
En franchissant la brasserie " Aux trois Baudets " il se cogna maladroit à une
femme d'une quarantaine d'années, à la mise classique et aux cheveux bruns
attachés en catogan d'une manière sévère.
La bonne éducation qu'avait reçu Albin lui intima de s'excuser!
La femme tenait entre ses doigts effilés aux ongles parfaitement manucurés
une cigarette non allumée, et le jeune homme fouillant ses poches lui offrit
du feu!
Il se sentit ridicule que ce fut avec une vulgaire boîte d'allumettes, à la
place de quelque briquet Dupont ou Christian Dior...Albin était un peu snob,
sa riche famille l'ayant accoutumé à un luxe, qu'il jugeait à présent
indispensable!
Les yeux si noirs de la femme le pénétrèrent, il ressentit un frisson de
peur, de plaisir et d'angoisse, en se demandant ce qui pouvait l'attirer
chez cette inconnue, lui qui voyait amour, fiançailles, mariage, enfants,
dans cette logique des gens d'avant guerre, qui ne se posaient aucune
question existentielle.
Il n'était pas dans les habitudes d'Albin d'être attiré par une femme de
l'âge de sa mère, il trouvait aux femmes dites " mûres " quelques lourdeurs
dans les hanches et les seins, de celles qu'on acquiert avec les ans qui
passent, et cette plénitude qui signe les femmes heureuses.
L'inconnnue regardait le jeune homme d'une manière soutenue qui frisait
l'insolence ou le coup de foudre, et lui déjà timide de nature, se sentit
défaillir sous un regard déshabilleur et connaisseur.
Il était si près d'elle que son parfum oriental et voluptueux lui montait
aux narines, mêlé à l'effluve mentholée de la cigarette que fumait
maintenant l'inconnue, et qui dérangeait Albin lui qui ne fumait que pour
accompagner ses copains de faculté, et pouvoir ainsi mieux s'intégrer au
groupe.
A l'arrivée d'un nouveau client,la porte à battant leur claqua au nez,
détruisant le charme et l'inconnue dit
- Merci, jeune homme
d'une voix rauque et ensorcelante.
Le quittant sur un rire de gorge qui le fit bander, et ne se retournant pas,
elle alla s'asseoir en salle " fumeur " et Albin resté pétrifié de désir
contenu, le pantalon gonflé, vit s'approcher Cécilie qui ayant ramassé ses
affaires scolaires l'avait rejoint!
- Tu as l'air gêné lui dit -elle intuitive...mais naïve, ne pensant qu'à
son précédent aveu, elle ne pouvait imaginer qu'une inconnue venait de
prendre dans le coeur de son prétendant, la place qu'elle y occupait si peu
de temps auparavant.
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Andréa Pastor Iñigo ©
Andréa Pastor Iñigo
Pour me contacter:
andreanephtys@caramail.com
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