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Histoire du Théâtre N°3
Théâtre antique, suite
L'acteur antique dans son espace.
Signification des masques.
Sujets mythiques et sujets politiques induits par la vie de la cité.
L'acteur antique dans son espace
Entre l'acteur unique de la scène grecque primitive et le nombre de personnages que nécessite la comédie romaine, la différence est fondamentale.
Le poète Thespis joua le premier un rôle d'acteur puis Eschyle porta à deux le nombre des comédiens, donnant naissance au dialogue. Sophocle fit intervenir trois acteurs et fit peindre la scène,
introduisant les prémisses de ce qui deviendrait ensuite un décor.
Ces acteurs étaient tous de sexe masculin, s'ils sont figés maintenant par la sculpture ou la peinture, nous ignorons tout de leur voix, de leur gestuelle.
Nous ne pouvons donc les évoquer qu'en les ramenant à leur symbolique, le masque et le costume.
L'acteur antique s'efface totalement derrière son rôle, le masque cache son visage et déforme sa voix. La robe et le manteau déguisent si bien son corps, qu'il est réellement aux yeux du spectateur le ou les personnages qu'il joue. En effet, un acteur tient parfois plusieurs rôles différents dans la même pièce.
Dans la tragédie de Sophocle , l'acteur interprête Antigone puis Hémon. Dans Les bacchantes d'Euripide, le deutéragoniste incarne Penthée ainsi que sa mère et meurtrière Agavê.
La part des dialogues réalisés par le même personnage à transformations est faible dans la tragédie grecque et le public reporte son attention sur la skênê et l'orkhêstra
où évolue le choeur antique. Ce détournement de l'attention permet à l'acteur de modifier en coulisses son apparence par divers artifices :
- L' oncos du masque, les hautes semelles des cothurnes , les rembourrages divers progastridon ventral ou prosternidion pectoral.
- Les couleurs symboliques sont fortement tranchées, blanche pour les vieillards, jaune pour les femmes, rouge pour les dignitaires.
Cette surprésentation de l'acteur unique jouant plusieurs rôles ne peut s'expliquer que par la pauvreté du décor Attique.
Appollodore d'Athènes et Clistène d'Erétrie développent une skénographie en inventant les décors : un palais, une tente, un temple dans la tragédie.
Des maisons privées dans la comédie, un paysage marin ou rustique dans le drame satyrique. Ces décors pouvaient monter et descendre,à l'instar de nos systèmes actuels de cintres.
Nous sommes davantage renseignés sur le statut social des comédiens. Professionnels à Athènes, leur rôle a pris une dimension politique pendant que se tarissait la création poètique. La voie devenait disponible pour des rôles d'ambassadeurs bénéficiant d'une véritable immunité diplomatique et monnayant leurs services aux plus offrants.
Démosthène s'insurgea contre ces acteurs "qui prennent prétexte de leur art pour faire le plus grand mal à la Cité"
Dès -279, les acteurs s'organisèrent en associations synodoï d'artistes dionysiaques, fortement structurées et corporatistes. Leur existence dura jusqu'à la fin de l' Empire romain.
Les masques
Dans les rituels primitifs, les masques étaient taillés dans l'écorce des arbres. Les masques portés par les acteurs se composaient d'une carcasse de chiffons, recouverte d'un crépi de plâtre que l'on peignait pour caricaturer les traits. A partir du IIIe siècle avant notre ère, le réalisme influença la plastique des masques.
Les masques tragiques étaient au nombre de vingt huit,ils comprenaient six vieillards, huit éphèbes, huit femmes et six esclaves.
Les masques comiques étaient plus nombreux, quarante six dans les pièces de Ménandre, Plaute et Térence.
Ces masques restituaient toutes les facettes de la comédie humaine.
Sujets mythiques, sujets politiques
Les personnages du théâtre antique ne cessent de hanter les scènes et les imaginations. Les héros de la tragédie ont en commun d'appartenir à la fois au monde des mortels et au monde des dieux.
Personnages d'un univers spécifique, ils ont développé le mythe dans lequel chacun a inscrit sa propre philosophie.
L'intérêt porté aux activités dramatiques - spectateurs
attentifs à Athènes et bruyants à Rome - nous impose de nous tourner vers ce public, comme s'ils étaient eux-mêmes devenus acteurs d'un passé enfoui.
La prise en charge de ces activités ne pouvait se faire que par rapport aux citoyens. On a tenté de réduire ce public à la seule présence des hommes, répartis selon leur rang social en évitant soigneusement les exclus. les esclaves ne sont pas autorisés à envahir les gradins. Les dames ont " le droit " de regarder sans faire de remarques, de se contenter de rire très discrètement et de modérer les éclats de leurs propos. Nous avons là l'exemple parfait d'une société machiste et élitiste, unie dans l'éphémère communion de l'illusion.
Ne demeurent de cette vie théâtrale que des fragments formels : quelques monuments éboulés, des pièces en nombre infime, des écrits théoriques d' Aristote, de Pollux et de Vitruve.
De la France classique à l' Allemagne romantique en passant par l'Italie avec Fra Giocondo, Serlio et Palladio
chacun a adapté, copié, transformé un modèle dont il a tenté à la fois de ressaisir la pureté originelle et la remarquable efficacité.
Sources BNF
Nous vous proposons la semaine prochaine, l' Histoire du théâtre Médiéval . Un millénaire de ténébres sépare ces deux époques.
Victoire.Ducrocq@wanadoo.fr
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