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L'Echo du Village - Accueil n°188 - jeudi 18 avril
Rubrique société animée par Floriet


Le puritanisme américain
Ouvrons le débat

On pourrait le définir comme un véritable phénomène de société, pourtant les avis à ce sujet sont encore très controversés. On arrive toujours à la même conclusion, celle qu'on ne peut pas conclure. Il n'y a que les Normands qui sauraient se satisfaire d'une telle réponse. Après tout, il ne s'agit pas de condamner ou de dénoncer mais plutôt d'y penser et de réaliser un condensé d'idées.

Historiquement parlant, pas de problème majeur, on désignait sous le nom de puritains les membres de diverses sectes d'inspiration calviniste qui se formèrent parmi les protestants les plus rigides d'Angleterre et d'Écosse sous le règne d'Élisabeth 1ère (dès 1559). Le Bill des 39 articles de 1563 était jugé par les protestants les plus sévères insuffisamment dégagés du « papisme » ; mais leur opposition la plus forte était dirigée contre la haute Église anglicane (qui maintenait une hiérarchie ecclésiastique et subordonnait l'Église à l'État). Prétendant suivre la parole de Dieu dans toute sa pureté, ils entendaient la débarrasser de toute superstition et de toute intervention humaine. L'Église anglicane procédait à une véritable épuration dans ses rangs et définissait sa doctrine avec plus de rigueur. A la fin du règne, la prison et l'exil avaient eu raison de beaucoup de puritains. Plus tard, aux motivations religieuses s'ajoutèrent des mobiles politiques. Appartenant essentiellement à la petite noblesse rurale et à la bourgeoisie, les puritains étaient fortement représentés à la Chambre des Communes : ainsi ils pouvaient facilement s'opposer à toute extension de la prérogative royale. En réaction à la trop grande frivolité de leurs opposants, ils s'opposèrent vite à toute forme de loisirs (art, théâtre, musique ?). Nombre d'entre eux émigrèrent en Amérique, jusqu'à ce que l'exode fut interdit par Charles 1er en 1637. La situation devint fort tendue et le mouvement puritain après bien des tentatives, s'atténua considérablement à la fin du XVIIème siècle.
La culture puritaine des États-Unis provient d'un petit groupe de Nottingham, qui après avoir fait un crochet par la Hollande, a atterri sur les côtes américaines où pourraient s'exprimer librement leurs aspirations religieuses. C'est sur les côtes du Massachusetts que se construisit une colonie prospère. La fondation de leur société esquissait déjà quelques-uns des traits de la société américaine future. Malgré leur politique démocratique, leur tolérance était limitée. Ils se laissèrent aller à des gestes extrêmes, telle la chasse aux sorcières qui en 1692, fit trembler les habitants de la petite ville de Salem et s'étendit ensuite à l'ensemble de la colonie.

Aujourd'hui le temps des sorcières est bel et bien révolu, pourtant la culture puritaine fait toujours autant parler d'elle et c'est d'une autre frayeur qu'elle envahit certains. Il est vrai qu'un dilemme règne au c½ur de la société américaine : on parle du puritanisme américain et ça a son importance, car pris en ces termes, on englobe ainsi l'ensemble de sa population. Pourtant les faits retracés dans les journaux, à travers la télé, relatant les derniers exploits de nos amis américains, ne sont pas sans nous laisser perplexes.

En Amérique, un des aspects les plus caractéristiques et révélateurs, est la crise de l'éducation. En laissant de coté le fait que cette crise s'étende probablement à une bonne partie des pays industrialisés, il faut dire que cette crise, au moins ces dix dernières années, est devenue un problème politique de première grandeur. Certes, il ne faut pas beaucoup d'imagination pour déceler les dangers d'une baisse constante des niveaux perceptibles à travers tous les systèmes scolaires. Les innombrables et vains efforts des autorités pour endiguer le mouvement soulignent bien la gravité du problème. Quoi qu'il en soit, il est normal de se demander où on va chercher toutes ces idées d'un éventuel puritanisme américain.
Si on prend la définition historique, le puritanisme, c'est vivre à travers la parole de Dieu et ainsi rejeter toute forme de violence, visuelle et physique, sans parler bien évidemment de la sexualité qui ne doit en aucun cas être ne serait-ce que suggérée. Pourtant en ce qui concerne la violence, les Américains ne sont pas les derniers à s'y adonner et il ne semble pas nécessaire de donner quelques exemples. Que ce soit à la télévision - dans les films et les talk-shows - ou bien même à travers ce que rapportent les médias - entre les diverses offensives à l'étranger ou même au sein de leur société ( violence urbaine, criminalité, délinquance ?) - rien ne laisse suspecter de telles valeurs. Alors finalement tout ceci laisse penser que le puritanisme ne s'applique pas à l'ensemble de la société, mais simplement à un groupe bien défini d'Américains sans doute tout droit descendu de la communauté de Nottingham.
A cette question de l'éducation, on pourrait éventuellement l'expliquer en disant simplement que l'autorité ne joue plus aucun rôle dans la vie publique et ainsi dans l'environnement familial, ou du moins ne joue plus qu'un rôle très contesté. Peut-être sommes-nous en train de désavouer, consciemment ou non, les exigences du monde et son besoin d'ordre ? Pourtant les enfants ne peuvent réellement rejeter l'autorité comme s'ils se trouvaient opprimés par une majorité d'adultes. Mais il est vrai qu'on semble considérer les enfants comme une minorité opprimée en quête de liberté. Si les parents refusent cette autorité c'est alors qu'ils refusent d'assumer la responsabilité du monde dans lequel ils ont placé leurs enfants.
Aujourd'hui, on peut dire que cette situation est symptomatique de l'aliénation du monde que l'on peut observer partout, mais que les conditions d'une société « de masse », font apparaître sous une forme particulièrement radicale et même pour certains désespérée, aux États-Unis.

La crise de l'autorité dans l'éducation va étroitement de paire avec la crise de la tradition, c'est à dire la crise de notre attitude envers tout ce qui touche au passé. Cette crise de la tradition est incontestable. L'ambiguïté vient du fait que l'on pense contre la tradition tout en lui empruntant ses instruments conceptuels. Ainsi, ce n'est pas l'ensemble de la société qui tend à faire de l'ancien temps un temps révolu, ou du moins, en bâtissant un nouveau monde et de nouveaux modes de penser on s'appuie sur les bases solides d'un passé, certes révolu, mais pourtant inhérent. Voilà ce qui pourrait bien être la principale cause du dilemme du puritanisme américain.
Prenons l'exemple des grandes productions cinématographiques. Il est certain qu'elles ont changé, qu'elles ont été tout à fait révolutionnées ; pourtant ce sont les moeurs qui n'ont pas su évoluer avec leur temps. Lorsqu'un film est interdit au moins de 12 ans aux États-Unis, il est autorisé à tous les publics en France. Ici le poids de la tradition américaine se fait ressentir infailliblement. La question est de savoir si la force de la tradition, l'emprise qu'elle a sur la pensée des hommes, dépend de la conscience qu'on en a ? Si le détenteur des valeurs est la société, l'est-elle consciemment ? Où est-ce le poids des années qui l'a emporté sur les valeurs ? Hannah Arendt nous disait que la tradition voulait que la vérité fût en dernière instance perçue seulement en une vision sans parole et sans action. C'est un peu le cas du puritanisme : tout est là inhérent à la vie, mais rien n'est montré rien n'est suggéré comme si nous devions garder pour nous tout ce que tout le monde sait déjà.
Maintenant, autre contradiction, prenons les films qui marchent le mieux aujourd'hui aux Etats-Unis, au choix : Marie à tout prix, Hannibal, American Pie, Scream ? Toute une série de films qui prônent violence visuelle et psychologique, boucherie, sexe, exhibition ? Lorsque 2001, L'odyssée de l'espace est ressorti au cinéma, il y a de ça un an en format cinémascope, ce fut une aubaine pour les Européens, trop heureux de pouvoir voir ce film dans de tels formats, croyez-vous sincèrement qu'il eut un même succès aux Etats-Unis ? C'est pour le marché européen uniquement que ce film a été restauré. Les exemples ne manquent pas en ce qui concerne le cinéma et sont souvent incontestables. Le « bien » a perdu son caractère d'idée, de norme par laquelle le bien et le mal peuvent être pesés et reconnus. Suffit-il de nous inculquer des règles de vie, et même plus lorsqu'il s'agit de puritanisme, pour nous confiner dans une société aux valeurs plus de trois fois centenaires ? Tout nous le démontre.
Quoi qu'il en soit, le débat reste animé, et certains voient même à travers les grandes productions américaines un tout autre message : la peur, la haine des corps qui hante le puritanisme américain se manifeste à nouveau ; dans les fictions cinématographiques, la mort peut être exhibée certes, mais à grands renforts d'effets spéciaux, et ainsi annulée à force de spectaculaire outrancier. Contrairement à cela, le cinéma français continue à marquer son originalité, à se distinguer du cinéma américain. Avec son plus petit budget, il accorde peu d'importance aux effets spéciaux, comme dans les films d'action, de science-fiction et d'épouvante américains. Il donne encore souvent plus d'importance aux dialogues qu'à l'action et donne plus de poids à la psychologie des personnages. Il laisse parfois le spectateur décider la fin du film qui ne finit pas toujours bien, les bons et les méchants étant en général des personnages nettement bien moins définis. Les Français acceptent mieux la nudité dans leurs films, mais sont souvent bien moins tolérants en ce qui concerne la violence.
Aux Etats-Unis, tout est silence sur les extrêmes de l'existence, interdiction de connaître le destin de la chair ! Un face à face avec la vérité est redoutable, voire même atroce. Pendant les conflits d'Afghanistan, le Congrès a voté un budget pour soutenir l'enseignement de l'abstinence dans les écoles. Quel est le but de toutes ces démarches, faire des Hommes des corps asexués ? Un peintre, Mark Rothko disait : « j'affirme qu'il ne peut y avoir d'abstraction si chaque forme, chaque espace n'a pas de la chair et des os, de la vulnérabilité au plaisir et à la douleur ». Donner un son, une couleur, une odeur, une image à cette vulnérabilité, n'est en rien une marque de faiblesse me semble-t-il, c'est tout simplement humain, c'est affirmer la force d'une humanité qui en ces temps est de moins en moins présente aux Etats-Unis comme ailleurs, simplement parce que les priorités sont données aux affaires économiques et politiques ; on en oublierait presque que les Etats-Unis sont le pays de la liberté.
Le puritanisme américain est-il si hypocrite et si excessif qu'on le laisse entendre ? Je ne le sais, seulement de plus en plus, chaque fois qu'il y a un problème, il y a toujours un groupe intolérant pour agresser les autres : les femmes qui avortent sont persécutées par les abolitionnistes, aujourd'hui on invente le harcèlement sexuel? Je ne veux en aucun cas me faire l'avocat du diable, d'autres s'en chargent déjà : en 1981, lorsqu'on détecta de nombreux cas de SIDA en Californie, on fit certaines études. Celles-ci laissaient paraître que la population homosexuelle était majoritairement touchée. Certains journalistes se sont précipités sur l'affaire, considérant qu'il ne s'agissait que d'une invention du puritanisme américain pour vilipender l'homosexualité. Est-ce qu'on ne mélange pas tout et n'importe quoi ?

Alors finalement le puritanisme américain est-il impudique ? Répondre que les filles d' « alerte à Malibu » sont une réalité, n'est ce pas un peu trop facile ? Quoi qu'on puisse en penser, il nous reste encore notre liberté intérieure, cet espace intérieur dans lequel les hommes peuvent échapper à la contrainte extérieure et se sentir libre. C'est encore le seul endroit où la pensée humaine demeure cachée à tous les regards, à l'observation des autres hommes, sauf à notre propre introspection.

Antoine BOOTOINE
bootoine@aol.com


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2 commentaires :
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les batarts de mangeur de hot dog - Par galimatia le 21 avril à 00:17

anculent leur goce et veul fere la morale.
kil von se fere metre
KILL OUT LES Amerlocks
Répondre

Excellent, ton article. Vraiment. Le top. - Par Jiel85 le 20 avril à 03:23


M'enfin bon.
Kesse ça fout sur l' Echo ?

On a bien assez de mal, nous, les gens de Bonne Volonté, à se cogner les fachos, sur ce site de merde. (Les Puritains j'en cause m'aiment pas)

Franchement, bfff..

Mais il est trés bien, ton article. Vraiment.

Jiel
(Premier degré)
*
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