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« Tu seras un clone, mon fils ! »
Préparons les moutons de demain
Parents, veillez bien à ce que vos chères têtes blondes et brunes ne sortent pas du rang et correspondent strictement aux normes établies, si vous voulez éviter les foudres de l’Education Nationale.
A chaque nouvelle rentrée scolaire, c’est la coutume, les instituteurs accueillent en grande pompe et avec leur sourire des grands jours, leurs nouvelles recrues.
Quelques semaines s’écoulent gentiment avant que ne commencent les grandes manœuvres pour faire entrer les derniers irascibles gaulois et autres mini-citoyens dans le moule prévu par le programme dit « pédagogique.
Pédagogie signifie selon notre bon vieux Robert, la science de l’éducation, l’art d’élever la jeunesse. Mais il semble que nous ne disposions pas tous, parents et enseignants de la même version…
Ainsi, lors de la première réunion, destinée à justifier les appels de fonds supplémentaires qui seront sollicités tout au long de l’année, l’ébauche des aspérités ou imperfections du modèle est abordée : « C’est un enfant charmant, obéissant, discipliné… mais … cependant, il est un peu trop autonome ! » (entendez par-là que votre gamin n’attend pas la fin des explications pour commencer à bricoler son exercice ou enfile seul son blouson dès que l’heure de la sortie à sonner sans attendre que l’institutrice réalise qu’il y a déjà cinq minutes qu’elle aurait dû cesser son cours pour permettre aux enfants de partir déjeuner.
Certains enseignants vous diront aussi : « Votre enfant est trop curieux, il pose sans cesse des questions sur le cours et de fait, perturbe le bon déroulement de la suite du programme car il déclenche des séries d’interrogations de la part de ses camarades. .
De même, si votre gamin reste silencieux en classe, travaille et obéit aux consignes, vous serez accusé de ne pas l’éveiller suffisamment au monde extérieur, entraînant chez lui, un sentiment de frustration dans le groupe classe.
Bien entendu, fort de ses conseils avisés puisqu’ils proviennent de gens « formés » continuellement pour transmettre leur savoir, vous vous efforcez dès le retour à la maison de formater votre gamin pour qu’il réponde dès le lendemain aux exigences de la vie scolaire.
Malheur à vous, si vous échouez dans cette démarche car votre progéniture fera alors l’objet d’une étude approfondie. En bref, vous aurez l’honneur d’être le parent d’un cobaye, disséqué, observé dans les moindres détails de son comportement pour tenter de définir où se trouve le bug génétique. C’est écrit dans les manuels de formations pédagogiques :
« Un enfant ça ressemble à ceci et ça doit agir ainsi. Dans telles conditions, vous devez agir de telle ou telle manière. Si rien ne correspond aux éléments présentés dans ce manuel, c’est que vous vous trouvez devant un cas récalcitrant, un enfant à problème, sans doute en grande difficulté familiale, qui court à sa perte dans sa vie scolaire et de futur adulte si vous n’intervenez pas rapidement à son secours. .
Ainsi donc afin que votre enfant ne se sente pas marginalisé, malgré toutes ses « tares », il sera confié pendant trois demi-journée à un éducateur, une demi-journée à une psychologue et enfin ponctuellement, une demi-journée à l’équipe médicale qui validera les rapports établis par l’équipe pédagogique.
Résultat des courses : des gamins qui dépriment devant tant d’insistance à leur faire avouer des choses dont ils ignorent même le sens, se dégoûtent de leur travail scolaire qui ne ressemble plus qu’à une peau de chagrin et s’isolent des autres enfants dont les regards interrogateurs en disent long.
Autre spécimen remarquable, ce jeune prof d’EPS, fraîchement sorti des écoles, qui parvient à convaincre la proviseur, avertie des conditions difficiles d’exercer en ce collège classé en zone ZEP.
« Pas de problème, M’dame déclare le godelureau au perfecto de cuir et santiags. Les jeunes, j’ai grandi avec alors je sais comment les prendre. De plus, je vous propose de les occuper le mercredi après-midi en leur dispensant des cours d’arts martiaux ! »
Au premier refus d’obtempérer d’un élève de 6ème, il courra pleurer dans les jupons de la professeur principale : « M’dame, M’dame ! Le p’tit là, il ne veut pas m’écouter ! Faut absolument contacter ses parents pour qu’il le raisonne. »
Bien qu’il se promène dans les cours des établissements scolaires avec leur press-book bourré de diplômes et d’attestation de formation pédagogiques, les enseignants d’aujourd’hui ont encore beaucoup à apprendre.
Faut-il donc faire confiance à ceux qui possèdent la théorie sans maîtriser la pratique sous prétexte qu’il est de coutume qu’un enfant reçoive un enseignement scolaire dans un établissement ou les parents doivent-ils prendre un congé pour dispenser eux-mêmes les cours et ainsi compenser l’incompétence notoire de ceux qui semblaient dignes de le faire ?
serket@free.fr
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