Bine lad aine" & bin Laden
Des courbettes inutiles devant l'anglais, message d'un américanophile
Comprennent-ils mieux le monde, qu'ils sont payés pour nous expliquer ou améliorer, ceux qui nous parlent du "Saoudien" "bine lad aine", d'"Arabie Saoudite", qui désignent les habitants du Koweit et des Emirats Arabes Unis du nom de "Koweiti" et "Emirati" (à quand les "Israéli(s)" ou la copie-carbone de l'anglais "Israeli" ?), ceux qui nous disent que la France est "le troisième plus gros exportateur mondial" et parlent de "un virgule huit milliards de dollars", par exemple et, à la veille de la mise en circulation de l'euro, ne nous indiquent les montants qu'en dollars (sous-entendu "eu-est-ce") ? 20h00, France 2, 11/9/2001 : peu après les attentats, deux experts, dont François Heisbourg, en profitent pour nous assener des "bine lad aine" (Ben Laden, prononcé à l'américaine, comme de juste) à jet continu.
France-Inter, 21/9/2001 : Laurence Simon, intervenant de Washington, s'il vous plaît, y va par deux fois de son "bine lad aine" ; évidemment, elle parle tellement anglais, là-bas, dans La Grande Amérique, qu'elle ne peut qu'aligner ses propos in French sur la langue du Pays-Phare du Monde dit Libre. 12/14, France 3, 10/10/2001 : un certain Antoine Babous, directeur d'un observatoire des pays arabes, parle de "bine lad aine". France 3, 7/10/2001 : Christian Malar se demande si "M. 'bine lad aine' [est] en direct". Il parle aussi du "bras droit de M. 'bine lad aine'". On remarquera que M. Malar donne du "monsieur" à Ben Laden, comme le fait George Bush (Mr Bin Laden). On peut rapprocher cet alignement de la pratique qui consiste, sur le modèle anglo-américain, à désigner les femmes par leur seul patronyme ; à l'origine c'est ainsi qu'on désignait les domestiques, hommes et femmes, en Angleterre et dans ses dépendances. M. Malar est l'expert en politique internationale de France 3. Il pose, par exemple, à propos de l'Afghanistan, la question essentielle qui suit : "Est-ce que les Français peuvent être utiles militairement, sur le terrain ?" Bien entendu, M. Malar ne peut dire que "bine lad aine", même si on lui explique que c'est stupide (comme quoi une mode peut être stupide). "Complément d'enquête", France 2, 15/10/2001 : un type, la trentaine, expert (on s'en doute), nous balance du "bine Mahfloud", bras droit de Oussama Ben Laden, chargé des finances. 20h00, France 2, 26/9/2001, un membre du PS (français) : "Les 'bine lad aine' tels qu'on les connaît (...)". Dans deux numéros récents de Charlie Hebdo, Kamagurka écrit "BIN LADEN". Et "Les Guignols de l'Info", jamais en retard en matière de singerie de l'anglais nous ont asséné du "bine lad aine" pendant plusieurs jours (ils semblent s'être calmés, après un échange de courriels poivré avec votre serviteur - et d'autres, peut-être). Enfin, depuis les tragiques événements de septembre, la France s'est engagée à participer à la "guerre contre le terrorisme", décision politique sur laquelle je n'émettrai pas d'avis. Je ne vois pas en quoi le fait, pour notre président (celui de la République Française), dans son intervention télévisée de début octobre et de novembre, de parler du "refus du régime taliban de livrer 'bine lad aine' et les auteurs des attentats" contribue à l'effort de "guerre contre le terrorisme" ou à l'arrestation de celui qu'on nous présente comme l'instigateur des attentats. Il a recommencé ses "bine lad aine" et "régime" dans son intervention télévisée de novembre ; à quoi ça sert, franchement ? Ses conseillers, grassement payés (pour ça ???!!!), ont peut-être fait choisir à M. Chirac la prononciation francisée de la graphie anglo-américaine de "Ben Laden" pour faire "de son temps", "extra-balle" ou je ne sais quoi d'autre comme ridicule prétexte à courbette devant la langue des Maîtres du Monde. Même remarque pour l'emploi de "régime" au sens anglo-américain de "pouvoir en place", qu'il a in English. Notre régime à nous, pour l'instant, c'est la République. Qu'on ne vienne pas nous dire que M. Chirac ou ses conseillers parlent tellement souvent anglais - et si bien (tu parles !) - qu'ils sont sous l'influence de cette langue. D'ailleurs, quand on parle plusieurs langues, avec compétence, en tout cas, il paraît tout à fait improbable qu'on les mélange, en particulier dans une allocution enregistrée, l'enregistrement permettant de se corriger jusqu'à obtenir une version acceptable, non seulement en termes de "communication", mais aussi sur le plan intellectuel (voir ce mot dans le dico). Et puis, le Président de la République est aussi le chef de file de la Francophonie, n'est-ce pas ? D'ailleurs, un homme de l'âge de notre Président, amateur de franche rigolade, à ce qu'on dit partout, ne saurait ignorer la vieille "blague" sur Mohamed Ben Basculante...
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