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L'Echo du Village - Accueil n°167 - jeudi 22 novembre 2001
Rubrique société animée par Floriet


Je pense, donc je suis vraiment ? (1)
Critique des certitudes cartésiennes

En cherchant à appliquer sa méthode du doute méthodique, Descartes est arrivé à la première de ses certitudes, celle du 'Cogito ergo sum', - Je pense, donc je suis -. La question qui nous intéresse dans cet article est également celle de la conscience de soi, mais contrairement à Descartes, nous allons essayer de pousser le bouchon du doute méthodique un peu plus loin que lui. Pour augmenter le suspense et pour frapper légèrement la corde de la provocation, nous allons même énoncer la conclusion de nos arguments avant de présenter les arguments eux-mêmes. Nous prétendons premièrement, qu'il ne suffit pas de penser pour être et deuxièmement qu'on ne peut pas être sûr de sa pensée sans être sûr de son être.

Allons voir les arguments du premier postulat:

Il nous arrive fréquemment, en état de rêve, d'avoir la certitude de nos pensées. Pourtant notre environnement pourrait nous considérer comme morts s'il se fiait à l'apparence extérieure de notre corps. En état de coma profond, les activités physiologiques apparaissent réduites à un minimum et même si elles s'arrêtent définitivement, qui pourrait prétendre, preuve scientifique à l'appui, que la conscience en soit véritablement sortie s'étant éteinte avec les fonctions vitales du corps ? Il nous paraît légitime de maintenir l'hypothèse d'une continuité de la conscience au-delà de la mort physique si longtemps que la preuve du contraire n'a pas été fournie Mais si la possession d'un corps matériel vivant ne serait pas indispensable à l'état d'une conscience quel serait alors son critère d'existence, de quelle existence une pensée dépourvue de fondement corporel témoignerait-elle.

Passons aux arguments du deuxième postulat :

Nous sommes probablement tous déjà devenus témoins des étonnants pouvoirs et démonstrations des hypnotiseurs. Un être humain sous hypnose va à peu près penser et faire tous ce qu'on lui demande de penser et de faire. Sous la suggestion de l'hypnotiseur, il sera probablement prêt à se prendre pour un singe, un aigle ou une cuisinière, et si on lui dit qu'il ne peut plus penser de lui-même et que son hypnotiseur va dès lors penser à sa place, le pauvre cobaye de notre maître à penser finira peut-être par croire que lui-même ne penserait et n'existerait plus, qu'il serait devenu un clone parfait de son maître. Nous voulons démontrer par cet exemple que la certitude de la pensée a - pour devenir évidente et inattaquable - forcément besoin d'une certitude préalable de l'être. A mesure que cette certitude préalable de sa propre identité est altérée, celle de la pensée est nécessairement altérée aussi.
Combien d'êtres humains sont arrivés à passer leur vie dans des hôpitaux psychiatriques parce qu'ils ont justement perdu la certitude de leur propre identité physique ou mentale ? Combien parmi eux sont certes convaincus de penser sans pour autant pouvoir clairement affirmer leur être ? Il se peut qu'ils imaginent être quelqu'un d'autre tout en étant convaincus de l'identité de leur conscience, ou au contraire, ils ont la certitude d'une identité corporelle tout en étant convaincus que quelqu'un d'autre pense à leur place.

Bref, le point faible du système de la conscience de soi et donc de l'identité de la conscience n'est pas celui de la pensée, ni celui de l'être, car dans tous les cas de conscience soi-disant normale ou aliénée les protagonistes de tous bord croient bien penser et exister ; le point faible, qui cause problème dans toute tentative sincère d'éclairer les profondeurs de la conscience de soi est celui de l'identité du moi ; il est posé par la simple question que nous nous sommes probablement tous déjà posé : qui suis-je ? Nous avons l'impression, que le fameux 'Cogito ergo sum' du bon vieux Descartes néglige d'éclairer ces questions de fond qui, sans la certitude préalable de l'identité de soi, celle du 'cogito' comme celle du 'être' nous paraissent illusoires et de nature purement réthorique ou pour le dire autrement, l'argument principal de notre critique de la première certitude cartésienne est le suivant ; l'incertitude du moi et donc l'incertitude de l'identité de la conscience de soi ne peut ni produire la certitude de la pensée ni celle de l'être.
L'incertitude spontanée de soi et de l'identité de soi ainsi que les tentations inlassables et obstinées de la combler et de la transformer en certitude et stabilité se trouvent bien à l'origine d'un bon nombre de phénomènes qui semblent de tous temps caractériser le monde, la société est l'homme et nous paraît être responsable en grande partie également de ce qu'on appelle aujourd'hui communément la crise du monde moderne.

novanet


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23 commentaires :
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Complément d'info ! - Par Novanet le 28 novembre à 10:57

Je tiens également à préciser que le titre de l'article a été ajouté par la rédaction et qu'il pourrait avoir renforcé des malentendus
qui apparaissent dans certains des commentaires.
Si j'aurais du formuler le sujet central en forme d'une question, j'aurais ajouté 'Je pense donc je suis vraiment ce que je pense être ? (ou ...donc j'ai vraiment la certitude de l'être ?]

L'épineuse question de l'identité du moi pensante, la clef de voûte du 'cogito ergo sum' n'étant pas résolu par la 'première des certitudes cartésiennes', sa certitude de l'être - spécifiquement humaine - reste nécessairement encore assujetti au doute (qui doit avoir tellement rongé sa conscience auparavant qu'il se contente un peu prématurément d'une semi-certitude, qui apparaît noble et originelle si longtemps qu'elle se réfère à la pensée; mais le constat 'J'ai un pied donc je suis' aurait pu lui procurer déjà le même degré de certitude philosophique). Enfin pour être plus constructif dans la cri [...] Lire la suite
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Précisions utiles ? - Par Novanet le 27 novembre à 14:47

Pour résumer le sens de mes propos probablement trop maladroitement emballés: Ma critique de la soi-disante première certitude cartésienne porte essentiellement sur deux aspects:

1. L'apparente certitude du 'cogito ergo sum' est incomplète étant donné et si longtemps qu'elle ne nous renseigne pas sur la véritable identité du moi; existence sans véritable identité établie par la conscience à laquelle elle se refère ne peut pourtant ni procurer une véritable certitude de l'auto-conscience ni une véritable certitude de la pensée et de la productivité/'créativité' qui en découle.

2. Le 'cogito ergo sum' de Descartes sousentend 'Je pense donc je suis ce que je pense (être). A nouveau le manque de certitude quant à l'identité du moi affecte celle de l'être qui le suit et remet en question (provoque le doute) la certitude à laquelle elle fait allusion.

Vous me dites peut-être que Descartes était en possession d'une carté d'identité valable et que celle-ci l'a [...] Lire la suite
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L'au-delà ou les entités, un dieu ou des dieux - Par Jeanne-Lucienne Duchemin le 24 novembre à 22:19

là il va y avoir un choix à faire. Encore que si l'on considère qu'une pensée émise génère aussitôt une entité. Qu'il y a une vie après la mort de l'enveloppe corporelle. Il n'y a plus choix. Sauf, que nous passons le plus clair de notre existence terrestre à penser, même les idiots(en terme psychiatrique) émettent des pensées, donc que deviennent les entités crées après notre trépas.
Delaeter demande aux non croyants de tenter de prouver la non existence de dieu ou des Dieux. Je suprime l'existence de dieu, qui ce me semble est une pure invention humaine tentant de canaliser la barbarie humaine (de l'époque). D'ailleurs en écrivant l'ancien testament, ils ont fait fort. Les "dix commandements", plus simples à interpréter que nos lois actuelles, normal moins nombreux.
Si l'on considère que la galaxie est remplie de systèmes solaires, il y existe forcément d'autres civilisations dans le cosmos. Et l'une d'entre elle étant venue sur terre (voir les légendes des ci [...] Lire la suite
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Mais dites moi.... - Par Mithrandir le 24 novembre à 21:34

... ne seriez vous pas en train de vous confusionner quelque peu?

Lu dans les commentaires ci-dessous:
"Je pense = je suis".
Le problème de ce postulat, mon cher maxime, c'est que le signe "=" induit une notion de réciprocité qui n'est pas applicable à la réflexion de Descartes.
En effet, et je pense que Novanet s'y aventure dangeureusement aussi, le "cogito ergo sum" ne peut absolument pas se lire "sum ergo cogito".
En français, ça signifie que penser implique d'être mais pas le contraire.

Cette affirmation permet de dissiper les dissidentes nuées qui se sont risquées à tomber sur le texte de Novanet et les commentaires qui ont suivi.

Il faut aussi prendre en compte la signification quelque peu floue du verbe "être".
De fait, je pense, donc je suis dans quelque état que ce soit, l'êtat de conscience implique une notion d'existence, quelque elle soit.

Pour appréhender [...] Lire la suite
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Problème métho-psycho-philosophique - Par delaeter le 24 novembre à 16:55

Quand Novanet dit:
"Je pense Novanet, donc je suis vraiment Novanet".
Il n'en est plus très sûr (et nous non plus).
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Ainsi, les Dieux n'existent que tant qu'il y a .... - Par delaeter le 24 novembre à 15:55

... quelqu'un pour y croire (cad qui émet l'hypothèse de cette existence). A charge des non croyants de prouver le contraire. Je préfère donc te laisser croire tout et n'importe quoi.
Nouvelle hypothèse: 'Dieu n'existe pas".
Prouve le contraire.
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rien a voir avec Descartes - Par Hun@bku le 24 novembre à 07:36

Ton premier argument n'est pas bon, car tu demandes une preuve scientifiques, et bien la voila, Un scientifique (ou medecin ici) va te definir la conscience comme une activité éléctrique dans le cerveau, a partir du moment ou il n'ya plus d'activité électrique il n'y a plus de conscience.
Dans le 2eme argument tu pousse trop loin la phrace de Descarte, l'idée c'est que la seule chose dont on peut etre sur c'est qu'il y a quelque chose qui pense et qu'il suppose que c'est lui (et encore il n'est pas sur)
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La philosophie s'est aliénée elle-même. - Par p@®Fa!t le 23 novembre à 18:38


La vision des choses est ici intéressantes, mais comme dit, réfuter l'hypothèse est impossible - en apparence. Selon le réfutationnisme, je peux dire que les fantomes existent car rien ne peut prouver le contraire. Par contre, la science, elle, est belle et bien réfutable.

La philosophie, qui est à mon sens l'origine de tout enseignement, s'est peu à peu aliénée elle-même: il suffit de voir comme rebute cette matière aux étudiants. Pourtant l'émerveillement de toute chose est contagieux, et on peut, comme d'après Kant le constater a posteriori. Tout ceci est bien sur réfutable, et le doute lui-même, quoiqu'il en soit, est indispensable.

p@®Fa!t
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Prouver le contraire de l'hypothèse??? - Par delaeter le 23 novembre à 17:51

"Il nous paraît légitime de maintenir l'hypothèse de ... blablabla... si longtemps que la preuve du contraire n'a pas été fournie".
A ce train là, n'importe qui (par exemple novanet) émet n'importe quelle hypothèse (ex: les pensées de novanet sont induites à partir de l'étoile Sirius), et on refile aux autres le soin de prouver le contraire. On va bientôt se trouver noyé sous les hypothèses les plus farfelues.
C'est bien sûr plus facile de dire "Prouve moi que qu'il n'y pas d'homme invisible dans la maison", que de prouver qu'il y en a effectivement.
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Descartes - Par Médée le 23 novembre à 16:26

UN de mes anciens articles. Tu aurais dû soumettre ton article sous la rubrique culture, je n'ai pas l'habitude de dévorer les rédacteurs. :)

La philosophie vous rebute ?
La pensée de Descartes, pas (si) compliquée

René Descartes est l'auteur de la fameuse maxime : "Je pense donc je suis." Mais connaissez-vous véritablement le cheminement du raisonnement qui a conduit à cette phrase célébrissime ? Bienvenue dans Le discours de la méthode

Par la villageoise Médée







Descartes admet lui-même que chacun de ses propos ne doit pas être pris
comme une vérité absolue. Il se présente comme un homme qui crée un
système de valeur qui l'aide à mieux mener sa vie. Il ne prétend pas que sa
doctrine s'applique à tout homme et répugne à imposer ses points de vue. On
le trouve donc dans la poignée de philosophes partisans du libre arbitre.

Un philosophe simple et sincère [...] Lire la suite
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