Le joli conte du chat botté.
A l'usage des pitit' n'enfant'
Ah ! les jolis contes du temps jadis ! Rappelez-vous, braves gens, votre tendre enfance, lorsque grand-père vous contait, au coin du feu, ces histoires terribles ou prodigieuses qui vous plongeaient dans le monde des rêves (et des cauchemars).
Sous la fenêtre d'un militaire aigri, chaque soir de chaque nuit, un chat pareil à d'autres et à d'autres pareil prenait siège et miaulait. Le poil un brin pouilleux, l'allure un peu miteuse, l'animal séjournait jusqu'à l'aube naissante, attendant on ne sait ou quoi, ou qui, ou qu'est-ce. Etait-ce un rendez-vous galant ou amical ? Etait-ce une lubie de félin sans foyer ? Etait-ce le mystère d'un beau conte de fées ? Passerait tel marquis ou telle demaoiselle ? Viendrait s'acoquiner une tendre minette ? Toujours est-il, pardi, qu'un chat parfois s'entête à vouloir trop rester où il n'est pas aimé. Voilà plus de deux mois qu'au chant de mistigri, les nuits sont redoutablement longues et, ma foi, le voisinage enrage, peste, n'a pas dormi. On rêve d'écorcher la peau de ce faquin. Mais il est bien trop prompt à s'enfuir chaque fois, narguer d'un sale rictus l'effort de ses chasseurs. Et toujours il revient sans qu'aucun ne l'attrape, jouir de sa victoire, chantonner de plus bel. "Ah mais quel est ce diable en griffes et fourrure ? Ne prendra-t-il jamais congé de notre rue ?", s'écrient désespérés, lassés, les locataires. "Faudra-t-il s'exiler, faut-il s'avouer vaincu parce qu'un chat tenace a élu domicile sous le tas de fenêtres de ce lieu habité ?" Le soleil est couché, le voilà, il paraît, comme à son habitude, félidé arrogant. Du regard il embrasse, tour à tour, chaque vitre, voit que ses spectateurs son prêts à l'écouter. IL se lèche la patte, se lisse les moustaches, s'assied sur les pavés. Ah ! le beau virtuose (il est un peu cabot), c'est l'heure du récital. Il ouvre grand la gueule, montre bien ses gencives et se prend, par miracle, un sacré coup de pied. Le corps s'envole, valdingue, s'écrase dans les poubelles... c'en est fini de lui : cette enflure est crevée. Alors, d'un pas de vieux saisi par la colère, l'adjudant s'en retourne entre ses murs moisis, sous les acclamations, les viva, les bravo. Une trace de sang macule ses rangers... c'était, en quelques mots, l'histoire du chat botté.
Mel.
Mel.A@levillage.org
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