Mansuétude judiciaire
Le crime involontaire profite toujours...
Au lycée, le samedi matin, j'avais devoir sur table. Un beau jour de décembre, jour de devoir d'histoire, je me réveillai à 6 h 45, avant de m'apercevoir avec horreur que le soleil était levé et qu'il était en fait 9 h 20.
Mon réveil s'était arrêté pendant la nuit, ce dont je le punis en l'explosant contre le mur. Je me préparai plus vite que je ne l'ai jamais fait, et courus prendre le bus. Pendant le trajet, j'eus tout le loisir de me ronger les ongles en songeant aux conséquences de mon acte qui dans ma tête de bonne élève, méritait au moins la maison de correction.
Lorsque j'atteignis le lycée, sanglotant sur mon incapacité à me réveiller, il était 9 h 45, le devoir avait commencé à 8 h. Je me dirigeai vers le bureau de la conseillère principale d'éducation, espérant qu'elle m'éclairerait de sa lumière. Je me heurtai à une porte fermée : la CPE ne travaillait pas le samedi matin. N'osant affronter les regards goguenards de ma prof et de mes camarades, je préférai fuir le lycée, en priant pour que personne ne m'ait vue. Je rentrai donc chez moi, pleurant toujours comme une madeleine. Une bonne sieste et une sortie en bateau me rendirent ma bonne mine. C'est avec les joues roses que j'arrivai en cours le lundi.
Mais avant d'aller m'asseoir au fond de la classe, près du radiateur et de la fenêtre, je devais passer chez la CPE pour avoir mon petit papier. Samedi, mes cheveux en bataille, la marque d'oreiller sur ma joue, mes yeux rougis par les larmes façon lapin albinos et mes trémolos vocaux auraient, sans nul doute, ému la CPE. Malheureusement, mon week-end m'avait profité : elle ne fut pas convaincue par ma prestation. A sa décharge, je crois que "mon réveil n'a pas sonné" est un grand classique lycéen, et certains doivent le jouer bien mieux que moi. Elle finit par me donner la petite feuille rose, en me disant que je devrais refaire ce devoir.
Je dus aller voir ma prof d'histoire, lui expliquer ma situation. "Je n'ai pas le temps, on en reparle jeudi après le cours." Je me préparai à trouver une bonne raison de ne pas faire cette dissertation, quand la providence me vint en aide : le mercredi, j'eus cours d'allemand. La prof me demanda de décliner les pronoms personnels, ce que je n'ai jamais su faire, pour une obscure raison tenant à quelque anomalie génétique, j'imagine. Je fondis en larmes. Ma prof d'histoire eut vent de l'incident : on était à deux semaines des vacances, j'étais visiblement au bout du rouleau. Elle ne me fit pas refaire le devoir. Heureusement : je n'avais pas révisé.
"Va-t'en, mais ne siffle plus; sinon tes pareils te prendraient pour un serpent."
Niwininon@levillage.org
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