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Je suis un pornocrate
Edito
Je surfe, je suis donc un pornocrate, un nazi, un paranoïaque. J'aime utiliser internet, je clique avec avidité et, pire que tout, je participe à la construction de ce temple du stupre et de la luxure. Honte à moi. Ne le dites pas à ma mère, elle pense que je suis un jeune homme sérieux qui passe son temps à écrire des articles légers et prétendument drolatique pour détendre les zygomatiques crispés du surfeur anodin. Que nenni ! L'Obersturmführer Madame Claude, c'est moi. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est la Presse. Et le CNRS aussi, un peu. Depuis longtemps déjà, Internet fait peur. Comme toute bonne nouveauté, Internet soulève les mêmes critiques que le livre, la radio ou la télé en leur temps. Chose on ne peut plus normale. Toutefois, les attaques actuelles visant le réseau des réseaux revêtent une véhémence particulière, doublée d'un acharnement qui peut surprendre. Pour Philippe Val, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, si Internet, « ce réseau de communication sans lois et sans responsabilisation de l'utilisateur » avait existé en 1942, « les résistants auraient tous été exterminés en six mois, et on pourrait multiplier par trois les victimes des camps de concentration et d'extermination. C'est l'outil rêvé du paranoïaque. C'est le corbeau électronique ». Pour Françoise Giroud, « l'internet [...] est un danger public puisque ouvert à n'importe qui pour dire n'importe quoi » (Le Nouvel observateur, 25 novembre 1999 - source Minirézo). Selon Dominique Wolton, excellent analyste de la télévision au demeurant, les rêves de liberté d'expression à grande échelle, « cela flatte les rêves de liberté individuelle. Mais c'est illusoire. » Et dire que nous surfions sans savoir l'immense danger que nous sommes pour la démocratie.
Sous les modems, la plage ?
Critiquer le réseau des réseau, cela ne peut pas faire de mal. On dira même que la réticence est oeuvre salutaire. Le web a été vendu et revendu comme l'ulitme maillon démocratique, la dernière brique à l'édifice de paix et d'amour que les hommes de bonne volontés sont appelés de tout éternité à construire entre eux (vol de colombes et bambins qui courent à moitié à poil dans des champs baignés de soleil). Non, internet n'est pas ce paradis, même pas artificiel. Internet, ce sont des tuyaux, des machines reliées entre elles, des cables, des disques durs et plus d'électricité qu'il n'en faut pour illuminer la Tour Eiffel pendant 5000 ans. Nous sommes bien d'accord. Mais, au delà de cela, on trouve également les gens qui sont derrière les machines. Ceux qui prennent de leur temps pour mettre en ligne des pages et des pages de contenu. Ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre, Internet, ce peut également être un formidable outil. Et bien non, ces messieurs de la presse, ces journalistes de garde ne voient là que foufounes en goguette, paires de seins qui claquent au vent et haine fétide matinée de nazisme qui se déverseraient à longueur de forums de discussion. La presse classique et certains chercheurs dûement patentés par des officines très sérieuses usent leur stylo à décrier l'internet. Alors même, comme le souligne Marc Laimé sur Uzine, que les encarts de pub achetés par des sites en .com n'avaient pas fait hurler qui que ce soit. Pourquoi tant de haine ? On est tenté de dire, pour résumer la pensée fulgurante des éditorialistes de haut vol : « internet : ça caca ». Sur le web ne se trouveraient que des sites dits « de boules », des discussions stériles quand elles ne sont pas tout droit sorties du ventre de la bête immonde ou des pages persos nombrilistes et stupides. De plus, le web est à la solde du Kapital. Ce même grand Kapital qui affame le peuple, celui-là même qui exploite les masses, celui des Schneiders, celui du cynisme, celui de la loi du plus fort, celui de la jungle. Bref, Kapital : ça caca.
La vérité est ailleurs
Allons voir d'un peu plus prêt. Tout le monde a déjà entendu la rengaine : « Sur internet, on cherche d'abord des sites de cul ». Que nous disent les moteurs de recherche ? Selon les chiffres donnés pas Google en décembre 2000, sur le contenu jugé comme "adulte" filtré par les robots du moteur de recherche, on trouve ceci : contenu pornographique : 4%, contenu tendancieux : 8%, contenu absolument pas pornographique : 88%. Par ailleurs, sur un total de 1,6 milliard d'URLs, on trouve 56 millions de pages classées X. Cela nous laisse tout de même 1 milliard 544 pages qui ne sont pas constituées de fesses qui balottent. Un petit passage chez Alta Vista nous donne un autre son de cloche, mais de cloches prudes tout de même. Au top des recherches sur Altavista, qu'avons-nous ? SMS, horoscope, divx, chat, emploi et horoscope. Effectivement, c'est honteux. Pour être purement pratique, on pourrait même considérer le trafic réel de l'internet. Qu'est-ce que le web grand public par rapport à tout ce qui circule dans ces fameux tuyaux ? Rien. Pour ne prendre que le cas de Free, second FAI français, la majorité de son trafic n'est pas généré par les pages persos mais par les miroirs de sites effectués par les administrateurs du système. Le FTP de Free est bourré à craquer d'images ISO de distributions Linux (image d'un CDRom pour le télécharger et le graver chez soi). On compte six distributions linux majeures. Avec une iso de 650Mo chacune, on imagine bien que le trafic journalier de ce FTP dépasse largement celui du FTP des pages perso. Résumons-nous. Jugement hâtif : ça caca.
Un partout, balle au centre
Soyons honnête. Une bonne partie des internautes surfe pour trouver l'âme soeur. Les sites pornographiques génèrent un important chiffre d'affaire. Mais après tout, rien de bien neuf sous le soleil. Tout petit, quand je demandais à mon papa d'une voix avide de connaissance : « Papa, pourquoi elle tourne la terre ? », celui-ci me répondait toujours d'une voix pleine d'affection : « Parce que les hommes courent après les femmes, mon fils ». Certes, cette conception peut paraître un peu simpliste, mais elle convenait bien à ma frêle cervelle de piaf et elle démontre également que certaines question hormonales, même si elles se posent avec une acuité particulière sur internet, ne sont pas neuves pour autant. Les forums de discussions ne sont certes pas toujours dignes de l'agora athénienne. Avouons que certains sont aussi mal fréquentés qu'une paisible forêt le jour de l'ouverture de la chasse. Mais allez dire ça aux linuxiens qui ont construit un système d'exploitation désormais utilisé par l'éducation nationale en débattant principalement dans des forums de discussion. Après tout cela, une question reste en suspend. Pourquoi ce soudain intérêt pour internet et son prétendu rôle de porte flambeau ? Pourquoi ne pas avoir plutôt parlé d'internet quand Valentin Lacambre a eu des procès alors qu'il hébergeait gratuitement des pages persos ? Lacambre doit en fait être secrètement inféodé au grand Kapital, ça doit être ça. Pourquoi ne pas avoir parlé des déboires de l'hébergeur suédois Flashback ? Cet hébergeur avait pour principe de permettre à chacun de s'exprimer librement. Quel journal papier fait-il de même ? Pourquoi les actuels détracteurs du net et défenseurs de la liberté d'expression n'en ont-ils pas parlé ? Alors qu'ils prétendent que tout l'internet appartient à des multinationales tentaculaires, sans souligner que ces même multinationales détiennent une bonne partie des médias classiques (lire l'article d'Amiel sur les majors), pourquoi les éditorialistes anti-internet n'ont-ils pas fait la promotion d'Ouvaton, un hébergeur associatif et coopératif ? Peut-être parce que la presse papier n'a tout simplement pas pu avoir accès aux sources, allez savoir, bande de pornocrates.
PeM icq - 50043368 pem@levillage.org
Pour en savoir plus
• Un article d'Arno, brillant pornocrate, nazi, paranoïaque, résumant la situation
http://www.minirezo.net/article182.html
• Article sur Flashback, hébergeur suédois (en anglais)
http://www.kuro5hin.org/?op=displaystory;sid=2001/1/22/101622/195
• Ouvaton, hébergeur coopératif
http://www.ouvaton.net/
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