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n°124 - 25 janvier 2000 |
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| Rubrique L'actu animée par Gollum |
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History BoarD
L'histoire de la BD en plein d'épisodes divers et variés
Sois sage et tu auras une image ! » Une antienne ancienne venue d'outre-tombe ou presque, de votre tendre enfance. De tout temps, l'image a eu une importance capitale dans la vie de l'homme, d'un point de vue esthétique, mais aussi pour l'aider à comprendre son monde. Pour ce faire, il paraît indispensable de pouvoir extérioriser ce monde, de pouvoir transmettre sa vision d'un monde en image. Alors, on peut s'amuser à dire que les premières BD sont visibles à Lascaux ou sur les papyrus égyptiens, et bien qu'absurde ce n'est pas totalement faux, mais ce serait en fait un peu chercher sous ses pieds.
Un court préam-bulle en passant
Comme le disait Gilbert Balsamo, professeur à Ottawa, en ouverture d'une conférence sur la BD : « La Bande dessinée n'a plus besoin aujourd'hui d'avocats pour la défendre. Elle n'est plus cette distraction pour débiles que dénonçaient (bien souvent à tort) mes professeurs. » La BD est en effet devenu un art majeur, le neuvième. Reconnue comme tel de part le monde sous ces multiples formes, c'est l'histoire de la BD dite européenne que nous allons voir ici, même si la diversité culturelle de l'Europe nous empêche décemment de parler d'une bande dessinée européenne – ce que nous ferons cependant. Bien sûr, il est impossible de renier les influences extérieures.
Il y a un début...
Pour des raisons assez compréhensibles, on a tendance à faire naître la bande dessinée en Amérique, ce genre de comic s'étant épanché sur le monde avec vélocité. Pourtant, le berceau de la bande dessinée est bien l'Europe, l'Europe francophone et limitrophe. Dès ses premières origines la bande dessinée, et ce même avant le cinéma dont elle est contemporaine, va marier avec force la texte et l'image ce qui n'avait jamais été fait jusque-là. C'était ce que Rodolphe Töffler appelait la « littérature en estampe », Töffler que d'aucun considère comme le père de la bande dessinée. Ce professeur d'école suisse eut l'idée en 1827 de raconter des histoires sous forme de petits paragraphes placé sous un dessin représentant l'action ou un héros. Son oeuvre est à tel point remarquable que Goethe lui-même loue ses dessins.
Très vite la bande dessinée se développe en feuilleton, parallèlement à l'expansion de la presse notamment grâce à la loi de juillet 1881, mais elle trouve très vite aussi sa forme en album. Citons en France le célèbre Caran D'Ache et en Allemagne la série Max und Moritz. A cause du coût et parce que surtout les adultes lisaient la presse, ce sont les grandes personnes qui sont le premier public des bandes dessinées européennes. Une bande dessinée européenne ou plutôt des BD européennes, les différences culturelles jouant évidemment.
En effet, contrairement au « marché » américain, l'Europe n'est pas monolithique d'un point de vue linguistique, ce qui ralentit énormément sa diffusion et donc son évolution par émulation. Il suffit de dire que Les aventures de Tintin ont été parmi les premières traduites à grande échelle pour se rendre compte de ce frein.
Autre frein à la diffusion la diversité des supports. En France et dans la sphère francophone, nous fréquentons des grands albums cartonnés alors que dans les pays comme l'Angleterre ou même l'Italie, on lit les BD en format souple ou dans la presse en pré-publication. Un système qui se généralise dernièrement en France d'ailleurs avec Internet et certaines revues.
Enfin pour tenter tout de même de définir la bande dessinée, comparons la sur un point aux comics américains. Ceux-ci sont fabriqués à la chaîne, avec un système de séries croisées très « perplexifiant », alors qu'en Europe on pourrait dire que le système reste toujours artisanal, puisqu'il faut généralement au moins un an pour retrouver les aventures de son héros préféré. Un an pendant lequel le scénario est mis en image puis colorié. La conception de la bande dessinée est réellement différente. Une conception artisanale qui laisse l'artisan derrière son oeuvre, discret. Pendant très longtemps, tout le monde connaissait le nom des héros mais personne ne connaissait le dessinateur, par exemple ; alors qu'aux États-Unis la démarche était pratiquement l'inverse, un nom d'auteur permettant de lancer un comics.
Le début n'en finit pas
Mais revenons à ces premiers pas. Aux USA, les strips font la fortune des dessinateurs qui se voient offrir des ponts en or pour quelques vignettes. Ainsi, The yellow kid de Richard Felton Outcault publié dans le quotidien New York World est la première véritable bande dessinée au sens actuel. Elle présente eb effet des découpages en images et des bulles ou « phylactères ».
Un an plus tard, en 1897, le public découvre les Katzenjammers Kids traduit par Pim, Pam, Poum en France. Des bandes dessinées aux sujets enfantins qui se développent grâce à l'apparition de la presse pour jeunes au début du XXème siècle. Mais les journaux restent destinés aux adultes en premiers lieux (bourgeois ou classe populaire, chacun ayant sa bande dessinée).
Apparaissent alors en 1889, sous la plume de Christophe, les célèbres Aventures de la Famille Fenouillard et quelques temps plus tard les Facéties du Sapeur Camembert(1890). Des bandes dessinées dont la drôlerie fonctionne encore, on se souviendra à tout jamais de ce cri plein de vérité de Madame Fenouillard, bonne bourgeoise un peu simple, devant la mer : « L'immensité, c'est le commencement de l'infini ». Christophe, rigolard de la BD, est tout de même le sous-directeur du laboratoire de la Sorbonne - ça vous pose un homme - et grâce à son travail sur la bande dessinée, il ne lègue pas moins que les bases du cadrage cinématographique, ce qui ne manquera pas de faire très plaisir aux frères Lumière en 1895.
En 1905, les petites filles bourgeoises peuvent se moquer de Bécassine, de son vrai nom Annaïck Labbornez, bonne bretonne très très bête, qui fut inventée pour combler une page blanche de la Semaine de Suzette. Pour faire aussi fort et aussi vite et pour que Bécassine vive aussi longtemps, il faut, assurément, qu'il y ait une part de vécu au début de cette histoire.
Même période autre genre, en 1908, les Pieds Nickelés, trio exubérant et drôlement fourbe, entrent de plein-pied dans l'histoire et dans l'Epatant, un journal mort et oublié depuis longtemps. Croquignol, Filochard et Ribouldingue sont des glandeurs invétérés, des combinards à la petite semaine, bref ils ont tout pour plaire aux enfants paresseux et en manque d'école-buissonière. Une formule à succès qui fonctionnera longtemps, puisque les derniers albums du trio ont été publié dans les années 1990.
Se prépare cependant un tournant, une scission entre l'Europe et les USA, autant les périodiques américains suivront avec entrain les améliorations de la bande dessinée, autant leurs homologues européens freineront des deux pieds, devant l'apparition des bulles notamment, ce qui explique en partie d'ailleurs l'évolution différente de la conception des bandes dessinées aux USA et en Europe, comme nous l'avons dit plus haut.
Essor et succès
Dès les années 1910, et toujours très liée à la presse, la BD connaît un tournant, puisqu'aux USA comme en Europe, les journaux découvrent que le public est fidèle aux bandes dessinées comme il l'était aux feuilletons littéraires. C'est donc une manne inespérée qui tombe des bulles et des cases. D'autant que les Américains ont déjà pensé aux produits dérivés de ces nouveaux héros. Il faudra attendre 1925 et les aventures de Zig et Puce pour voir le même phénomène apparaître en France.
A cette époque les bandes dessinées, même si elles ont déjà un rôle social important, ne serait-ce que parce qu'elles ont des cibles bien précises, sont avant tout humoristiques, et ce même si la Grande guerre passe par là. On se souviendra de Bringing up Father (en français, La famille Illico de Mc Manus par exemple.
En Europe, les enfants deviennent le public visé, ce qui à long terme nuira à l'image de la bande dessinée d'ailleurs. C'est la grande époque de Bibi Fricotin, en 1924, sous la plume de Louis Forton. Et puis arrivent Zig et Puce de Saint Ogan, en 1925, qui rencontreront un succès incroyable, sans pour autant sombrer dans la drogue comme certaines stars. Une réussite qui explique que les produits dérivés se vendent aussi bien, et puis, il faut reconnaître à cette bande dessinée d'avoir définitivement installer l'usage de la bulle dans le dessin.
La BD (presque) contemporaine
Aux USA, c'est la période d'or des comics avec l'apparition de Mickey Mouse puis des premiers super héros tels que Batman après la crise de 1929. La bande dessinée européenne, elle, évolue avec ses héros, inventant moins qu'elle n'améliore, jusqu'à l'apparition révolutionnaire d'un duo immortel : Hergé, son reporter Tintin, auquel est irrémédiablement scotché un fox terrier blanc, et Dieu sait pourtant que le blanc, c'est salissant.
Comme les USA « cartoonent » pas mal avec leurs séries, la presse européenne se doit de sauver l'honneur en modernisant ses BD, et c'est comme ça que les phylactères sont introduits de force ou presque dans les journaux, donnant définitivement l'avantage à cette forme de la BD.
C'est donc dans ce contexte que la Belgique fait son entrée dans la course avec comme porte-étendard le jeune Hergé, le pôpa de Tintin et de Milou mais aussi de deux bambins casse-tout Quick et Flupke, à qui l'on doit l'une des plus belles analyses politiques et également l'une des plus désopilantes phrases de l'univers : « A droite !!! Non !!! L'autre droite ! », s'ensuivent bien sûr diverses onomatopées que chacun imaginera à sa convenance. C'était en 1930.
Pour ceux qui serait intéressé le vrai nom de Hergé est George Rémi. Et puis précisons pour ceux qui auraient été choqué par l'anticommunisme de Tintin chez les Soviets, que le premier tome des aventures du reporter est une commande du directeur du journal le XXème siècle, l'Abbé Wallez, qui lui demanda d'adapter pour une version enfantine de son journal - le petit Xxème - un livre anticommuniste, en une période où être bolchevik n'était pas à proprement parlé bien vu dans les repas de famille.
Très vite, Tintin rencontre un fort succès, certains diront que c'est grâce au réel retour triomphal à Bruxelles, organisé par le XXème siècle, d'un vrai enfant déguisé en Tintin.
Mais c'est le talent d'Hergé qui fera tout, de son Tintin au Congo, deuxième album très proche de l'actualité de l'époque également, jusqu'au dernier et 25ème album, en 1975, Tintin et les Picaros. Hergé a imposé un style nouveau, un traitement des couleurs et des scénarios assez simples mais touchants, liés par des personnages impayables comme les Dupond et Dupont, quasi jumeaux, obligés à la naissance de se partager un cerveau en deux.
Avec Tintin naît une des grandes légendes de la BD, un héros peut-être trop monolithique, trop parfait, mais on est moralisateur ou on ne l'est pas. Tintin, un héros qui a bercé tout ceux qui ont découvert la bande dessinée enfant. Tintin toujours invaincu qui est devenu orphelin en 1983.
Vous voulez savoir de quoi il retournera dans les prochains épisodes !? Vous voulez savoir si l'histoire verra naître Spirou, Fantasio, Zorglub, les autres et encore plus ?!... Alors restez connecté, ou reconnectez-vous tout au moins la semaine prochaine, pour le retour de la vengeance de la BD qui tue !
Pierre Fontaine
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