Epistolaritude noëllesque
De ses premières corrections au stylo rouge jusqu'à sa dernière faute corrigée, le SR est un animal qui souffre et ça, le Père Noël, malgré une solidarité vestimentaire affichée, ne peut rien y faire, pire, il collabore...
Ahhh Noël... Qui dira le bonheur enfantin de Noël !? Qui dira le plaisir des amputations multiples des orteils pour avoir joué dans la neige pendant trop longtemps ?! Qui chantera la beauté du fauteuil roulant, offert au Noël suivant parce qu'il a fallu amputer les jambes, elles aussi gelées pour avoir fait des Vénus de Milo en glace trop tard le soir, dans le froid vif que seules les enfances connaissent ? Qui ?! Pas moi.
Quand j'étais petit, à l'approche de Noël, on m'enchaînait à une chaise très sommairement confortable et on me faisait faire de force des lettres au Père Noël. Alors vous pensez bien que, tiens mon oeil, les galipettes dans la neige avec les mômes de mon âge, hein, moi, pas de mon ressort.
A la lueur d'une chandelle de mauvais suif, je m'échinais les doigts gourds, dans la cabane de jardin sans chauffage qui me servait de chambre pour faire plaisir à pôpa et à môman. Je tirais ma langue, pas trop pour ne pas qu'elle soit gelée et mon écriture donnait vie à mes envies de cadeau : un chauffage d'appoint pour décongeler le chat sur mes genoux, une nouvelle lampe et je m'enhardissais jusqu'à demander le droit de sortir de ma cabane les jours où il n'y avait pas école...
Bref des rêves fous. Pourtant toujours, j'écrivais ces lettres au papa Noël, ne cherchant pas à comprendre pourquoi je n'avais jamais de réponse du bonhomme rondouillard, jusqu'au jour où j'ai tout compris... Enfin tout, tout ce qui me concernait parce que j'ai toujours de la peine avec la théorie quantique sur la relativité et aussi avec la table de 7.
Un jour que, chaîne aux pieds, j'avais le droit d'aller me doucher, c'était au printemps, je découvris une pile de toutes mes lettres avec des traits rouges dedans. Elles avaient été corrigées... et depuis un traumatisme me hante...
A moins que ce ne se soit pas passé comme suit : en train d'embêter une frangine délicieuse qui n'avait rien demandé à personne si ce n'est, quelques années plus tôt, un petit frère, mon père, tendre et protecteur, s'enquit de mon âge et constata qu'étant au CP, il fallait que je fisse des exercices d'écriture pour ne pas sombrer dans les affres sans nom où ses élèves étaient plongés. Mais me connaissant fainéant, il usa d'une subreptice ruse, en me disant de faire une lettre au père Noël, qu'il corrigerait pour éviter de me mettre mal avec le représentant de King Jouet sur Terre. Ce fut chose faite, avec langue tirée et patés d'encre toutes les deux lignes, c'était ma première lettre au Père Noël. Mon père ensuite, en tirant la langue pour s'appliquer, corrigea mes fautes de tout petit et dès lors je compris la magie de la correction orthographique et j'en ai tiré une morale superbe ! "Quand quelqu'un relit son travail, pourquoi se fouler à ne pas faire de fautes." à moins que ce ne soit "toujours faire de son mieux, quelle que soit l'importance du travail..." Bref, c'est une morale éclairante qui, vous l'aurez compris, même si elle est totalement bancale, doit vous dissuader de rendre des articles cousus de fautes... Merci et joyeux Noël ! Passons sur ce message personnel.
Ah ma lettre, je m'en souviens comme si c'était hier, j'avais trouvé un titre très incitatif. Je ne sais plus si c'était « A l'intérieur l'adresse d'une femme nue, pour toi Père Noël » ou alors « Lettre pour le Père Noël », enfin il y avait Père Noël dans le titre. Toujours est-il que ça avait de la gueule. Vraiment les larmes me montent aux yeux à cette souvenance et seule la pudeur et un total inintérêt font que je ne vous la soumets pas ici.
D'ailleurs en parlant d'inintérêt, je me demande si cette lettre est bien utile ?
Donc, bon Père Noël, puisque je suis sûr que tu existes vu qu'il n'y a pas de raison que Dieu existe et pas toi, et Dieu sait si il existe, donc Père Noël excuse ce silence, vraiment je te demande pardon mais avoue que mon pôpa ne pouvaiyt pas t'envoyer des lettres raturées de rouge ! Ca craint ! Alors, j'ai eu beau essayer la télépathie, les signaux de fumée ou les lachés de poules migratrices, rien n'y fit, jamais tu ne reçus de mes nouvelles, alors que moi si.
Or, voilà t'y pas que, comme je le disais, je suis paresseux donc pourquoi t'écrire plus longuement si ça marche quand même. Immédiatement et sans plus attendre, je conclus. Comme disait la mère de Naopléon, fan du Père Noël s'il en est : "Pourvu que ça dure !"
Pierre Fontaine
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