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Ne pleurons pas sur Yahoo!
Yahoo! a perdu une bataille, perdra-t-il la guerre ?
Le dernier article de Pem au sujet de l’affaire Yahoo a suscité de nombreuses réactions de la part des lecteurs de l’Écho. En tout, près d’une soixantaine de commentaires polémiques et passionnés. La décision du juge Gomez n’a laissé personne indifférent.
La plupart des lecteurs de l’Echo se sont montrés hostiles au verdict rendu par le juge Gomez. Ce dernier avait interdit à Yahoo de permettre aux internautes français d'accéder à un site aux enchères offrant des objets nazis. Nombre d’internautes ont alors crié au scandale et se sont sentis offusqués d’une telle décision. Plusieurs arguments ont été avancés : cette décision est un acte de censure intolérable et une limite à la liberté d’expression, cette décision ne sert à rien car il est toujours possible de contourner cette loi, cette décision fait de la publicité « à ceux qui devraient rester dans l’ombre », et enfin internet ne doit pas être soumis aux lois d’un Etat.
Les ignorants ont la parole
Si ces arguments qui en eux-mêmes sont parfaitement respectables, les commentaires de certains qui accompagnent ces arguments sont en revanche beaucoup moins honorables. Petit florilège de citations parfois simplement crétines, parfois franchement antisémites de la part de certains lecteurs : « il y a de la graine de fasciste dans ceux qui approuvent cet imbécile (le juge Gomez) » (Runny 2), « Qui est encore assez bête pour plaindre ces pauvres juifs ? » (Runny2) « le racisme est de plus en plus pratiqué par ceux qui le dénoncent » (hity50ap), « cet acharnement contre un mouvement politique (le FN) qui n’a rien d’extrême me semble relever d’une névrose collective » (croco), « 99% des taulards sont des gauchistes » (Fred), « pourquoi les juifs roulent-ils tous en BMW et Mercedes ? » (quoi-2-9), « les seuls à tenir des propos racistes sont les pro-gomez » (Runny2)... J’invite chaque lecteur à se reporter au dernier numéro de l’Écho pour vérifier que je n’invente rien. Je tiens également à dire que l’article de Pem n’est nullement responsable de ces dérives. Certes, tous les commentaires n’étaient pas aussi caricaturaux mais quand même comment rester indifférent à de telles déclarations ? Une mise au point me paraît donc nécessaire. Je tiens à défendre la décision du juge même si je sais que déjà certains me traiteront de donneur de leçon, de moraliste, d’intolérant, de dictateur, d’antidémocrate... Je les emmerde haut et fort et ce sujet me paraît trop important pour ne pas leur répondre.
« L’homme libre obéit aux lois mais il n’obéit qu’aux lois et grâce aux lois il n’obéit pas aux hommes. » (J-J Rousseau)
Premier argument donc, le plus récurrent, cette décision est une limite à la liberté d’expression. Ainsi donc pour eux, on a le droit de tout dire sur le net. On aurait le droit de dire que les chambres à gaz n’ont jamais existé, que la torture en Algérie par les militaires français n’est qu’une légende, que Adjani a le SIDA, que la lune n’est composée que de gruyère (en effet n’y a t-il pas des trous dans la lune ?), que Sardou est un bien meilleur poète que Baudelaire, Eluard, Rimbaud, Aragon. Brûler des synagogues, des mosquées ou des églises serait aussi un acte de liberté d’expression bon enfant. Je les entends déjà s’indigner : « laissez moi rouler à 200 km/h, sur la route, vous n’avez pas le droit de limiter ma liberté ». Laissons faire, laissons dire, tout est permis. Aucune loi pour ces gens ne devrait limiter la liberté. Face à de tels comportements, je revendique haut et fort mon intolérance. Je n’ai jamais toléré la bêtise humaine, la brutalité, la loi du plus fort et je ferais tout pour empêcher ceux qui défendent ces valeurs de s’exprimer. Je ne tolère ni les nazis, ni les pédophiles, ni les défenseurs de la torture et de la peine de mort, car pour moi ces gens ne respectent pas la dignité humaine. Ce sont des brutes. Epaisses. La loi votée par des représentants du peuple est la seule défense que possède le plus faible contre la brutalité des puissants. Par la loi, la société dit à la victime « tu n’es pas seule », sans elle les plus faibles seraient à la merci des barbares. Par conséquent, il me semble légitime que dans certains cas la liberté d’expression doit être limitée.
Les idées nazies des idées comme les autres ?
Mais alors j’entends déjà les indignations outrées de certains : oui mais après tout, les idées nazies sont des idées comme les autres, qui es-tu pour t’arroger le droit d’interdire leur pensée ? De nombreux lecteurs ont cru pertinent de comparer Staline à Hitler, les idées communistes aux idées nazies. Cette idée très en vogue dans les médias français relève pourtant d’une grave imposture intellectuelle. Les idées nazies ne sont pas des idées comme les autres. Elles sont la négation même de toute humanisme. En quatre ans de guerre seulement, elles ont fait plus de six millions de morts. Certes, il y a eu d’autres génocides que la Shoah : les indiens d’Amériques, les Arméniens, les Kurdes, et la liste est longue, encore. Certes, il y a eu d’autres dictateurs qu’Hitler : Staline, Pinochet, Bokassa... Mais aucun d’entre eux n’a poussé aussi loin la barbarie comme l’a fait Hitler. Aucun n’a jamais prôné et mis en place de manière méthodique, rationnelle et planifiée l’élimination des juifs, des tziganes, des handicapés, des homosexuels... Staline était lui aussi un dictateur dur, sanguinaire. Nul ne le conteste. Mais ce qui l’intéressait avant tout c’était de garder le pouvoir coûte que coûte et de soumettre les différentes républiques de l’URSS à Moscou. C’est en ce sens que pour moi les morts du communisme et ceux du nazisme ne se valent pas. Au risque d’en chagriner quelques uns, il serait temps de comprendre que toutes les idées ne se valent pas. L’horreur nazie n’a aucun équivalent dans l’histoire des hommes et c’est pourquoi il est du devoir de chacun de lutter contre elle. Interdire les nazis du net est une manière de leur signifier : nous ne voulons pas de vous, dégagez. Je sais bien que cela ne suffira pas à enrayer ce mouvement, que la connerie humaine existe depuis la nuit des temps et que rien ne pourra l’abolir. Mais nous devons au moins essayer. Empêchons-les de parler, empêchons les de défiler dans la rue, empêchons les de brandir leurs slogans dans les stades de foot, dans les journaux. A coup sûr, ces énergumènes nous traiteront d’intolérants. Rien à foutre, assumons, nous n’avons pas de leçons à recevoir de la part de ces primitifs.
Certains diront peut-être que de telles mesures leur fera de la pub et qu’il vaudrait mieux les ignorer. A mon avis faire la politique de l’autruche, faire comme si ils n’existaient pas est une erreur. On doit leur signifier clairement notre hostilité. Certes cela créé un précédent, peut être que demain notre gouvernement en profitera pour réduire notre liberté d’expression sur le net. C’est vrai, c’est un risque. Mais alors cela sera à nous de riposter comme il se doit.
Un combat perdu d’avance ?
Ensuite, l’argument le plus fréquemment avancé par les adversaires de cette décision de justice était de dire que de toute façon il est toujours techniquement possible de contourner cette censure. En outre, n’importe quel décérébré, à condition qu’il soit un tantinet débrouillard, peut aujourd’hui en France acheter des insignes, des drapeaux, des livres, des uniformes nazis. Cette interdiction ne changera probablement rien, c’est vrai. Mais elle a moins le mérite d’exister et de ne pas faciliter un tel commerce nauséabondeux, de mettre un bâton dans les roues à tous ceux qui pensent que tout s’achète, que tout se vend, et qu’après tout un poireau vaut bien une croix gammée. Ne rêvons pas cette décison de justice ne mettra pas fin du jour au lendemain aux idées d'extrême droite. Mais elle témoigne néanmoins d'une volonté de lutter contre l'inacceptable. Parfois les symboles sont aussi importants que les résultats concrets.
Enfin, plusieurs soulignent le danger de voir internet, dont la vocation est par définition internationale et mondiale, soumis aux lois d’un Etat. C’est à mon sens la critique la plus sérieuse. Je reconnais qu’il est difficilement concevable de voir un Etat national légiférer en ce domaine. C’est à nous de décider de l’internet que nous voulons : voulons-nous un internet voué corps et âme au commerce, à la pédophilie, au racisme ? Devons-nous vraiment tout tolérer ? Si l’Etat nous soutient pour lutter contre ces dérives, alors j’avoue que cela me réjouis. Si demain l’Etat m’empêche pour des raisons politiques de parler avec un Irakien, un Russe, un Américain, alors comme vous je réagirais et crierais au scandale. Mais en attendant, je me félicite qu’internet ne soit pas hors la loi.
torpedo@gmx.fr
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